LE MONDE ÉVANGÉLIQUE

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DESSALINES À LA SALINE (1ère partie)
Gérard André

Tous les peuples de la terre savent gré à leurs libérateurs, leurs libertés et leurs patries ; mais embrumés par l’état de dépendance totale, de servilité, d’oisiveté et d’extrême bassesse, les Haïtiens dont la devise se réclame de la liberté, de l’égalité et de la fraternité marchent à rebours tout en adulant leur conquérant. Je suis naguère tombé des nues lorsqu’un journaliste haïtien au cours de la diffusion d’un journal saluait les occupants de la nation fondée par Dessalines. Ce fervent sadducéisme révèle l’ignoble comportement des Sadducéens, qui suscita la rupture avec les Ésséniens ( les Juifs ascétiques ) en signe de satisfaction vis-à-vis des occupants Romains. Dans les annales de l’oppression, les opprimés ne se repaissent que de l’affranchissement de leur honneur : le rêve d’être libre à jamais. Car il est inadmissible à un peuple de s’emparer de la liberté d’un autre. Aucun être conscient ne mangera pas de ce pain.

Fatigués de l’occupation romaine, les Juifs se révoltent et s’engagent dans une bataille vers 66-67, la bataille durera près de quatre ans. Les combattants de la liberté n’avaient pas la moindre chance de l’emporter. Il meurent par milliers. Jérusalem et les principales ville de Galilée sont anéanties. À Massada, le dernier bastion de la résistance juive, animé par les Zélotes, tombe en 73 après J-C. Pour le peuple juif, c’est une catastrophe. Désormais, il est réduit à la diaspora ; celle-ci, avec un courage obstiné, va commencer à répéter : « La Shana Aba ba Iroushalaïm » ( L’an prochain à Jérusalem ). Ceci, aujourd’hui Israël est un État fort, voire une puissance.

Dans le cadre d’Haïti c’est tout l’opposé : les Haïtiens se réjouissent de l‘occupation étrangère au lieu d’embrasser les exploits de Verrière.

La soi-disant découverte d’Haïti

Les historiens occidentaux laissent entendre qu’Haïti était découverte par Christophe Colomb. Pourtant, le navigateur était en revanche désorienté à travers le vaste univers de l‘Atlantique. L’an 1492 est considéré comme une époque charnière où l’arrivée colombienne annonçait plutôt une ère de ténèbres dont les séquelles nous traquent encore. La soi-disant découverte érige, au contraire, un mât de cocagne auquel les hommes rouges de la caraïbe seront sommés de grimper ne serait-ce que pour rendre l’âme à mi-mât. S’il existait une découverte, il s’agissait de celle guidée par la désorientation de Colomb sur l’univers du mal blanc auquel succombe le macrocosme du bien noir.

L’arrivée et la cupidité espagnole

Aussitôt après la prétendue découverte, Christophe Colomb a établi une petite colonie non loin du Cap-Haïtien et regagné sa terre d’origine. Mais à son retour, les colons ont disparu. Colomb ensuite réclame l’Île entière pour l’Espagne et confie sa direction à son frère Barthélemy Colomb. Après l’arrivée des Espagnols sur l’Île, la population indigène souffre d’une quasi-extinction due aux meurtres, travaux forcés ( dans l’exploitation de sa propre richesse: lucratives mines d’or et d’argent ) et maladies introduites par les envahisseurs. Au cours des années 1520, l’intérêt de l’Espagne en Haïti s’altère lorsque de nouvelles mines d’or et d’argent étaient découvertes au Mexique et en Amérique du sud. Par conséquent, la décroissance de la population espagnole dans l’ouest de l’Île se manifesta vivement. Par crainte d’attaques par les pirates, le roi d’Espagne en 1606 ordonne les colons de déménager vers l’est, près de la ville de Saint-Domingue, une erreur de calcul qui engendra des retours de flammes.

L’arrivée des Français

Postérieurement, au déplacement des Espagnols de la côte nord-ouest de l’Île, les pirates anglais, hollandais et français y ont établi leurs bases. En 1625, Les boucaniers français ont établi une colonie sur l’Île de la Tortue, ils ont survécu en piratant les bateaux espagnoles et par la chasse au bétail sauvage. La première colonie française fut officiellement établie sur l’Île de la Tortue en 1659 par une commission mandatée par Louis XIV, le roi de France d’alors. En 1664, West Indiana Company une société française fraîche et moulue prend le contrôle de la colonie, et la France formellement réclame la direction de la partie occidentale de l’Île. Tandis qu’ils vont établir la première colonie en permanence en 1670 sur le continent ( l’Île principale ), Cap-François ( plus tard Cap-Français et maintenant Cap-Haïtien ). Vers 1697, Le traité de Ryswick est signé en Ryswick, Hollande ( aujourd’hui Pays-Bas ) entre l’Espagne et la France lequel a cédé la partie occidentale ( le tiers de l’Île ) à la France. Il en résulte que les planteurs français surpassent les boucaniers en nombre. Avec l’encouragement de Louis XIV, ils commencent à cultiver le tabac, l’indigo, le coton et le cacao. La fertilité de la terre et la prospérité des colons exigent une main-d’œuvre supplémentaire pour mieux gérer la croissance agricole, surtout l‘épanouissement des productions du sucre et du café.

Dépassé par l’abondance des récoltes et emporté par la cupidité et le mépris des droits humains, les Français s’orientent vers l’Afrique dans le but d’importer des esclaves africains. Au cours de 1767-1780, un nombre approximatif de 790,000 esclaves Africains étaient amenés en Haïti dans des conditions infrahumaines pour répondre à la flamme du désir immodéré des blancs affamés de richesses appartenant aux autres. L’Île rouge est transformée en un paysage noir où débarquent tous azimuts les colons blancs avides de la richesse antillaise sous un drapeau noir, la souffrance de l’esclavage.

Depuis, l’île est devenue une pomme de discorde, un enfer dont l’inextinguible flamme semble plus menaçante que jamais en fonction des descendants d’Afrique. Les blancs assujettissent les noirs. Les hommes et les femmes d’Afrique sont maintenus dans la plus stricte obéissance. Nos congénères sont affectés comme des galériens à des travaux forcés contre leur gré, nos femmes à des abus sexuels. La traite des noires : une traite qui prouvent que les blancs ne sont que des traîtres qui maltraitent à leur guise. Un paysage d’humiliation, de larmes, d’angoisse, de désespoir dans un monde éclipsé par la monstruosité et la barbarie des prétendus êtres humains. Heureusement, quelque intraitable puisse être la force du mal, le bien toutefois triomphera. La défense des forces des ténèbres est certes bien fortifiée, mais Dieu merci ! Elle n’est pas invincible.

La naissance de Dessalines

En 1758, du néant à l’existence Jean-Jacques Dessalines a fait son apparition dans un paysage d’inégalité la plus cruelle : l’esclavage, une existence incertaine. Peut-être c’est l’incertitude de cette existence qui le rendra si fougueux, si courageux et qui le transformera en un personnage légendaire. Même son lieu de naissance reste un sujet de controverse. Certaines sources prétendent qu’il était né en Afrique occidentale, notamment en Guinée et transporté à la colonie par les esclavagistes. Cependant, les historiens Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin certifient qu’il vit le jour dans le nord d’Haïti sur une plantation appelée Cormiers ( aujourd’hui Cormier ) sur la colline près de la Grande-Rivière-du-Nord 25 kilomètres du Cap Haïtien. La plantation sus-mentionée appartenait à un colon français, Henri Duclos. Son premier prénom ( Dessalines ) était Jacques, il l’a peut-être reçu de sa mère biologique, mais on n’en sait pas trop. Puisque selon le principe esclavagiste les esclaves portaient le nom de leurs maîtres. Eh bien, ayant appartenu au colon Henri Duclos, Jacques est devenu Jacques Duclos. À l’âge de 30 ans, Jacques Duclos est vendu à un noir libre appelé Dessalines. Ce noir libre prend ce nom ( Dessalines ) de son anciens maître, un ingénieur français appelé Des Salines quand il était lui-même ( le noir libre ) esclave. Bref, Jacques Duclos est devenu Jean-Jacques Dessalines. Par surcroît, son maître ( Dessalines, le noir libre ) était un généreux charpentier, il a appris le métier à Jean-Jacques Dessalines.

La période révolutionnaire

L’éruption de la révolution française en été 1789 a produit un puissant impact sur le sort de la colonie. Comme les colons français discutaient comment appliquer les nouvelles lois révolutionnaires dans la colonie, soudain, éclate la guerre civile en 1790 lorsque les affranchis ( les mulâtres libres ) laissent entendre qu’ils sont dûment des citoyens français selon les provisions de la Déclaration des Droits de l’Homme. dix ( 10 ) jours avant la chute de la Bastille, en juillet 1789, l’Assemblée Nationale française a permis six sièges aux délégués de la terre colonisée. À Paris, un groupe de mulâtres riches conduits par Julien Raymond et Vincent Ogé ont sans succès présenté une pétition aux propriétaires-délégués blancs en vue de leur accorder leur soutien en raison de la plénitude des droits civiques et politiques.

Les efforts, toutefois, d’un groupe appelé la Société des Amis des Noirs dont Julien Raymond et Vincent Ogé furent membres, avaient forcé l’Assemblée Nationale en 1790 de garantir pleinement les droits civiques aux gens de couleurs. Pour sauvegarder les droits accordés et garantis par l’Assemblée nationale, Vincent Ogé se rend au Cap-Français ( Cap-Haïtien ) en 1790 et présente en vain une pétition au gouverneur royal, Le Comte de Peynier. Après le refus du gouverneur, Vincent Ogé a infructueusement tenté d’inciter les gens de couleur à la révolte. Vincent Ogé et Chavannes lancent une attaque contre le Cap-Français, la tentative a échoué lorsque les mulâtres refusent de libérer et d’armer leurs esclaves ou de défier le statut de l’esclavage. Malheureusement, Ogé et Chavannes ont été vaincus par une milice blanche de concert avec un groupe de volontaires noirs dont Henri Christophe. Ensuite, ils s’enfuient de l’autre côté de la frontière ( d’alors ) de la région espagnole, notamment à Hinche. L’ironie du sort : ils sont capturés et extradés aux autorités françaises au Cap-Français où, en février 1791, ils sont. exécutés.

À suivre !

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