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Bénédique Paul
Inégalités Hommes-Femmes,
nous sommes encore loin de la fin
Par Bénédique Paul*
Le rôle de la femme dans les sociétés humaines a toujours été fondamental. D’abord dans la croissance économique, mais surtout dans le développement économique. Dans certains pays, comme en Afrique, l’économie familiale repose uniquement sur les activités des femmes. Pourtant, ces dernières sont séculairement mises dans une position défavorable par rapport aux hommes. Ce sont ces derniers qui définissent les politiques, les orientations économiques et sociales. Etant attentif aux dynamiques de développement des pays en retard, nous(1) nous voyons interpellés par la perduration de l’idéologie inégalitariste.
On a combattu à bras le corps ce mal depuis la fin du siècle dernier. Les apports de la psychosociologie dans les théories du management (2) ont amené à une meilleure prise de conscience de la dimension humaine dans les organisations. C’est le facteur genre (dans le sens du vocable anglais Gender (3)) qui apparut dans les considérations socio-économiques.
Des sociétés patriarcales, perdurées grâce à l’aide de la dogmaticité religieuse (4), beaucoup de sociétés ont développé une tendance égalitariste. Alors que pendant longtemps, toutes les religions se sont mises d’accord sur la primauté de l’homme, l’apparition de mouvements féministes ont fait basculer le vase. En France, par exemple, les mouvements de mai 1968 ont eu des répercussions jusqu’à aujourd’hui. Plus, les effets de ce changement social ont fait écho dans d’autres nations. On a vu voter des lois garantissant aux femmes le droit d’exercer des activités politiques, de travailler tout en disposant d’un salaire juste, et surtout de disposer de sa personne.
Malgré ces avancées, dans certaines sociétés, on constate encore la perduration des fondements idéologiques des inégalités des genres. Comment cela se fait-il ? – La dynamique est de nature institutionnelle et se fait par la famille et l’éducation.
Le rôle des familles dans la transmission des stéréotypes n’est pas sans importance. Nous avons observé en Amérique Latine et dans la Caraïbe (précisément en Haïti) que jusqu’à récemment – et des familles conservent ces vieilles mauvaises idées – les familles rurales privilégiaient l’investissement du peu de revenus qu’elles disposent à l’éducation des garçons. Les filles, lorsqu’elles sont scolarisées, étaient les premières à sortir du système scolaire, parfois avant même d’être réellement lettrées. Or on sait que le point de départ de l’égalité des genres est l’accès aux compétences. Cela suppose d’abord un accès égal en matière d’éducation (instruction & formation). Les conséquences vont jusqu’à la vie politique. Par exemple, un gouvernement ne peut prétendre, par souci de parité, de choisir des dirigeants du sexe féminin si ces derniers sont résolument incompétents. Donc, l’égalité des genres se prépare.
Cette défaillance du système scolaire dans certains pays, dont Haïti, est malheureusement un outil institutionnel de perduration. En effet, l’éducation a été utilisée pour véhiculer des clichés inégalitaristes. Cela a pour conséquence l’acceptation pour « normal » des normes visiblement et résolument « anormales ». Par exemple, on a longtemps appris aux filles qu’elles ne sont pas faites pour les sciences dures, pour professions nécessitant un effort physique, etc. On leur a fait prendre pour normal, la consécration de tout leur temps aux activités domestiques (une façon de justifier les faibles investissements en éducation), le fait de se voir donner de bas salaires pour leurs activités professionnelles. Autant d’exemples, comme ceux-ci, sont observables. Mais le pire est l’enseignement d’une idéologie dont les conséquences pédagogiques sont vraiment graves. Même les grands activistes féministes n’en parlent pas. Pourtant, c’est la réalité même dans les pays dits les plus égalitaires.
Ce dont nous parlons ici mérite l’attention. Dans tous les pays francophones, on continue à enseigner que « le masculin l’emporte sur le féminin ». On ne se rend pas compte qu’en enseignant cette règle grammaticale aux enfants des deux sexes, on prépare les garçons à se croire supérieurs et les filles à se croire inférieures. C’est incompatible avec les tendances actuelles de prise en compte de l’aspect genre dans le développement des sociétés.
Si vous avez un millier de femmes et un garçon, même si ce dernier n’est qu’un bébé inconscient, la grammaire apprend à mettre le tout au masculin pluriel. Pourquoi n’accorde-t-on pas les adjectifs, les participes, etc., selon la quantité ? Autrement dit, la quantité (d’individus du sexe masculin ou féminin) la plus élevé devrait l’emporter ; et à quantité égale, on accepterait soit la neutralité soit la tolérance grammaticale. Peut-être, cela coûterait un décompte trop fatigant à réaliser chaque fois que l’on doit accorder un adjectif ou un participe, etc. Mais, faut-il privilégier cette paresse intellectuelle ou continuer à conserver ce paradoxe ? Voilà le challenge que ce papier a l’intention de lancer. Car aussi longtemps que nous continuons à enseigner à nos enfants que le masculin l’emporte sur le féminin, nous assurerons la transmission culturelle de l’inégalité des genres. C’est comme l’hypocrisie de ceux qui écrivent sciemment « égalité homme/femme » et non « égalité homme-femme » ou encore les organisations pour l’égalité homme-femme dont les dirigeants sont presque exclusivement du genre masculin.
* Notes biographiques
1) L’auteur
est Ingénieur-Agronome et Economiste du Développement.
2) L’auteur a un Master Recherche en Sciences des Organisations et des
Institutions.
3) L’auteur a suivi la formation ASEG (Analyse Socio-Economique Selon le Genre)
avec la FAO et le CIHEAM en 2004.
4) Pour mieux comprendre les bases de la dogmaticité, lire les différents écrits
de Pierre Legendre.