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La logique des mondes et l’innovation  dans le processus des droits naturels chez le poète Saint-John Kauss

Par Marie Flore Domond

Le droit naturel dont nous faisons allusion dans le présent texte ne ressemble en rien à l’idéologie de rupture avec le modernisme. Car, Saint-John Kauss, le poète se sert d’une philosophie plutôt occulte comme matière de fond pour les besoins de la cause poétique; tandis que Léo Strauss défend  des valeurs et des faits dans le monde social.

Le philosophe Léo Strauss et l’écrivain Saint-John Kauss sont donc deux idéologues très différents et pourtant si proches dans la mesure où Strauss fait figure de diffuseur d’idées  alors  que Kauss agit en condensateur de mots. Leur point commun est la gestion du capital humain, du capital social, voire du capital émotionnel.

Le but de ce travail étant une étude sur les différentes sphères d’activités de l’écrivain Saint-John Kauss  et leur incidence sur sa poésie, nous sommes forcés d’interrompre cette analyse comparative servant d’introduction. Cependant, ce rapprochement entre les deux  entités était nécessaire afin d’encadrer le double sens du droit naturel et surtout la légitimité de l’usage botanique que fait le biologiste de formation à travers sa réflexion poétique.

Ainsi,  voulions-nous justifier le droit naturel exercé par l’auteur afin d’innover dans le domaine poétique, à savoir sa performance autant sur le plan thématique, sémantique que du symbolisme littéraire.

La botanique du poème chez Saint-John Kauss

Nous avons constaté que l’écriture du poète est bien vivace. Examinons à présent la composition multiple de la sève dont le flux littéraire est organisé.

Ceux qui y prêtent attention apercevront que certains de ses poèmes sont érigés comme en plein cœur d’une flore amazonienne, vaste, mais bien apprivoisée dans laquelle le poète semble temporairement élire domicile  tel un aumônier  d’une gigantesque savane à qui on fait appel pour rendre un ultime hommage au pèlerin sans frontière réfugié dans le règne végétal pour y rendre son dernier souffle. C’est en profondeur et à profusion que le poète invoque l’identité des arbres et des plantes les plus discrets pour le plaisir du rite et l’accompagnement de l’âme au repos éternel. En ce lieu, le poète endosse le rôle du dernier survivant qui fait plaisir à l’humain en lui jetant un sourire aux lèvres avant la fin du battement définitif des paupières. Cependant, le poète ne se veut   pas un guérisseur, mais le consolateur agréé grâce à son « don de mots ».

(…)« je dis le cantique des cantiques du soulagement et des amitiés formelles
jusqu’à la montée des voiles et des rendez-vous à solliciter

que n’ai-je point raconté jusqu’à la dernière chanson
jusqu’au premier poème lu à la cité des cœurs
le poids des saisons et la folie des hommes
de ce pays et de cette île aux grands nuages
qui n’arrête pas de boire à gorgées lentes les embruns salés
du quotidien »

                         (Lieu de ma naissance,  in Nomades, inédit)

La densité de l’enchantement du poème à travers le règne végétal n’est certainement pas négligeable. D’ailleurs, cette visite récurrente est signalée dans ses plus longs poèmes : Archipel des Antilles, Poème du pacifique, Ma terre sienne de ciel brûlée, Poème du grand Nord et Lieu de ma naissance; la dernière citation et non la moindre. Point n’est besoin de se forcer pour trouver des motifs concernant ce choix. Le décompte des mots qui ont un rapport avec la botanique se chiffre, sur le plan quantitatif, à environ trente-six. La valeur qualitative, quant à elle, se mesure tantôt par l’aspect curatif; d’autres fois, par la tournure aromatique; et quelquefois, dans la perspective ornementale.

Le poème, Lieu de ma naissance, s’annonce ainsi :

« une larme entre deux fleurs sauvages déshabillant les orages / la moisson des terres cultivées
la passion des mains appliquées au champ de cannes

« si vaste que fut ton cri au profil aquilin        le pli de la terre au filin des oiseaux
funambule que fut le poète / le prophète / le poids des voiliers éparpillés entre les rives »
(…)

« bois d’orme /  bois de cèdre et de saule sans nulle syllabe involontaire à leur écorce qui épouse comme une sangle dénaturée l’été / le printemps / l’automne et l’hiver des fosses communes

bois de chêne / bois de frêne et le merisier et le bouleau et l’acajou qui parlent de la femme communautaire        qui font rêver l’homme de sève et de liberté »
(…)

« est-ce ce mot dans l’embrasement de ma folie / serments de mes désirs à fasciner la rose et ses corolles d’aubépines              à en- cercler la vie dans sa marche d’écolière »
(…)

« j’écris pour être lu de ma sœur l’unique aimée
qui vit là-bas en pleine ceinture des dieux pèlerins
j’écris pour dire les vérités de la campanule »

                              (Lieu de ma naissance,  in Nomades, inédit)

Une autre manifestation éloquente de la faune et de la flore  utilisée par le poète :

« peut-être que je saurai un jour le nom de la femme que célébraient dans l’estime la hune et les guis / les vierges dans les haubans d’espoir que signalent mes filles lentes en immersion d’allégresse


peut- être que je saurai
pourquoi la rose est de couleur
d’icaque

pourquoi me souvenir de tant de règnes de l’enfance          ô souvenances
de terres brutes et mains nues
pourquoi me souvenir de tout ce qui foule aux pieds les fleurs et papillons
peut-être que je saurai pourquoi la rose mime la civette
pourquoi le cannelier attend toujours l’aube décente
et la rosée généreuse le goût amer des alizés
pourquoi l’ocelot a peur de la rivière / du sureau
et  des statues d’ébène

peut-être que je saurai le secret de la genette
la magnificence de l’agressif saule
la fierté du bouleau sous le règne des venelles
peut-être que je saurai  tout des dimanches des matelots des mendiants et des péripéties du pollen
j’aime encore cette femme qui me doit tant de rêves           tant de gestes silencieux la nuit         à oublier l’appel que fit grâce l’amande entre
mes mains rudes de joie et d’action

j’aime encore la femme qui m’a rendu le visage pâle et le poème
à hauteur de l’étreinte        la femme qui mendie mes vers que jalousent des amis silencieux
j’aime encore cette femme au teint d’acajou          fabuleuse à dévorer
entre deux poèmes
qu’elle était belle
qu’elle était fière

que ma femme eut été belle et fière à supporter quand j’écrivais des poèmes que mes amis silencieux comprennent et jalousent        ô voiles
tardifs des dieux en fleurs

que la terre la salue
elle      princesse des fûts et de siguine
et je me dis encore qu’elle était belle
d’ardoise
qu’elle (me) fit oublier ma folie des campêches
des fleurs et des fables d’abondance »

               (Archipel des Antilles, in Hautes Feuilles, inédit)

À suivre!

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