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Régutho Petit-Frère
en pleine adolescence entre la
passion de lire
et
l’impatience de l’écriture
«La famille, c’est un ensemble de gens qui se défendent en bloc et qui s’attaquent en particulier.»
Par Marie Flore Domond
C’est en présence de son géniteur que le jeune adolescent de quatorze ans, Régutho Petit-Frère a bien voulu satisfaire à ma curiosité. Roger Petit–Frère, le directeur de l’organisme : Promotion culturelle et éducative opérant depuis peu sous l’appellation Centre de formation Jean-paul Lemay, avait une oreille attentive aux commentaires de son fils aîné. Pas une seule intervention durant l’entretien. Il m’est venu à l’idée que ce signe du respect des droits de ce mineur était un genre d’accommodement raisonnable parental plutôt recommandable. Fort impressionné de l’esprit logique de l’interlocuteur, le témoin a avoué, par la suite, n’avoir jamais auparavant abordé ces sujets avec sa progéniture. Tout compte fait, ce fut une occasion privilégiée pour le père d’éprouver une fierté apparente à l’égard du jouvenceau. Pour vous, cher public, c’est le temps d’ouvrir le micro.
Q. Quel est le livre le plus captivant que tu as lu à ce jour ?
R. Amos d’Aragon.- En quoi cet ouvrage est si captivant ? C’est une série de douze aventures du genre fantastique vraiment très intéressantes.
Q. Peux-tu me parler du héros de ces livres ? Est-il civique ou patriotique ? Urbain ou rural ? Est-ce un héros gagnant ou perdant ? J’entends par perdant un héros qui se sacrifie pour une cause. Prenons l’exemple de Léonardo Dicaprio dans Titanic, à la fin de l’histoire, il est absent, mais plus vivant que jamais.
R. Ce sont des histoires fantastiques qui se situent dans l’ancien temps, certaines dans les cités, d’autres retirées de la ville.- C’est un personnage de nature mixte alors ! – Oui. Le héros est un jeune garçon de 12 ans qui déjoue par magie et autres actions, les plans des personnages impitoyables. C’est un gagnant.
Q. As-tu un auteur préféré ?
R. Mon auteur préféré est également l’auteur de la série Amos d’Aragon. Son nom m’échappe. Je lis beaucoup, mais je ne porte pas très attention aux éditions et autres attributs des livres. – C’est bien d’être conscient de ces détails. Ces détails en question sont très importants pour toi en tant que lecteur. Tu devrais t’efforcer à prendre cette bonne habitude. Car c’est tout à ton honneur de dire que tu as lu tel ouvrage, de telle édition, de telle année s’il le faut et surtout le nom de l’auteur. Il est vrai que la plupart du temps, les lecteurs ignorent le prénom des écrivains.
Q. Et pourquoi ton choix s’arrête-t-il sur l’auteur en particulier ?
R. J’aime sa vision des choses. Il a aussi une grande imagination. Je dois dire que la science-fiction, le fantastique, les aventures des temps anciens, ce sont mes genres préférés. Les histoires du temps actuel ne m’intéressent pas du tout.
Q. D’où te vient le goût de la lecture ?
R. De mon père. Un jour mon père parlait d’un livre qu’il lisait. J’ai pris le livre et j’ai commencé à le lire. C’est depuis ce moment-là que je me suis intéressé à la lecture. J’ai abandonné l’activité pendant un moment. Ensuite, c’était le tour de ma mère de m’encourager à lire. À présent, c’est mon cousin qui est mon partenaire de lecture. Nous échangeons régulièrement nos livres. Il possède toute la collection Amos d’Aragon.
Q. En moyenne, combien de temps consacres-tu à la lecture ?
R. Je dirai entre 10 et 20 par année.
Quand je vois un livre, je vais directement à la dernière page pour voir comment
se termine l’histoire. Je sais que ce n’est pas recommandé de faire ça. Mais
c’est ma façon à moi de tester le livre.
Q. Est-ce qu’il
t’arrive d’acheter un livre ?
R. Quand un livre m’intéresse, oui, je l’achète de mon argent de poche. Et le prix importe peu. Surtout quand c’est mon père ou ma mère qui me procure l’argent.
Q. Moi personnellement, j’aime m’approprier des ouvrages que j’aime. Cela me sécurise de savoir que j’ai un exemplaire. Est-ce ton cas ?
R. Pas nécessairement. Je peux aussi bien l’acheter ou l’emprunter à la bibliothèque.
Q. Les jeunes qui lisent beaucoup ont souvent un journal intime, en as-tu un ?
R. Non, je n’aime pas du tout écrire. Je garde tout dans ma tête.
Q. Ainsi, tu ne fais aucune association entre l’écriture et la lecture ?
R. Je n’ai aucune attirance vers l’écriture. Je pense qu’il y a plusieurs niveaux de patience. J’ai seulement la patience de lire. Mais je n’ai pas la patience de l’écriture. Ce n’est pas facile d’écrire. Il faut réfléchir…
Q. Ne penses-tu pas que si tu aimais l’écriture, tu en aurais autant de patience que pour la lecture ? En fait, c’est l’absence de passion qui se manifeste en impatience. Cependant, je respecte ton point de vue.
R. Peut-être !
Q. T’arrive-t-il de lire un ouvrage, de trouver l’histoire invraisemblable et d’avoir ta propre idée sur le dénouement que tu aurais donnée à l’intrigue principale?
R. Tout dépend du style de l’auteur ! Il se pourrait que je n’aime pas le style de l’auteur et que je pense à corriger l’histoire à partir de mon imagination. - Peut-on réellement corriger l’histoire de quelqu’un d’autre ? - Je dis bien corriger l’histoire. Mais je ne vais pas juger l’auteur en disant que son histoire n’est pas fameuse.
Q. Qu’aspires-tu à devenir professionnellement parlant ?
R. J’aimerais être professeur de mathématique à l’Université. J’adore les maths. Mon second choix est d’être technicien en informatique. Ma troisième option est d’être avocat, pour pouvoir défendre des gens. J’aimerais surtout me dresser contre les criminels qui sont souvent impunis ou qui ont des peines pas assez sévères. – Irais-tu jusqu’à être en faveur de la peine de mort ? – Cela dépend de la gravité du délit. Pour les gens qui tuent violemment, oui.
Q. Ta spécialité serait la criminologie alors !
R. Je pense aux conséquences d’être criminologue. On a directement affaire avec des bandits qu’on fait mettre en prison. A leur sortie, ils peuvent s’attaquer à nous ou bien à notre proche famille.
Q. D’après toi, les filles sont-elles plus intéressées à la lecture que les garçons ?
R. Généralement, les garçons croient en leur force physique. Alors que les filles utilisent plus leur intelligence, du moins c’est ce que les statistiques démontrent.
Q. Qu’est-ce qui te plaît le plus en lisant ?
R. Le mystère de l’histoire. Et surtout d’avoir le sentiment d’être en intimité avec les personnages et moi-même.
Q. Dans quelle ambiance préfères-tu lire ?
R. J’écoute de la musique en lisant. En fait, il m’arrive de lire dans n’importe quelle ambiance.
Q. Quand un livre te plaît, le relis-tu avec autant d’enthousiasme que la première fois ?
R. J’ai lu le premier tome Amos d’Aragon trois fois avec autant de plaisir que la première fois.
Q. Recommandes-tu tes ouvrages favoris à tes amis lecteurs ?
R. Il m’arrive parfois de suggérer des livres à mes amis. Pas toujours.
Q. Nous sommes au point crucial de l’entretien. Comment tes proches amis conçoivent-ils le temps que tu accordes à la lecture et que tu ne partages avec eux, que ce soit pour clavarder sur Internet ou pour converser au téléphone ?
R J’ai un compte MSN que j’utilise rarement. Je ne suis pas un accrocheur de l’internet. Et quand mes amis l’utilisent, cela ne me dérange pas non plus. Chacun de mes amis s’occupe de son temps comme il veut. Il en va de même pour moi. – Donc, tu agis librement et de façon indépendante ? – C’est ça.
Q, Obéis-tu au langage qu’utilisent les jeunes internautes pour communiquer ?
R. Comme j’utilise très peu l’internet, quand je le fais, j’écris pareil comme les autres. C’est une question de dire beaucoup de choses en peu de temps.- Es-tu d’accord avec l’idée que tu fermes les yeux sur la qualité de la communication ? - On n’y peut rien. C’est ainsi que les jeunes d’aujourd’hui fonctionnent !
Q. Es-tu importuné ou dérangé par le vocabulaire conventionnel des usagés de l’Internet, étant donné que tu as le nez souvent plongé dans les livres ?
R. Je vous le dis. Quand j’écris normalement, c’est une chose. Clavarder est une tout autre chose.
- Je te remercie Régutho. Comment as-tu trouvé l’expérience ?
- C’était cool !
Je tiens à remercier, monsieur Frantz Benjamin, commissaire scolaire, président du Conseil interculturel de Montréal (CIM), membre fondateur de l’organisme Société Paroles et poète de m’avoir conduit indirectement à ce jeune adolescent plein de bon sens, Régutho Petit-Frère.