LE MONDE ÉVANGÉLIQUE

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LA SOURIS DE LA MONTAGNE
Réplique à Jean Érich René ( article : Un pays pris en otage)
Gérard André

Lundi dernier je me suis rendu à la plage, un sablonneux eldorado non loin de ma résidence. Comme je contemplais la majesté de l’horizon, soudain s’y dessine une inimaginable créature, une gigantesque déesse d’une beauté incomparable et d’une grâce souveraine se pavanant avec orgueil comme un paon qui fait la roue dans un ciel à la fois azuré et moutonné d’éclatants stratus. Perdu dans l’admiration de l’être céleste, je suis tout à coup transporté par le fluide de son mystérieux magnétisme. Au fur et à mesure que je m’approche d’elle, elle commence à s’évanouir ne serait-ce que pour redevenir une petite souris. Quelle mystification!

Les intellectuels haïtiens, à l’instar de la déesse, sont superlativement magistraux. Toutefois, leur magistère demeure aussi microscopique qu’une insecte hyménoptère qui perd le nord et égarée de sa colonie. Ils s’accrochent en tout temps à des styles hurluberlus pour à tout prix entraîner les naïfs dans la croyance au père Noël en mêlant le fictif au réel. Oh ciel ! Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Pour charpenter un discours ou une œuvre littéraire, le discoureur ou l’écrivain s’arme toujours des sujets paradigmatiques en vue de l’épanouissement esthétique de l’écriture. En revanche, les prétendus intellectuels dépourvus de paradigme profitent de l’avènement de Jean-Bertrand Aristide sur l‘échiquier politique, un Haïtien de souche, et fait de lui leur cheval de bataille. Et bien sûr moyennant sa présence sur la scène, les intellectuels, les journalistes poussent comme des champignons, et même les ratés sont devenus vedettes. Comme les mouches vont toujours aux chevaux maigres, ils tombent aveuglément sur Aristide! en lui rendant responsable de tous les maux d’Haïti dont nous héritons de tous les dinosaures et de nos contemporains peu scrupuleux. Cette malsaine pratique vise à désacraliser la nature sacro-sainte de l’écriture.

« Un pays pris en otage ».

Mr. René le titre de votre texte est excellent, mais le développement par lequel vous avez exposé l’ensemble de facteurs de la funeste conjoncture est hypothétique et n’est pas parvenu non plus à établir les vrais paramètres de l’accul de notre patrie. Il est évident que vous et moi sommes à l’avenant là-dessus: Haïti est prise en otage, mais les teneurs de votre exposé accusent votre complaisance relativement à la réalité de l’origine de la tribulation de notre pays. Vous avez irrationnellement fait abstraction de l’existence des vrais ravisseurs. Vous aviez sans doute pris vos sandales et fui devant le scandale: loin des yeux loin du cœur!

Où étiez-vous lors de la vengeance de la Convergence Démocratique qui exterminait les partisans d’Aristide à babord et à tribord? Où étiez-vous lors du tintamarre des magnats de la bourgeoisie-sangsue, le feuilleton le plus médiatisé d’alors qui nous impose aujourd’hui ce fameux contrat social? Où étiez-vous lors de l’infamante invasion de la République Dominicaine dirigée par Guy Philipe et de Louis Jodel Chamblin, des criminels contre l’humanité? Où étiez-vous lors de la chute de la nation dans le triangle des Bermudes: Les États Unis, Le Canada, La France? Où étiez-vous lors de l’enlèvement du président haïtien par les marines américains? Où étiez-vous lors du vol des trésors maritimes du pays par les technocrates-sages? Où étiez-vous lors du déversement des urnes remplies de bulletins de vote dans le dépotoir sis au nord de la capitale haïtienne? Et où êtes-vous aujourd’hui quand la vague d’enlèvement, de tuerie bat son plein? Où êtes-vous actuellement, alors qu’Haïti est occupée par les nations du monde? Loin des yeux loin du cœur! Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Qu’entendez-vous par « La politique haïtienne a atteint le point zéro avec René Garcia Préval »? Voudriez-vous affirmer qu’avec les successeurs de Préval la politique haïtienne avait atteint son paroxysme? D’ailleurs, l’orientation de votre introduction ne traduit jamais la pensée de votre titre,une négligence qui accuse votre empressement à un jugement partial étant l’équation d’une condamnation injuste. Cela me fait songer une petite scène qui se passait au cours de l’administration de François Duvalier. Il s’agissait de l’anniversaire de son arrivée au pouvoir. Comme à l’accoutumée, antérieurement au discours du président, l’un des ministres, celui qui lui est plus proche, prononce toujours un discours pour mettre le président dans le ton et amorcer l’humeur du peuple. Dans son prélude: le ministre déclare à la foule grouillante « notre président est un nationaliste progressiste, comme vous pouvez constater avec les régimes d’autrefois, Haïti était au bord de l’abîme! Mais aujourd’hui avec Son Excellence Dr. François Duvalier au pouvoir, Haïti a fait un nouveau pas en avant». Ayant réagi à son tour, le peuple répond à l’unisson « oh! Haïti est tombée dans l’abîme! ».  Eh bien, Mr. René,  si avec Préval la politique haïtienne a atteint le point zéro, c’est qu’avec ses successeurs elle s’ y acheminait déjà. Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Comment un pays est-il pris en otage?  La détention d’Ernest Bennet a causé la mort du père de Préval!  Supposé que cela soit, il ne s’agit pas d’une cause de prise en otage d’un pays. La victimisation de la sœur de Préval et la mort de son chauffeur ne doivent pas être la cause de prise en otage d’un pays « Haïti est un pays pris en otage par 400 bandits et un lâche. » Qui sont-ils?  Peut-être, il me faut une maîtrise en art herméneutique pour mieux percer ce mystère de la prise en otage d’Haïti. La montagne a accouché d’une souris. Voilà, suivant mon calcul comment Haïti est prise en otage par plus de 401 ravisseurs.

Mr. René puisque vous n’avez rien proposé pour l’affranchissement de notre terre, je vous propose de nous classer parmi les bandits-ravisseurs afin qu’ensemble nous fassions face au jugement de la grande révolution. Parce que vous et moi sommes tous coupables de l’humiliation de notre pays. Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

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