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LE MONDE ÉVANGÉLIQUE |
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Jeanie Bogard
Une femme simple, élégante
Son écriture a surtout du
panache…
Par Marie Flore Domond
Les femmes haïtiennes qui manoeuvrent activement leur plume sont sous représentées sur le plan littéraire. C’est l’une des raisons qui incite l’organisme Société Paroles à éditer, et ensuite planifier une vente signatures de l’œuvre de madame Jeanie Bogard a déclaré Frantz Benjamin. Il ne s’agit pas là de promouvoir à Montréal la jeune pratique d’écriture de l’auteure, car elle savoure le goût de l’écriture depuis son adolescence, a-t-il poursuivi.
Le sexe féminin ne fait certes pas légion dans le cercle littéraire, mais à défaut de quantité, le représentant de l’œuvre nous a fourni un échantillon de qualité. Nous n’aborderons pas tout de suite l’aspect libéré de la journaliste et désormais poétesse officielle. En vérité ! Son premier recueil dégage une écriture d'assurance y compris sa valeur poétique d’emblée.
Après avoir lu LE PROPHÈTE de Khalil Gibran, je l’avais offert en cadeau à plusieurs personnes susceptibles de saisir la portée philosophique édifiante de l’ouvrage. Eh bien, je me retrouve dans le même état d’esprit. Et je recommande le recueil de madame Bobard sans hésitation. Son sang autant que son âme bouillonnent de passion. Elle nous fait croire à sa lucidité. Elle traite certains thèmes à la carte. D’autres, comme l’amour, le désir sont pris en charge à deux bras. Tantôt, elle s’évade. Ici, elle acquiesce, endosse des pulsions de toutes sortes pour lesquelles on n’oserait la condamner en raison de la franchise du «Je» qui s’affirme en toute limpidité. Elle ne cesse de bondir dans l’arène de l’anticonformisme rien que pour défier sa liberté suprême. Si sa poésie n’est pas pudique, elle n’est pas non plus dévergondée. L’auteure a l’aisance de nous rendre complices de ses petits bonheurs d’occasion ! Voyons ses aspirations dans SOIF DE BONHEUR
« J’aurais voulu enlacer l’horizon jusqu’à l’étrangler. Faire éclater mon avenir anémie. Si j’ose espérer, ce n’est que pour toi. Et ce n’est que pour toi que je m’agrippe aux hoquets de la terre.
J’ai dispersé les battements de mes cils au gré de ta méfiance. Nous n’aurons plus peur des étoiles filantes, de nos espoirs revêches. J’ai mangé mon silence.
Le ciel me pèse sur la tête et s’entête à m’enterrer. Mon amour nu frisonne dans la froidure de tes paumes. Moi qui suce encore les petits doigts du bonheur.»
L’auteure nous soumet à une écriture de recyclage si je peux me permettre la métaphore. Sa poésie devient alors antipollution visuelle, une forme entraînante qui manipule avec adresse l’odieux des humains tout en décorant de bon goût la laideur du monde, En somme, ses élans poétiques sont tout simplement captivants, provocants, virevoltants.

Maladie d’amour
(…)
Le SIDA est dans ta
virilité
Dans ta main de clous
Dan tes yeux de
braise
Le SIDA c’est ta
langue
En toute liberté sur
mes reins
Je la caresse
Ton SIDA,
J’ai envie de le
baiser sans pitié
Sans aucune
protection
Maladie d’amour
Cent fois. Mille
fois.
Notre nudité
secrète
Dévoilant un amour
sans bornes
Fonce
Jusqu’à la surdité
de ce cri de trépas
Fonce
Jusqu’au silence
mortuaire de ta bombe
Sans toi
(…)
Nous vivons séparé
de notre âme
Et je me revois
dans tes bras
Toi Mon troublant
tourment
Sans toi, le
bonheur est une insulte
Chien d’homme
(…)
École du Cœur. Vas
plutôt t’asseoir sur les bancs de mon école
D’amour. Caresse
sans cesse. Malaxer ne signifie pas caresser.
Caresser doucement…
tendrement. Apprends.
Et arrête tes
gamineries.
Crie. Pleure.
Grince des dents. Dépose ton savoir néant au creux de ma vie…
Aimer comme au
temps du langage
Mot perdu dans le
labyrinthe de ta chienne de vie
Tu n’y as rien
compris
Sort tes crocs.
Aboie. Mords-moi. Dévore-moi. Homme. Faiblesse.
Homme de chien.
Chien d’homme. Frigidité mensongère.
Brutalité
Et mépris
insupportables. Élève au primaire de l’usé. Examen
D’admission dans
mon école d’amour : nul. Comment devenir quelqu’un
Quand on n’est
personne ?
Amour créole
(…)
Baisers sucrés au
miel, baisers tendres. Baisers trop pleins de soleil. Cœur à corps. Explore-moi
jusqu’au tréfonds de mon être. Remplis-moi
de ton amour, de ton âme, de ta chair.
… Assurance vie,
assurance maison. Mais qu’est ce qui assure l’amour ?
Incertitude. Pluie
froide. J’ai la chair de poule. Caresse-moi. Tâtonne encore une fois vers le
chemin de cette fleur qui t’est offerte. Suce-moi. Goûte à mon miel. Aspire mon
suc. ¨ Rafraîchissant¨ tu l’as dit. Ouvre-moi et tâche de te créer un chemin à
travers le velours de mon couloir intime.
Écrire à deux
mains
Par son mandat de
libraire, Frantz Benjamin ne faisait point allusion de la nature ambidextre
de sa protégée, mais de son habileté à s’exprimer manuscritement dans les
deux langues (Créole et Français). En effet, l’assistance a eu droit à une
série de pièces inédites d’expressions créoles à couper
le souffle. D’ailleurs,
l’une d’entre elles lui a valu le Prix Calebasse d’or.
Tourbillon de
charme
Entre le récital de
plusieurs poésies à la fois émouvantes et sensuelles, la belle négresse,
Danielle Guillaume a épaté la galerie de sa voix cristalline. L'Amour ressemble
tant à cette créature de sensation dans le feu de ses
interprétations ! Elle a mérité de vifs et chauds applaudissements après
avoir réanimé une pièce maîtresse du répertoire de l’immortel chanteur,
Roger Colas
«Men cheri si wou pa
la
Tout espri’m akote’ou
Pa blye (bis)
Bon
konseyl mwen bawou
Efase movetan
Pou sonje bon moman
Ke nou
te pase
Avan
mwen te ale… »

Les absents ont toujours torts… Sa performance n’était pas Aca Pella Imaginez un instant ces sublimes mots fredonnés par une charmante voix, sur les airs capricieux de la guitare du musicien de renom Oswald Durant Jr dit Ti-flûte !
Le lancement Montréalais du recueil Un jour, tes pantoufles a eu lieu samedi le 22 novembre 2008 au Café bistro du Centre Na Rive de Montréal, 6971, Rue Saint-Denis. Maggy Métellus, Pierre Emmanuel, Wesley Rigaud et Henri- Robert Durandisse faisaient partie de la cohorte des diseurs.
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