Coin des leaders chrétiens
Pour que chaque
jour soit Noël
Dr. Jean Fils-Aimé,
Ph.D., pasteur
Il y a quelque chose de fascinant dans la saison de Noël. On dirait qu’en cette occasion les humains, en particulier ceux de l’Occident, se passent le mot et se promettent tous d’être, comme par magie, gentils…
Non seulement, se disent-ils des mots doux, échangent-ils des vœux, s’achètent-ils des cadeaux; mais en plus, ils deviennent tout à coup - comme par un tour de passe-passe - généreux!
Les psychanalystes de tous poils et de toutes tendances y trouveraient sûrement matière à thèse... Or, qu’est-ce qui motive un changement si radical de comportement chez les humains? La question sera d’autant plus pertinente quand on se rappelle qu’ils passent les onze derniers mois à s’ignorer réciproquement (au point de ne même plus se dire bonjour!), à entreprendre des projets qui ne visent que la satisfaction individuelle, à concevoir des plans dont la réussite conditionne le malheur sinon la misère des autres, eux qui se font la guerre(ou mieux des guerres!), qui caressent et réalisent des rêves si prométhéens qu’ils finissent par détruire l’écosystème…
Non, mais sérieusement, il y a de quoi se demander, d’où vient que l’humain veuille soudain faire des heureux, donner et recevoir des cadeaux, être attentif aux besoins d’autrui, organiser des guignolées, tenir au profit des démunis des « paniers de Noël » etc.?
Les humains seraient-ils tombés sur la tête à Noël ?
On aurait, jusqu’à un certain point, raison de le croire. À en juger par les folies que l’on se fait en cette courte période! On s’endette, on se soûle, on s’empiffre; bref, on lâche son fou! … vraiment il y a quelque chose dans l’air!
Les entrepreneurs, les hommes d’affaires discernent l’opportunité et y trouvent leur compte. Car, ils savent que l’humain se comporte de manière radicalement différente pendant la saison de Noël. Aussi en profitent-ils pour couler le gros de leurs marchandises. Est-il besoin de rappeler que 80 % des chiffres de vente des secteurs du commerce en détail se bouclent pendant la courte saison de Noël? Les économistes et les actuaires parleraient non pas de « déséquilibre fiscal », mais de « déséquilibre budgétaire »; tandis que les experts en la psychologie des profondeurs parleraient de « déséquilibre comportemental ». En tout cas, seul l’aveugle n’observerait un « certain déséquilibre »…
Si bien qu’à la question les humains sont-ils tombés sur la tête à Noël, j’aurais tendance à répondre que non pas sur la tête, mais sur le cœur.
À Noël, les humains sont tombés sur le cœur!
Qu’est-ce à dire? J’ai la profonde conviction que les besoins du cœur humain, indépendamment de la culture, c’est-à-dire, de l’espace-temps, demeurent les mêmes depuis sa parution sur Terre. Ils ne sont pas nombreux, je pourrais dans un élan pas trop réducteur (peut-être réductionniste!) les ramener à cinq chefs: le droit à la reconnaissance, le droit à la dignité, le droit à l’amour, le besoin de donner et de recevoir, le droit à l’appartenance…(encore que la liste ne soit pas exhaustive!)
Or, c’est précisément ce que l’on pratique à Noël. On dirait que nous passons les onze premiers mois de l’année à nous laisser guider uniquement et exclusivement par la tête. Alors, nous sommes calculateurs. Nous faisons tout afin de satisfaire nos besoins individuels et donc égoïstes. Nous nous accaparons de tout ce qui nous tombe sous les yeux, ou de tout ce qui se trouve à notre portée voire, au-delà de notre portée; et cela, sans tenir compte de la part légitime et inaliénable qui revient à l’autre. Il s’ensuit que la vie est une course où seuls les violents, les plus futés, les plus astucieux gagnent. On se lance donc dans un « chacun-pour-soi » suicidaire et destructeur de l’environnement et d’autrui. Et nous le faisons pendant onze mois…Alors parvenus au douzième mois, n’en pouvant plus de nous laisser guider exclusivement par la tête, les besoins du cœur que nous avons pourtant refoulés ou ignorés refont violemment surface pendant la saison de Noël.
Alors, nous réalisons que nous sommes tous frères, que nous avons besoin les uns des autres, que la reconnaissance, le sentiment d’appartenance, et surtout la générosité ne sont nullement une perte, mais un gain; voire un gain inestimable. Conséquemment, nous sommes plus heureux pendant ce trop court instant que pendant toute l’année…
En tout cas, s’il est un principe que je retiens de Noël, c’est que les rapports humains pourraient se résumer en une triade de verbes : Recevoir - Reconnaître - Donner. Or, à Noël, l’humain redécouvre - Et quelle découverte! - qu’ « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir »!
Bref, Noël me ramène à la mémoire ce vieux dicton hindou : « Le jour de ta naissance, tu pleurais tandis que le monde se réjouissait. Mène ta vie de manière telle qu’à ta mort tu te réjouisses et que tout le monde pleure ton départ ».
Et si Noël nous ramenait à cela…?