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LE MONDE ÉVANGÉLIQUE |
QUESTIONS DE BIBLE
DIVORCE ET REMARIAGE
Les chrétiens (laïcs ou pasteurs) peuvent-ils se
remarier? Quelle est la position de la Bible?
Note de l'éditeur : Nous publions un très long texte de Dr. Wilbert Kreiss, un théologien luthérien français, auteur de plusieurs ouvrages intéressants. Il était, avant sa retraite en 1999, le directeur et le principal professeur du séminaire de l'Eglise Évangélique Luthérienne-Synode de France et de Belgique. Il était également chargé de rédiger des cours et manuels de théologie pour la formation pastorale dans divers pays francophones de l'Afrique Centrale et de l'Afrique de l'Ouest où il était allé faire des cours intensifs et superviser des programmes de formation. _____________________________________________________________________________________________________________
DIVORCE ET REMARIAGE
(4e partie et fin)
Dr.
Wilbert Kreiss1
V. Le remariage en cas de divorce pour des raisons non bibliques :
Le remariage de chrétiens qui ont divorcé pour des raisons autres que l'infidélité ou la désertion délibérée et définitive du conjoint constitue pour de nombreux pasteurs un douloureux cas de conscience. En déclarant : « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère, et quiconque épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère », Jésus-Christ enseigne qu'il y a adultère chez celui qui répudie sa femme alors qu'elle ne lui a pas été infidèle, et adultère aussi chez celui qui épouse cette femme répudiée, car il devient coresponsable de l'adultère de son premier mari. Il y a enfin, et pour les mêmes raisons, adultère chez la femme qui épouse ce dernier. C'est le sens de ce texte dans le contexte de son enseignement sur le divorce et le remariage.
Mais qu'en est-il de ceux qui, après un divorce dont ils portent la responsabilité, désirent se remarier, en alléguant qu'ils ne sont pas en mesure de rétablir l'union qu'ils ont brisée, en confessant leur péché et en affirmant qu'ils ne se sentent pas capables de vivre seuls ? Un pasteur peut-il bénir cette deuxième union, sachant qu'il n'agit pas en son nom personnel, mais que la bénédiction nuptiale constitue une sanction et une bénédiction de son nouveau mariage de la part de l'Eglise ? Il n'est pas possible ici d'envisager toutes les circonstances dans lesquelles ont peut demander un tel acte à un serviteur de Dieu, mais quelques observations pourront être utiles.
L'Ecriture enseigne clairement que celui ou celle qui répudie son partenaire sauf pour infidélité et épouse une autre personne commet un adultère. Il s'agit d'une transgression flagrante du sixième Commandement. C'est un grave péché. C'est clair. Il faut donc que cela soit dit, que le coupable soit mis en présence de sa faute pour qu'il s'en repente et en demande pardon à Dieu. Il faut mettre en garde aussi contre la « repentance programmée », l'attitude qui consiste à se dire : « Je divorce, puis, avant de me remarier, j'accomplirai un acte de repentance, je ferai amende honorable, et le problème sera réglé. Le pasteur acceptera de me remarier ! » Se repentir, c'est regretter sincèrement et avouer son péché et accepter par la foi le pardon du Christ. Il va de soi que celui qui prémédite une telle démarche, qui décide de divorcer d'une façon illicite, avec l'intention de se repentir avant de demander à l'Eglise la bénédiction d'un nouveau mariage, chasse de son coeur la foi et le Saint-Esprit. La repentance de David, après qu'il eut commis adultère et fait mourir le mari de Bath-Schéba, était tout sauf préméditée. Demander le divorce en sachant pertinemment qu'on agit contrairement à la volonté de Dieu, en se disant qu'on s'en repentira plus tard, au moment opportun, c'est s'engager sur le chemin du péché délibéré et de l'hypocrisie, un chemin sur lequel on se met en grand danger spirituel. Un chrétien ne peut pas transgresser délibérément la volonté de Dieu en se disant qu'il s'en repentira. Une repentance programmée n'est jamais authentique.
Inversement, un pasteur ne peut jamais refuser le pardon à celui qui vient à lui d'un coeur contrit et croyant, en lui confessant sa faute et en lui demandant de l'en délier au nom du Christ. Le Seigneur a expié tous les péchés du monde, y compris les plus graves, et son pardon est là pour tous ceux qui le demandent. Là où le péché abonde, la grâce en effet surabonde. Jésus a pardonné aux adultères, aux prostituées et aux gens de mauvaise vie. Il n'a jamais refusé son pardon à qui le lui demandait humblement. « Je ne te condamne pas non plus », dit-il à la femme prise en flagrant délit d'adultère, ajoutant simplement : « Va et ne pèche plus ! » et lui demandant par là de porter les fruits visibles de la repentance.
C'est dans le contexte de cette attitude et de ces paroles du Christ qu'un pasteur examine la demande qui lui est faite de bénir une nouvelle union après un divorce illicite. La réponse donnée à une telle requête doit toujours être conforme à ce que la Bible enseigne au sujet de la repentance et du pardon. En cas de divorce, la vraie repentance va toujours de pair avec le désir sincère de se réconcilier avec le conjoint qu'on a offensé. On voit mal comment quelqu'un qui se refuse à une telle démarche pourrait être sincère dans l'aveu de sa faute et l'acceptation du pardon prononcé par le pasteur. Si donc une telle réconciliation qui présuppose aussi que le coupable demande pardon à celui ou celle qu'il a lésé(e) n'a pas eu lieu, le pasteur refusera de bénir la nouvelle union.
Il faut préciser cependant que dans certaines circonstances, la repentance est sincère alors que la réconciliation ne peut pas avoir lieu. Soit parce que le conjoint répudié a disparu de la circulation, soit parce qu'il s'est remarié et ne désire plus de dialogue avec l'ex-époux, soit encore parce qu'il refuse la réconciliation. Cependant, il faut agir avec beaucoup de prudence et de circonspection, de façon à ce que le geste du pasteur soit perçu comme accompli dans des circonstances exceptionnelles et ne puisse jamais être interprété comme une autorisation de bafouer et transgresser la volonté de Dieu. En aucun cas il ne peut encourager les gens à dire : « Péchons pour que la grâce abonde ! ». La discipline chrétienne doit être exercée dans l'Eglise avec fermeté et rigueur, amour et bonté, mais aussi selon des règles constantes, pour que le comportement du frère qui a péché ne soit pas pour les autres une occasion de chute.
VI. Le divorce des pasteurs :
L'Ecriture Sainte demande au pasteur d'être en toutes choses le modèle du troupeau, un exemple à imiter. Non que le ministère pastoral soit doté d'un « caractère » spécial et qu'il occupe un rang à part dans le sacerdoce universel des croyants, mais la Bible exige que celui qui exerce ce ministère soit irréprochable. Les fautes morales commises par un pasteur ne sont jamais des fautes privées qu'on peut traiter indépendamment du ministère qu'il exerce et des comptes qu'il a à rendre pour cela. C'est la crédibilité de l'Evangile même qui est en jeu, c'est pourquoi ceux qui sont chargés de l'annoncer doivent veiller à le faire de façon intègre, de manière à ne pas porter atteinte à son message. Si celui qui prêche la Parole de Dieu ne lui soumet pas lui-même sa vie, il déshonore le Seigneur. On ne s'en prendra pas seulement à lui, mais aussi au message qu'il annonce et au Dieu qu'il représente. C'est ce qui fait dire à l'apôtre Paul : « Nous ne voulons scandaliser personne en quoi que ce soit, afin que le ministère ne soit pas un objet de blâme.
Il ne s'agit pas, bien sûr, d'exiger du pasteur qu'il soit sans péché, sous peine de ne pas être qualifié pour son ministère. L'Ecriture Sainte n'a pas d'exigences perfectionnistes. Un pasteur doit être prêt à confesser avec l'apôtre Paul qu'il est « le premier » parmi les pécheurs, et vivre comme lui dans une repentance de tous les jours. Cependant, l'exhortation à être le modèle du troupeau signifie que la barre est fixée pour lui plus haut que pour les brebis dont il prend soin. Il est sous les feux de la rampe et tous ses faits et gestes sont à la merci de l'interprétation que les gens veulent bien leur donner, sans qu'il puisse la contrôler en aucune manière et empêcher qu'on mette la validité ou la crédibilité de son ministère en doute.
Il est donc impératif et tout à fait naturel que le pasteur mette lui-même en pratique ce qu'il enseigne à propos du mariage, de la fidélité et de l'amour conjugal, du divorce et du remariage. En cela aussi, il doit être le modèle du troupeau et sa vie doit être au-dessus de tout soupçon. C'est pourquoi, parmi les premières qualités exigées de lui figure le fait qu'il doit être mari d'une seule femme. Cette phrase a été interprétée de différentes manières que l'on peut répertorier de la façon suivante : 1) L'évêque, c'est-à-dire le pasteur, doit être un homme marié. 2) Il ne doit pas être polygame. 3) Il doit être un mari fidèle, l'époux d'une seule femme, renonçant à toute relation sexuelle extra-conjugale. 4) Il n'a pas le droit de divorcer et de se remarier. 5) Il n'a pas le droit de se remarier après le décès de sa femme. La première de ces interprétations est exclue a priori, car elle ne rend pas justice à l'expression « une seule femme » utilisée par l'apôtre. Nous exclurons aussi la cinquième, car la Bible ne conteste en rien le droit au remariage en cas de décès du conjoint, et on ne voit pas pourquoi elle le ferait pour le pasteur. Restent les interprétations 2, 3 et 4, et il se pourrait bien que l'apôtre songe à ces trois cas à la fois, la polygamie, l'infidélité et le divorce/remariage, car ce sont autant de situations contraires à l'essence même du mariage et à la volonté que Dieu a exprimée à ce sujet.
Cela dit, les pasteurs sont des hommes comme tous les chrétiens. Ils peuvent connaître des moments de tensions, voire de crises, dans leur vie conjugale. L'Eglise doit tout faire pour les aider, ainsi que leurs épouses, à surmonter leurs difficultés et à éviter le naufrage de leur union. Et s'il y a divorce dans un couple pastoral ? Le pasteur divorcé peut-il rester dans le ministère ou faut-il lui demander de le quitter ? Voici l'avis émis par la Commission de Théologie et de Relations Inter-Eglises du Synode du Missouri dans le document intitulé Human Sexuality :
« Il faut traiter le problème du divorce des pasteurs chrétiens avec le plus grand sérieux. Il est difficile de comprendre comment l'Eglise pourrait préserver l'intégrité de son message - surtout à une époque où le divorce est une pratique tellement courante -, si elle permettait à des pasteurs qui ont divorcé de leurs épouses pour des raisons non bibliques de rester dans le ministère public. D'une façon générale, un pasteur divorcé, à moins que sa femme ne lui ait été infidèle ou qu'elle n'ait abandonné le domicile conjugal, ne doit pas rester dans le ministère ni être autorisé à l'exercer ailleurs. Mais dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, un ancien pasteur peut être conduit par la grâce de Dieu de telle façon que l'Eglise estime qu'il est à nouveau qualifié pour exercer l'autorité inhérente au ministère »
Même en cas d'infidélité ou d'abandon du domicile conjugal de la part de son épouse, il convient d'être très prudent en examinant le cas d'un pasteur divorcé. Les situations sont rarement aussi claires que cela, l'infidélité ou la désertion peuvent avoir des causes dans le comportement du mari, et le scandale est toujours grand quand le mal frappe un couple pastoral. Les répercussions d'un divorce pastoral se font toujours sentir au-delà des limites mêmes de la paroisse, à l'échelon régional ou national, ainsi que dans les autres communautés religieuses. Aussi, même quand le lien conjugal a été rompu par la femme du pasteur, son affectation dans une autre paroisse peut s'imposer pour calmer les esprits et réduire les mauvaises langues au silence.
Est-ce traiter les pasteurs selon d'autres critères que les simples fidèles ? N'ont-ils pas droit au même pardon qu'eux ? C'est une objection qu'on entend parfois. Certes, et le Seigneur ne dédaigne jamais un coeur brisé. Il pardonne volontiers à tous ceux qui lui confessent leurs péchés, même aux pasteurs. Mais le fait que Dieu pardonne ne signifie pas que les exigences concernant le ministère pastoral aient été abolies. La grâce de Dieu est sans condition. Par contre, il existe des conditions bibliques à l'exercice du ministère. C'est un ministère public, ce qui veut dire que les pasteurs servent le Seigneur au nom de l'Eglise. Ils doivent donc veiller conjointement avec l'Eglise à ce que soient préservées les qualifications inhérentes au ministère et tirer honnêtement les conséquences de leurs manquements.
VII. Eléments de cure d'âme :
Il n'est pas possible d'envisager les multiples situations dans lesquelles l'Eglise est appelée à exercer la cure d'âme auprès de couples en difficulté. Non seulement parce que la place ne suffirait pas, mais aussi parce que, malgré des similitudes et des points communs, chaque cas est pour ainsi dire un cas d'espèce aux ingrédients propres. Ce sont autant de situations qu'on ne peut pas inventer derrière un bureau et que seule la cure d'âme permet de découvrir. Nous devrons donc nous contenter de quelques indications.
Deux cas de figure peuvent se présenter. Il y a tout d'abord les couples en difficulté qui, tout en ne l'ayant pas encore demandé, envisagent le divorce, puis ceux qui sont effectivement passés par une procédure de divorce et ont de la sorte fait annuler leur mariage. Dans beaucoup de cas, le pasteur ou autre responsable de l'Eglise qui essaie de venir en aide à des couples en difficulté, où on ne s'aime plus guère, mais où l'amour a cédé la place à la discorde et aux querelles et qui, pour cette raison, ne voient pas d'autre issue possible que le divorce, s'entendra dire : « Nos problèmes ne vous regardent pas. Ne vous mêlez pas de cela ! ». Il faut donc commencer par les convaincre que leur pasteur est animé du seul désir de leur venir en aide. Il faut qu'ils sachent que leur bonheur terrestre et leur bien-être spirituel lui tiennent à coeur. Il lui serait plus facile, humainement parlant, de fermer les yeux sur leurs problèmes, de ne rien dire et de ne pas se mêler de leurs affaires. Ce serait de loin la solution la plus facile. Mais c'est l'amour du Seigneur qui impose au pasteur le devoir de se soucier d'eux et de leur venir en aide. D'autre part, l'Eglise a confié à ses pasteurs le soin d'annoncer sa Parole et d'administrer les sacrements, en prenant soin de chaque brebis du troupeau et en la guidant sur le chemin de la foi.
C'est ainsi qu'on peut convaincre ces couples que ce n'est pas pour se mêler de choses qui ne le regardent pas que le pasteur vient à eux, mais poussé par l'amour du Christ et désireux de les aider à porter leur fardeau et à trouver à leurs problèmes une solution conforme à la volonté du Seigneur. C'est à cette seule condition qu'il peut leur être véritablement utiles.
Une fois qu'on a gagné leur confiance, il faut les encourager à se décharger de leur fardeau en étant simplement à leur écoute. Que chacune des deux parties ait la possibilité de s'exprimer librement. A ce stade-là, il faut s'abstenir de commentaires et d'appréciations et veiller simplement à écouter et comprendre. On appelle cela l'empathie. Il ne s'agit ni d'approuver ni de condamner ni de prendre position, au risque de mettre un terme à la relation de confiance et de couper court aux possibilités d'une cure d'âme.
Quand on a saisi les difficultés et les problèmes du couple, et alors seulement, il convient de lui rappeler la beauté et la sainteté du mariage institué par Dieu pour le bonheur de ses créatures. Le recours à la Parole de Dieu est indispensable, car l'échec d'un mariage est l'échec d'un couple ou au moins de l'un des deux conjoints à cheminer dans la foi, en tout cas en ce qui concerne la vie conjugale. Quand on envisage de recourir à la justice pour mettre un terme à son mariage, c'est qu'on a failli à son devoir de foi et d'amour. On a laissé parler le vieil homme au lieu d'agir selon l'homme nouveau, donné libre cours à l'égocentrisme, l'entêtement, la jalousie, l'orgueil, l'intolérance, la méfiance, l'amertume, la rancoeur et l'esprit de querelle, au lieu de faire régner les fruits de l'Esprit que sont « l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi »
En leur parlant ainsi, on les invite à faire un bilan honnête, à se repentir chacun de ses erreurs et défaillances, à chercher le pardon auprès de Dieu, à se pardonner l'un l'autre, à tourner la page et à repartir, avec l'aide du Seigneur, d'un pied nouveau. Ce n'est jamais facile, mais c'est toujours possible quand on laisse agir le Seigneur dans sa Parole. Les chances de succès ne sont évidemment pas les mêmes si l'un des conjoints est un incroyant. Raison de plus de ne pas contracter de mariage mixte ! Pour qu'un mariage soit heureux et pour qu'en cas de difficulté ou de crise un couple puisse trouver des solutions à ses problèmes, il faut que les deux le désirent. Et la seule façon de s'atteler sérieusement à cette tâche est de laisser le Saint-Esprit agir dans son coeur.
Montrer la beauté et la sainteté du mariage, c'est procéder à une approche positive. Il existe aussi une démarche négative qui consiste à montrer qu'en mettant un terme à son mariage, on rompt un lien institué par Dieu et sépare ce que lui a uni. Quand on divorce par consentement mutuel pour incompatibilité d'humeur, on transgresse dans tous les cas sa volonté. Pour sortir innocent d'un divorce, il faut ou bien l'avoir subi, donc avoir été injustement répudié, ou bien l'avoir sollicité en raison de l'infidélité manifeste ou de la désertion malicieuse du conjoint. Seule la connaissance réelle des problèmes vécus par un couple et de l'attitude de chacun des conjoints permet au pasteur de déterminer s'il doit privilégier la démarche positive ou le discours négatif, annoncer la Loi ou l'Evangile, dénoncer le péché ou encourager et aider à guérir une plaie. L'objectif est d'aider un couple en détresse à résoudre son problème en évitant le divorce, de façon à ce que le Seigneur puisse le bénir et lui rendre le premier amour.
Très souvent, hélas, le pasteur n'est informé des difficultés d'un couple que lorsque la situation s'est détériorée au point qu'ils ont déjà engagé une procédure de divorce ou que le divorce a déjà été prononcé, de sorte que la situation est pour ainsi dire irréversible. Que faire alors? L'attitude à adopter est la même que celle esquissée ci-dessus. A cette différence près que la cure d'âme s'appliquera séparément à chacun des conjoints. D'autre part, il ne s'agit plus de guérir et sauver un mariage malade, mais de leur annoncer séparément ce que représente le divorce qu'ils ont sollicité, quelle est leur responsabilité dans la dissolution de leur mariage, et de les ramener sur le chemin de la repentance et de la foi, pour pouvoir prononcer sur eux le pardon du Christ.
Quand des conjoints ont reconnu et confessé à Dieu leur erreur, ils se pardonnent réciproquement leur faute et se réconcilient. On ne guérit et ne sauve pas un mariage dissous. Cependant, si le divorce n'a pas été rendu irréversible par un nouveau mariage et si la repentance a été sincère, les divorcés peuvent envisager de se remarier. Du fait que le mariage dissous n'existe plus et que, malgré le pardon qu'on s'est offert, la reprise de la vie conjugale peut faire peur, on n'en fera pas une obligation. Ce n'en est pas moins un idéal digne d'être poursuivi.
Il va de soi que si les deux partenaires sont membres de l'Eglise, qu'ils portent tous les deux une responsabilité dans leur divorce et refusent de se repentir, ils feront l'objet de la discipline ecclésiastique prescrite par Matthieu 18:15-20 qui conduira, en cas d'impénitence obstinée, à l'excommunication. Celle- ci cependant, et toute la démarche devrait le montrer clairement, ne vise pas à se débarrasser d'une brebis galeuse, mais à pousser à la repentance un pécheur impénitent pour sauver son âme. Il va de soi que le chrétien qui a subi son divorce ou l'a requis pour des raisons bibliques, ne sera en aucune façon soumis à une procédure de discipline, car il sort, autant que les hommes puissent en juger, innocent de son divorce.
La cure d'âme la plus belle, la plus encourageante et la plus riche de promesses est celle que les couples en difficulté viennent eux-mêmes demander à leur pasteur. Heureux le berger que les brebis viennent trouver d'elles-mêmes quand elles ont un problème ! Cependant, qu'on vienne trouver le pasteur pour demander son aide ou que le pasteur aille proposer son aide à des paroissiens en détresse, le succès de la cure d'âme dépend en très grande partie de la façon dont il la mène, du comportement qu'il adopte et des sentiments qu'il suscite chez eux.
1. Dr. Wilbert Kreiss est né a Paris, y a grandi et passé l'essentiel de sa vie. Il est à la retraite depuis 1999, après avoir été pasteur de paroisses pendant 10 ans, puis, jusqu'à sa retraite, le directeur et le principal professeur du séminaire de l'Eglise Évangélique Luthérienne-Synode de France et de Belgique. Il a été chargé de rédiger des cours et manuels de théologie pour la formation pastorale dans divers pays francophones de l'Afrique Centrale et de l'Afrique de l'Ouest où il est allé faire des cours intensifs et superviser des programmes de formation.
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