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LE MONDE ÉVANGÉLIQUE |
Coin des leaders chrétiens
Le thème « jour du Seigneur parmi les
prophètes »
Pasteur
Michaud Faustin
Le jour du Seigneur est l’un des grands thèmes de l’Ancien Testament. Lorsqu’on entend ce thème, on pense évidemment à un grand jour, un jour solennel où le Seigneur se manifeste au milieu de son peuple par des prodiges et des miracles. À en croire, on dirait que c’est un jour après lequel tout le monde devait soupirer. Cela nous amène à poser la question à savoir :
Qu’est-ce que le thème : Jour du Seigneur?
Le jour du seigneur est un concept biblique synonyme de n’importe quel moment d’intervention divine où Dieu prend le commandement de l’ordre mondial pour apporter le jugement ou la bénédiction, en conformité avec ses principes établis.
C’est le jour où Dieu prend en main les rênes du commandement mondial en contraste avec le jour de l’homme. Donc, cela correspond à ce que Weiss entend par théophanie, puisqu’il parle d’un jour où le seigneur se révèle et agit de quelque manière.
Si on en croit à la prédication des prophètes, le jour du Seigneur était, aux yeux du peuple, un jour où Dieu, en se manifestant, apporterait la bénédiction et le salut à son peuple. Mais les prophètes disaient au peuple qu’il se trompe. Le jour du Seigneur sera plutôt un jour de jugement. Le jugement vient à englober toutes les nations et une vision de salut pour le peuple de Dieu est ébauchée
Ces prophètes, ces grands défenseurs de la fidélité à l’alliance, et de la rectitude morale, mettaient Israël en garde contre la sécurité à toute épreuve qu’il trouve dans son identité de peuple choisi. Porté trop facilement à considérer les autres peuples comme des ennemis de Dieu, Israël pouvait se sentir immunisé contre la colère de Dieu. Les prophètes criaient haut et fort qu’être partenaire de Dieu implique la fidélité aux exigences de l’alliance, la pratique de la justice, le respect des droits des pauvres et des faibles. Dans la pensée des prophètes, le jour du Seigneur, est ambivalent : il est punition pour ceux qui sont infidèles à l’alliance, salut pour ceux qui respectent leurs engagements ou qui se convertissent. Le jour du Seigneur prend alors une dimension eschatologique, c’est-à-dire qu’il est mis en relation avec une intervention salvatrice de Dieu au terme de l’histoire.
Si la mention du jour du Seigneur fait trembler, il suscite quand même l’espérance du salut pour les gens qui vivent en harmonie avec le projet de Dieu ou pour Jérusalem menacée par ses ennemis : « Yahvé rugit de Sion, de Jérusalem, il fait entendre sa voix; les cieux et la terre tremblent ! Mais Yahvé sera pour son peuple un refuge, une forteresse pour les enfants d’Israël. » (Joël 4 :16.) H Gressmann fut le premier à reconnaître que l’idée du jour du Seigneur constituait un problème en soi, on l’a souvent considéré comme le noyau de l’eschatologie prophétique.
Le thème jour du Seigneur représente pour certains la fin ultime de l’histoire, et son imminence est souvent annoncée. Puisque Le Seigneur Seul sera élevé en ce jour, il s’agit du jour où il punira les nations qui oublient Dieu. D’autres évoquent l’idée d’événements ponctuels dans le passé. Quoi qu’il en soit, Nous allons essayer d’analyser ce thème en posant des hypothèses suivant lesquelles nous parviendrons à déceler la compréhension des prophètes du thème jour du Seigneur.
Le jour du Seigneur est une véritable guerre
Lorsqu’on parle de guerre, on s’attend évidemment à assister à des attaques, des résistances entre deux ou plusieurs armées puissantes. Mais malheureusement, c’est le contraire. Dans cette guerre, il parait qu’il n’y a qu’une armée. C’est elle qui domine, qui commande et qui dévaste. C’est l’armée de Yahvé. Pour voir et comprendre le Seigneur dans son jour de guerre. Analysons quelques textes que certains prophètes ont présentés sous forme de poème.
Nous commençons par le poème sur Babylone d’Ésaïe 13 qui est un appel aux guerriers, les invitant à se rassembler sur l’ordre de l’Éternel. L’Éternel lui-même appelle ses « saints », ses héros, qui accourent en foule si nombreuse qu’il en résulte un tumulte de nations. Puis l’Éternel lui-même passe l’armée en revue. La fin du poème décrit l’univers totalement dévasté. Les idées qu’il contient forment un tout en soi; il y est question d’une guerre qui commence par la destruction des guerriers et se termine par l’image du pays privé de ses habitants et ressemble au désert. La guerre a pris des proportions énormes; il semble que ce ne sont pas des soldats isolés, mais des peuples entiers qui affluent à l’ordre de mobilisation. Néanmoins, nous assistons au déroulement d’une guerre véritable.
Le poème contre Edom d’ Esaie 34, qui n’est pas non plus d’ Esaie, est construit exactement comme Esaie 13; il faut en parler ici, bien qu’il ne contienne pas l’expression jour de Yahvé, mais la remplace par celle de jour de la rétribution de Yahvé. (v8) il commence par déclarer que la colère de Yahvé est grande contre Edom, puis il décrit l’anéantissement de ce peuple par l‘épée de Yahvé, et se termine, comme Esaie 13, par un tableau du pays complètement dévasté et habité seulement par des animaux. Ici encore, l‘idée du combat de Yahvé réapparaît, comme cela ressort de l’affirmation caractéristique que Yahvé a voué ses ennemis à la destruction. Ici aussi, des phénomènes terribles se produisent dans le ciel, en relation avec le combat; « les cieux s’enroulent comme un livre et toute leur armée se flétrit».
L’oracle d’ Ezéchiel contre l’Égypte (Ezé 30.1ss) est lui aussi un poème d’une grande portée et formant un tout en soi. Il commence par une complainte sur le jour de Yahvé « il est proche, le jour de Yahvé.» ce sera un jour chargé de nuages; l’épée viendra sur l’Égypte, les Égyptiens et leurs alliés tomberont, après quoi le pays et ses villes seront déserts. Bien qu’abrégé, Ez 30.1-9 suit une démarche parallèle à celle d’Esaie 13 et 34, si bien qu’on peut se demander si ces trois textes ne dépendent pas d’un même schéma prophétique préexistant.
Il en va de même du grand poème d’Ez 7. Ici non plus, l’expression complète « jour du Seigneur » n’apparaît pas, mais cela est sans importance, puisqu’on y trouve des exclamations telles que : « le jour est proche » v7, « voici le jour » v10, « le jour est venu » v12. Cet oracle traite du jour du Seigneur; cela ressort clairement de presque toutes ses phrases. Ici encore, seules nous intéressent les idées qui sont à la base du texte et le sous-entendent : la fin va venir pour la terre entière, et en particulier pour Israël. Contrairement aux exemples précédents, le cri qui ouvre ce poème est largement développé, ce qui est inusité. C’est seulement au verset 14 que l’oracle passe à la description du combat. L’ennemi devrait se lever pour se défendre, mais personne ne marche au combat v14; l’épée et la famine exercent leurs ravages. Toutes les mains tombent; les propriétés de la ville tomberont aux mains des ennemis et la ville sera profanée.
Ces phrases se rapportent à la fin, que les autres poèmes décrivaient comme un anéantissement de la population. Jérémie 46.3-12, qui dépeint « ce jour », « le jour de la rétribution » contre l’Égypte, appartient au même groupe. Il y a tellement de choses horribles et abominables qui se font parmi les nations que l’Éternel n’a d’autres choix d’intervenir par la guerre. Les dirigeants de ce monde administrent mal les biens de L’Éternel. Ils sont devenus arrogants et méchants. Ils se conduisent en maîtres et seigneurs, pillant, ravageant et détruisant la terre. Dieu a exercé à différentes époques sa vengeance dans le passé et il le ferra dans le futur.
Jour de jugement pour les infidèles
Selon le grand dictionnaire de la bible, l’expression jour du Seigneur évoque un moment de l’histoire où le Seigneur intervient pour le jugement. Peut-être évoquait-elle pour les auditeurs des prophètes, certains événements du passé : Le jour où le Seigneur à Gabaon, avait livré les Ammonites à la merci des Israélites (Jos 10.12-14) et le « jour de Madian » où il avait frappé les Madianites (Es 9.3 : 10.28).
En ce jour, le Seigneur lui-même intervient contre les coupables pour exercer ses jugements. Ce jour manifeste donc la colère de Dieu.
Dans certains cas, le châtiment se présente sous forme de guerre au cours de laquelle des nations sont utilisées par le Seigneur comme des instruments de son jugement. Le Seigneur conduisait lui-même leurs armées comme un général. D’autres métaphores s’associent au motif du jour du Seigneur pour dépeindre le jugement : le sacrifice et le festin, Les bouleversements cosmiques et les ténèbres, le feu, l’ouragan.
Chez Joël, le motif du jour du Seigneur s’applique à une invasion de sauterelles. Le jour sème la panique qui engendre la fuite des humains devant le Seigneur. Il dévaste tout, ne laissant derrière lui que déserts, ruines, étendues désolées. Ce jour s’appelle encore jour du malheur ou jour du châtiment. Le seigneur connaît le cœur de chaque être humain. Il connaît chacun de ses actes. Il observe son comportement face à ses différents avertissements annoncés par ses serviteurs. Mais il n’agit que lorsque la coupe de sa colère déborde. Il exerce son jugement et punit ceux et celles qui refusent de se détourner du mal.
En général, le jour du Seigneur, atteint des nations païennes. Dans son sens populaire, le jour de Yahvé était un jour de crise, où Yahvé jugerait les ennemis d’Israël et sauverait son peuple. Parfois, il retrouve ce sens, tandis qu’ailleurs les prophètes ont retourné de façon paradoxale la portée de l’expression pour en faire un jour de châtiment sur Israël Cependant, chez Joël, c’est Juda qui en est la victime et Amos renverse les illusions des Israélites du Nord en annonçant que le jour du Seigneur frappera aussi le peuple de Dieu. De même, la chute de Jérusalem est interprétée comme un jour du Seigneur contre juda.
L’aspect imminent de ce jour
Tout comme Joël quelque soixante années auparavant, Amos insista sur l’imminence du jour de L’éternel. Cependant, contrairement à Joël, Amos présenta ce jour comme étant un jour de ténèbres et non de lumière 5.18. Non seulement ce jugement serait synonyme d’anéantissement pour les païens (ce à quoi Israël applaudirait), mais aussi de destruction pour les pécheurs en Israël. Cette mise au point était essentielle pour Israël, car les israélites avaient mal interprété les relations d’Alliance qui les unissaient à l’Éternel et dans lesquelles ils avaient vu une sorte d’immunisation contre les calamités et les jugements. Le prophète Amos se rendit dans cette citadelle de la religion du royaume du Nord, faisant figure d’intrus, pour en secouer les citoyens avec la révélation que le seigneur ne fait point acception de personne. Il juge le manque d’humanité, l’injustice sociale et la corruption religieuse, où qu’ils se trouvent.
Certains textes soulignent l’imminence de ce jour, parfois, pourtant, dans un contexte eschatologique. C’est peut-être là une façon d’exprimer que l’histoire est en marche vers ce jugement et que les événements du présent contribuent à acheminer l’histoire vers cet événement, et d’en souligner son caractère inéluctable. Une intervention divine peut être annoncée en jours, semaines et années. De façon imprécise, le jour est dit proche; à l’occasion, il est passé ou présent. Il ne désigne donc qu’une des interventions de Dieu dans l’histoire, ordinairement la prochaine, plutôt que la dernière ou que la clôture de l’histoire. De même, les cataclysmes cosmiques, littéralement associés au jour de Yahvé, ne lui donne pas forcément de caractère mondial.
Von Rad a remarqué la parenté qui existe entre les descriptions de jour du Seigneur chez les prophètes et les récits de guerre sainte. On y retrouve les mêmes traits. Ainsi, le cantique de l’exode évoque l’intervention du seigneur venu en guerrier manifester sa colère et semant la panique. Il en est de même de ces jours où, lors des guerres de la conquête du pays de Canaan, la victoire a été remportée par Israël grâce à l’intervention du seigneur contre les nations prises de panique et vouées à l’interdit.
Von Rad commet cependant l’erreur de réduire le motif du jour du seigneur à celui de la guerre sainte. Dans plusieurs textes, le jour du seigneur n’a pas de caractère militaire et nous avons noté que d’autres métaphores que celle de la guerre accompagnent ce motif. Deux éléments sont communs à l’ensemble des textes concernés : le thème d’une intervention du seigneur, et celui du jugement. À côté de cela, le motif est utilisé de façon variée; chaque texte où il apparaît l’accompagne de ses images propres et le charge de ses significations particulières.
En revanche, la première constatation qu’on pourrait faire de cet examen, c’est que le jour du Seigneur, tel que les prophètes le comprenaient, est un événement de caractère nettement guerrier. Cette idée est très répandue chez les prophètes, ce qui nous pousse à supposer qu’il s’agit d’un élément eschatologique fixé par la tradition. Mais il faut mentionner, à l’encontre de cette supposition, le fait que l’expression « jour du Seigneur » pouvait aussi s’appliquer, dans certains cas à des événements passés (Éz 13.5; 34.12).
Nous sommes donc en présence d’une expression plus ou moins ambivalente; si nous voulons l’étudier avec méthode, nous devons nous garder de toutes les interprétations mythologiques étrangères au sujet, et nous demander si les anciennes traditions d’Israël ne connaissaient l’idée que l’Éternel allait venir livrer une guerre accompagnée de scènes miraculeuses. La réponse à cette question est évidemment affirmative. La relation presque stéréotypée qui existe entre le jour du Seigneur et une entreprise guerrière rappelle déjà les guerres saintes et les circonstances miraculeuses dans lesquelles elles eurent lieu. En tous cas, l’idée que nous avançons ici sous les yeux, à savoir que Yahvé va venir pour participer à une guerre est influencée par la tradition et, avant toute autre tentative d’explication, il faut examiner si elle s’apparente aux affirmations des prophètes sur le jour du Seigneur. Cela est d’autant plus probable qu’il y a deux passages, chez les prophètes eux-mêmes, où la guerre eschatologique est expressément comparée à des épisodes des guerres saintes du passé.
On racontait toutes sortes de faits miraculeux qui s’étaient produits lors des guerres que l’Éternel avait menées dans le passé.(le tonnerre :1 Sam 7.10; des pierres tombant du ciel : Jos.10 :11; les ténèbres : Ex.14 :20; Jos 24.7; des nuées qui se fondent en eau : juges 5.4s). Il s’agit d’une sorte de panique qui plonge ses ennemis dans la confusion et le découragement, si bien qu’ils sont comme paralysées, perdent toute volonté de se défendre et (en) se mettent à s’entretuer.
Donc, Von Rad soutient que l’idée du jour du Seigneur n’est nullement eschatologique en soi; les prophètes la connaissaient bien, avec tous les détails, par l’ancienne tradition yahviste. Mais ils pensaient que l’ultime campagne du Seigneur contre ses ennemis s’accompagnerait des mêmes signes que celles d’autrefois. Incontestablement, l’idée de cette intervention militaire du Seigneur a pris des proportions énormes chez les prophètes, parce que ce sont tous les peuples, et même l’ordonnance de la création, qui seront touchés. L’événement s’est élargi aux dimensions d’un phénomène de portée cosmique. Mais le plus important, et ce que les auditeurs des prophètes avaient le plus de peine à admettre, c’était l’annonce que «l’éternel allait s’en prendre à Israël lui-même. »
L’aspect eschatologique de ce jour
Donc, le motif du jour du Seigneur se rapporte à des événements eschatologiques mais à des moments de l’histoire qui se situent dans l’avenir ; comme la chute de tel empire, la défaite de l’Égypte à Karkemish en 605 (A.J.C), la chute de Samarie en 722, le siège de Jérusalem en 701 ou la prise de cette ville en 587 ou encore à des événements appartenant au passé, comme la chute de Jérusalem. Plusieurs jours du Seigneur jalonnent donc l’histoire, avant le jour final, eschatologique. Le prophète Joël considère les jours du Seigneur contemporains comme des avant-goûts anticipant le jour du Seigneur final. En parlant de l’aspect eschatologique du jour du Seigneur, on se réfère aux évènement de la fin des temps où cette fois-ci, ce ne sera pas limité à un peuple quelconque, Cela touchera toutes les nations de la terre.
Car le jour du Seigneur arrive. La forme verbale doit être prise, non comme un accompli, mais comme un participe il arrive. La formule annonce que l’événement dont la sécheresse était un présage; va maintenant se produire. La différence de temps verbal, un participe au lieu de l’inaccompli de Joël 1.15, indique que la réalisation de la calamité qui y était entrevue pour un futur proche, est devenue immédiate. Par conséquent, même si l’expression kî qarôv, car il est proche, se trouve reprise, elle acquiert ici une tout autre intensité et l’on peut traduire il est tout proche, ou mieux encore, le voilà ! Un phénomène extraordinaire se prépare .Alors, Le prophète l’identifie à un jour du seigneur, et c’est dire qu’il le considère comme venant de Dieu. Le Seigneur est sur le point de faire irruption dans l’histoire de son peuple, d’intervenir en Juda en vue d’un châtiment.
Le jour du Seigneur est proche pour toutes les nations
Il faut dire que Romerowski n’est pas du même avis que Von Rad quant à l’aspect eschatologique du jour du Seigneur. Von Rad fait référence à des évènements ponctuels dans le passé tandis que lui, il l’associe et à des évènements dans le passé et à des évènements dans le futur, c’est à dire à des évènements du tout dernier temps. Par exemple en considérant les versets du livre d’Abdias, il va attirer la structure en chiasme de ces versets. Cette unité est importante pour la compréhension de la seconde partie du livre, car elle indique qu’il faut y considérer Édom comme le type de toutes les nations, lors du jugement eschatologique. Elle invite à penser que les événements évoqués dans la première partie font avancer l’histoire vers un but qui les dépasse, et qui englobe toutes les nations, dont Édom n’est qu’un élément représentatif. v15. Ce verset joue un rôle charnière. Il est lié à ce que précède par le thème jour et le thème de la loi du talion, et il introduit la perspective eschatologique de la seconde partie. La première ligne avertit le lecteur du changement de perspective, par le motif du jour du seigneur combiné avec l’élargissement du propos à l’universel. Dans la seconde, le prophète braque le projecteur une nouvelle fois sur Édom.
Si notre texte date du 1x e siècle, Abdias est le premier auteur connu à faire usage de la formule jour du seigneur. Il est possible qu’elle appartienne à une tradition antérieure. Pour Keil cependant, c’est Abdias qui l’a forgée, cette formule ‘jour du Seigneur’. Si cet exégète a raison, on peut penser que le motif, qui a connu un succès considérable chez les prophètes, a eu pour arrière-plan, à son origine, la première partie de la prophétie d’Abdias, qui scande le terme jour avec insistance. Il s’agissait là d’abord du jour de la ruine d’Édom, provoquée par le seigneur pour rétribuer les crimes de ce peuple v8. Puis le thème prenait une coloration très nettement négative v11-14 : c’était le mauvais jour, le jour du malheur. L’expression jour du seigneur v15 se comprend facilement comme se référant à un jour de malheur pour toutes les nations, provoqué par le seigneur pour les châtier. Ce jour est très semblable à celui du verset 8, mais avec une autre amplitude, et la note universelle en suggère le caractère final, définitif, et donc eschatologique.
Ces divers usages du terme jour ont pu inspirer à Joël son utilisation si riche du motif du jour du seigneur, pour se référer d’abord à une catastrophe naturelle, puis au jugement eschatologique universel. Le livre d’Abdias aura en outre stimulé sa réflexion sur les rapports entre ces deux jours du seigneur. Cette reconstruction n’est que conjecture, mais elle montre qu’il est tout à fait concevable qu’Abdias soit le père du motif du jour du seigneur. Quelle que soit l’origine de ce motif, le sens ici est clair. Le prophète parle du jour où le seigneur exercera ses jugements contre les nations, et l’expression renvoie aux diverses occurrences du terme jour dans la première partie.
En conclusion, au vu de tous ces textes, il ne fait aucun doute qu’au fond les anciens récits des théophanies qui eurent lieu dans le passé et les descriptions prophétiques du jour du Seigneur qui vient font partie d’un seul et même ensemble conceptuel. Le thème « jour du Seigneur » parmi les prophètes a été souvent mal compris par le peuple qui y voyait un jour de salut pour Israël. Pourtant, il s’est trompé éperdument ; puisque des évènements ponctuels dans le passé ont prouvé le contraire. Le jour du Seigneur à touché et Israël et les nations païennes. Le Seigneur a manifesté sa colère par des évènements miraculeux et terribles contre les infidèles. Selon la compréhension des prophètes du jour du Seigneur, le jour du Seigneur a une portée eschatologique où le Seigneur apportera le jugement final pour les infidèles et le salut, la paix et la délivrance aux fidèles. Le jour du Seigneur sera terrible; car il viendra pour juger et punir ce monde divisé entre sectes et partis, riches et pauvres, ce petit monde, rongé par les regrets et les rancoeurs, par l’égoïsme et l’hypocrisie, par la haine et la guerre, par l’abus et le crime. Il viendra pour mettre un terme à l’injustice. Il ferra droit aux opprimés. Oui, il délivrera le pauvre qui appelle, les humbles privés d’appui. Il prendra souci du pauvre et du faible; aux pauvres, il sauvera la vie. Il les défendra contre la brutalité et la violence. Il brisera l’arc de guerre et il proclamera la paix pour toutes les nations, sa domination s’étendra d’une mer à l’autre lorsqu’il aura pris, après ce jour, les rênes du commandement du monde.