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LE COIN DES SERMONS

Note de l'éditeur : Nous remercions pasteur Wilner Cayo qui a autorisé la direction du journal à publier ce texte paru dans la revue le Lien

Au creuset de la souffrance (2 Corinthiens 1,1-11)
Wilner Cayo, pasteur de l'église évangélique baptiste de Smyrne à Montréal

Introduction

- La réalité de la souffrance

S’il y a une réalité qui nous unit tous après le péché, c’est bien celui de la souffrance. Job va dire : « L’homme naît pour souffrir comme l’étincelle pour voler ». Facile à dire, mais plus compliqué à vivre. Devant l’énigmatique problème de la souffrance, nous posons mille et une questions. Seigneur pourquoi mon enfant est-il né handicapé? Pourquoi ces conflits familiaux, ces difficultés financières, la rébellion des enfants? Pourquoi mon mari m’a humiliée, m’abandonnant pour une autre femme, et je suis seule à élever des enfants qui ne veulent pas collaborer, étant eux-mêmes très perturbés… Nous pourrons continuer à multiplier les pourquoi. Pourquoi ceci, pourquoi moi, pourquoi maintenant? Etc. Comment réagir face à tout cela? Si la souffrance est inévitable, y-a-t-il un dessein à découvrir. Peut-on voir au-delà de nos souffrances et espérer? Certes, oui. Nous n’avons pas la prétention d’épuiser toutes les questions que l’on peut poser face au problème de la souffrance, mais nous essaierons de saisir les quelques lumières que 2Corinthiens 1 :1-11 sur le sujet.

- Paul, apôtre de par la volonté expresse de Dieu

Nous rappelons que l’épître fut écrite par un homme dont le ministère fut très questionné par certains individus de l’Église de Corinthe mais dont l’influence devait être contrée.

Paul devint apôtre, non parce qu’il l’a hérité, non plus qu’ait été voté par une assemblée ou mis à part par une mission. Il est apôtre par la seule volonté de Dieu. Faisant son ministère, il savait qu’il était dans le plein cœur de la volonté de son Dieu. Dores et déjà, il veut mettre les choses au clair. Il n’est pas un usurpateur.

Il s’associe à Timothée, son délégué pour saluer l’Église de Corinthe et les croyants de l’Achaïe. Corinthe était la métropole, si nous pouvons ainsi parler, et de Corinthe la lettre devait faire le tour de la région.

- La primauté de la grâce

(v.2) : Il leur dira que la grâce vous soit, et la paix qui vient de Dieu, notre Père et du Seigneur Jésus-Christ. Il est intéressant de noter que dans ces treize épîtres, l’apôtre respecte une rigoureuse logique dans l’ordre des mots de ses salutations aux églises. Il leur souhaite avant tout la grâce et ensuite la paix qui est l’un de ses premiers grands résultats. C’est parce que nous avons reçu grâce (cette faveur imméritée) que nous jouissons de la paix et de tous les autres avantages qu’il y a en Dieu. En partant, celui qui connaît Dieu sait qu’il ne peut faire montre d’aucunes formes d’orgueil ou d’essayer de faire valoir quoi que ce soit. Il a été reçu en grâce. Qu’il soit tout simplement reconnaissant.

Actions de grâces au Dieu qui réconforte

Alors que la lettre de Paul va traiter en grande partie de souffrances et d’épreuves. Il n’est pas étonnant de voir l’apôtre commencer par bénir le nom de Dieu. Les moments peuvent être difficiles, mais celui qui vit une communion profonde avec Dieu, sait au tréfonds de son cœur, que Dieu dans ce qu’Il est et ce qu’Il fait est toujours digne des louanges de ses enfants. Il n’est jamais responsable de nos souffrances, mais s’implique toujours pour apporter soulagement et réconforts.

En général, l’expression de louange et d’adoration à Dieu est assez familière au début de certaines épîtres du N-T (Éph.1 :3-14; 1P1 :3-9). Et cela concerne surtout la rédemption. Ici, Paul glorifie Dieu pour avoir été délivré de certaines épreuves d’Asie. C’est une louange à Dieu pour une intervention spéciale dans ce cas précis.

(3) : Paul appelle Dieu le Père des miséricordes. La miséricorde le caractérise. Dieu est cette source, cette fontaine d’où jaillissent toutes sortes de miséricorde. La miséricorde de Dieu n’est pas une de seulement sentimentale. Elle va se concrétiser par l’encouragement que Dieu prodigue à son serviteur.

Le mot encouragement « Paraklèsis » est le mot qui contrôle tout le passage. Dans le grec, sous forme de verbe ou de noms, il revient 10x dans les versets (3-7). La racine grecque va revenir encore tout au long de l’épître. Elle peut prendre plusieurs sens : réconfort, encouragement, consolation.

Le mot « parakalwn », « celui qui console » est assez spécial. Littéralement il peut être traduit par « celui qui est appelé auprès de », ou qui chemine avec. C’est comme une infirmière qui est au chevet d’un malade ou près de son lit pour lui prodiguer les soins nécessaires, réconforter, soulager, relever, etc. Et de sa fontaine de miséricorde jaillissent toutes sortes de grâce qui oeuvrant en nous fait toute la différence. Et le Père des miséricordes ne nous prive pas de sa bienfaisante présence au nom du Fils et par le Saint-Esprit.

Et Dieu intervient ainsi dans toutes nos afflictions.

(4) : « Dans toutes nos afflictions ». Le terme grec traduit par afflictions (thlipsein) a très souvent une saveur eschatologique dénotant les pressions à venir sur l’Église comme prélude de la fin des temps. Il est lié par cette sentence de mort que Paul voyait planer sur sa tête. La deuxième utilisation  du mot fait référence aux difficultés et afflictions de toutes sortes que le croyant connaît dans un monde qui est hostile à l’Évangile et aux choses de Dieu.

Paul dira que :

-         les moments difficiles n’épargnent pas les croyants, et loin de-là.

-         Dieu s’implique dans les épreuves et afflictions du croyant. Il communique sa force et courage « afin que… ». La consolation ou l’encouragement, ou le     réconfort que Dieu donne au croyant produit un résultat certain.

Dans la vie du croyant, rien ne se vit dans le vide. Car Dieu fait concourir toutes choses au bien de celui qui l’aime. Ainsi dans nos souffrances, Dieu peut faire sortir plusieurs biens.

1-    La souffrance nous prépare à la consolation des autres

Le texte est clair. Alors que Dieu nous console dans nos afflictions. Il nous équipe et nous prépare à la consolation des autres. (Mais ceux qui peuvent consoler d’autres sont ceux qui sont ouverts à la consolation qu’il y a dans le Christ lui-même).

La consolation du Christ en nous, nous rend capables de consoler d’autres. Le travail de Dieu en nous ne finit jamais avec nous. Quand Dieu travaille en nous et que nous avons vraiment été  au bénéfice de sa grâce, il nous trouve pour être en bénédiction à d’autres.

Paul va être au clair là-dessus, la consolation de Dieu en nous nous rend capable de consoler aussi d’autres. C’est pour ceux qui ont bien collaboré avec Dieu dans leurs moments de souffrance. Non seulement, ils sont consolés en Dieu, mais Dieu console aussi par eux.

(verset 5) : « Les souffrances du Christ ».  Il ne s’agit pas des souffrances que le Christ continue d’expérimenter. L’expression « souffrances de Christ » construit sur une compréhension doctrinale juive. Les juifs avaient une expression doctrinale « heblê hammasiah », littéralement « les afflictions du messie ». Et cette expression impliquait non les souffrances endurées par le messie, mais plutôt les souffrances associées à l’âge messianique et précédant l’âge bienheureux. Quand Paul parle des souffrances du Christ, fort de cet arrière-plan, il véhicule l’idée des souffrances qu’il vit, étant associé à la cause du Christ ou Messie. Et Paul va inviter les croyants à réaliser que ses souffrances ne furent pas en vain, mais que Dieu réalise de grands objectifs au travers de sa souffrance.

N’oublions pas que Paul écrivait dans un contexte où il se sent appelé à défendre son apostolat. Les corinthiens questionnaient l’apostolat de Paul parce qu’il était une figure de souffrance à bien des égards, et qu’il n’était pas exempt de temps difficile.  Ces corinthiens lui disaient indirectement, si tous ces malheurs t’arrivent, c’est une preuve que tu n’es pas ce puissant apôtre, cet homme dont la parole doit faire autorité, comme tu aimerais le faire croire. Donc, tes souffrances sont des signes de faiblesses évidentes[1]. Paul leur répondra : « Non, nos souffrances ne sont pas des signes de faiblesse dans le sens que vous le pensez, comme si Dieu ne serait pas à l’œuvre en nous. Mais plutôt, par nos souffrances et dans nos moments difficiles, Dieu fait abonder sa consolation et sa force en nous. Plus nous souffrons et plus nous constatons la grâce de Dieu à l’œuvre en nous, nous fortifiant, et plus nous devenons entre ses mains des instruments de fortification.

Plus nous souffrons, plus la grâce de Dieu est à l’œuvre en nous et plus nous sommes en mesure de réconforter ceux qui souffrent.

Les moments difficiles ne devraient pas être regardés comme un signe de désapprobation, comme si Dieu ne travaillerait pas par nous dit Paul.

Les gens donc, peuvent avoir une vision totalement à côté de vos souffrances et peuvent ajouter douleurs sur douleurs en interprétant très mal ce que vous vivez. Il n’est pas toujours vrai que les souffrances, moments difficiles, échecs apparents sont des signes de disqualification, mais très souvent Dieu les utilise pour faire sortir de grandes choses à la confusion de l’adversaire de nos âmes qui croyait nous écraser sous le poids de nos douleurs. Loin d’être écrasés, nous relevons d’autres.

(verset 7) : Nous ne savons pas de quel type de souffrances il s’agissait dans le cas des corinthiens. Ce que Paul sait et qui est ferme :  Ceux qui ont part aux souffrances en Christ auront aussi part à la consolation en Christ . L’espérance de Paul en ce sens là est donc ferme (Bebaia : terme commercial signifiant ce qui est certain et ce qui vous laisse tranquille). Donc, Paul n’a pas le moindre des doutes sur l’action de Dieu. Ce mot (Bebaia) est utilisé pour parler des promesses divines qui sont assurées. Il sait aussi faire référence au caractère de Dieu qui est certain et ferme. La consolation de ceux qui sont affligés est une ferme certitude de l’action de Dieu envers les siens qui souffrent et Paul glorifie Dieu pour cela.

(v8-11) : Paul attire maintenant l’attention sur une deuxième raison pour laquelle il rend grâces à Dieu, étant donné les circonstances extrêmes dans lesquelles il s’est trouvé. Si Dieu le console et fait de lui un instrument de consolation, il rend grâces pour la délivrance dont il est l’objet de la part de Dieu. Et dans cette partie du texte, il va nous livrer une deuxième raison de la souffrance.

2- Les souffrances font en sorte que nous ne fondions pas notre espérance en nous-mêmes.

(8) : Paul vit des difficultés réelles. À ce stade-ci, nous ne pouvons préciser avec force détails les tribulations qui se sont déferlées sur l’apôtre Paul en Asie. Ce qui est certain, c’est qu’il a connu des difficultés énormes. Ce sont ces difficultés qui vous enlèvent  tout espoir du point de vue humain. Et Paul voyait la mort face à face. Pour lui, ils furent éprouvés à l’extrême et il ajoute au-delà de nos forces. Autant d’expressions qui mettent l’accent sur l’intensité de la souffrance. (Voir la répétition du mot mort et de ses équivalents dans les versets 8-11).

(9) : Paul désespère de lui-même. Paul est arrivé à un tel point qu’avec ses compagnons ils ont accepté que c’est pour eux la fin. Il ne leur reste plus rien. Ils ne peuvent plus rien. Ainsi, ils ont fini par désespérer totalement d’eux-mêmes pour placer toute leur confiance en Dieu et en Dieu seul.

Paul place sa confiance dans le Dieu qui ressuscite les morts, celui qui a déployé sa toute puissance pour ressusciter glorieusement Jésus le crucifié.

Il se peut que Paul eut fait plusieurs tentatives de se tirer seul de ces situations malencontreuses et périlleuses.

(10) : Paul exprime sa totale confiance dans le Dieu tout puissant. Quand l’homme ne désespère pas de lui-même, il a beaucoup de difficultés à mettre sa confiance en Dieu. Et cette fois-ci, ses expériences de délivrance du passé vont nourrir sa confiance dans le présent et le fortifier face à l’avenir.

Ainsi, l’objectif de Dieu pour lui ne s’arrête pas à la souffrance, mais va au-delà de tout cela. Dieu ne prend jamais plaisir à nous voir souffrir, et à nous laisser souffrir. Mais dans nos souffrances, il intervient pour nous faire découvrir ce qu’il y a de plus merveilleux. Les projets      que Dieu a formés sur nous restent et demeurent des projets de paix et non de malheur (Jérémie 29 :11). Laissons donc Dieu travailler, et réalisons qu’il est important de ne pas nous appuyer sur nous-mêmes (Proverbes 3 :5-6), c’est l’une des grandes leçons que l’on apprend à l’école de la souffrance. Nous apprenons à réaliser que ce  n’est ni notre force, ni notre puissance, mais les vraies choses s’accompliront par l’Esprit du Seigneur. Tenons nous devant lui, il se tiendra lui-même devant nos montagnes.

      3- Les souffrances laissent entrevoir le Dieu qui répond aux prières et provoquent la reconnaissance envers Dieu

Paul invite les corinthiens, la grande majorité qui a su le garder dans ses prières à réaliser que si ses difficultés ont été dures, elles ont fait en sorte que plusieurs chrétiens intercèdent pour lui. Et ceux qui ont intercédé pour lui et qui ont vu la main de Dieu à l’œuvre en sauvant Paul, rendent grâces à Dieu. Les souffrances ont permis de voir combien Dieu est bon et ont favorisé le développement de reconnaissances à son endroit.

Ce texte montre clairement que Dieu répond aux prières et intervient pour ceux qui crient à lui. Paul dira clairement aux corinthiens : Dieu a répondu à mes prières comme serviteur, à vos prières comme communauté croyante. Quand nous croyons que la prière marche et que nos prières pour les autres font une différence dans leurs circonstances et dans leurs vies, nous  prions avec assurance et nous développons de la reconnaissance envers Dieu.

[1] Comme des gens peuvent vous dire : « Si Dieu est avec toi, pourquoi toutes ces choses t’arrivent. »

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