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Diplomatie- Le Canada lève une mesure incompréhensible contre Haïti
Par Marc Damord
Depuis l’arrivée des conservateurs au pouvoir à Ottawa, inaugurée sous le vocable de gouvernement de la loi et l’ordre, plusieurs personnalités politiques haïtiennes sont interdites d’entrer au Canada pour des raisons, somme toute, futiles. Parmi ces interdictions, le cas le plus documenté est sans doute celui de l’ancien premier ministre Jacques-Édouard Alexis, à qui le Canada aurait reproché sa passivité dans le massacre des jeunes de Carrefour-Feuilles, quand il était premier ministre la première fois. Mais d’autres dignitaires haïtiens passés et présents tombaient sous le coup de cette mesure; comme l’ancien ministre de l’intérieur et des Collectivités territoriales du dernier gouvernement d’Aristide, Joslerme Privert qui n’a pas pu assister aux funérailles de sa mère morte au Canada, parce qu’un visa lui aurait été refusé à l’ambassade du Canada à Port-au-Prince. D’autres ministres et hauts fonctionnaires des défunts gouvernements de Duvalier, Aristide et de celui de Préval actuellement ne pouvaient franchir le tourniquet des services frontaliers du Canada.
Et bien, tout cela est sur le point de changer, si l’on en croit des informations divulguées sur les ondes de CKUT, à l’émission Samedi-midi Inter de Raymond Laurent, le samedi 4 juillet dernier. Selon ce dernier, dont les sources sont généralement bien informées, une directive diplomatique est transmise aux autorités consulaires de la capitale haïtienne, pour invalider cette mesure, dont l’annonce en sera faite au cours de ce mois de juillet, le 11, au cours d’une conférence de presse qui sera faite au sein de la nouvelle ambassade, à Delmas.
Cette interdiction de séjour au Canada, à des personnes ayant occupé des postes haut-placés, a été vue comme une mesure discriminatoire dans la communauté haïtienne au Canada; quand on sait que d’autres à qui on pourrait reprocher des procédés tout aussi offensants, circulent librement au pays et revendiquent même la résidence permanente. D’ailleurs, au mois de mars de cette année, les Services Frontaliers du Canada, admettent que parmi les revendicateurs du statut de réfugié, il y a 179 criminels identifiés venant de plusieurs pays. Comment s’y prennent-ils pour entrer et pourquoi malgré qu’ils soient identifiés, les garde-on?
À Ottawa, on a toujours fait l’apologie de l’excellente relation qui existe entre les deux pays, malgré cette incompréhension. Ce, même lorsque Jacques-Édouard Alexis était en poste. Était-ce une perception unilatérale d’Ottawa ? Notre diplomatie aveugle et immuable en dépit des changements de gouvernements en Haïti ne saurait percevoir la nécessité de s’attaquer à ces irritants diplomatiques.
En tout cas, si nos représentants consulaires veulent se mettre résolument au travail, en Amérique du Nord pour aider le pays à s’affranchir des maux qui l’assaillent depuis toujours, le champ est vierge, et n’a pas été défriché. Il y a du boulot et des perspectives intéressantes qui s’offrent. Tout cela prend de la volonté et un divorce radical avec un passé dont les sillons demeurent trop souvent, les seules balises.
Si la diplomatie haïtienne veut, le moindrement du monde, se donner des habits neufs, il lui faut de nouveaux paradigmes, balayer les anciennes façons de faire, improductives, lourdes et inefficaces. Qu’elle se mette au service du pays et non le pays à son service, parce qu’elle coûte cher aux maigres ressources dont Haïti dispose.