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LE MONDE ÉVANGÉLIQUE |
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Articles divers
Les cent lieux de
la création
dans la poésie de Saint-John Kauss
par
Marie Flore Domond
1ère partie
Né à Hinche (Haïti). Saint-John KAUSS (John Nelson) vit au Québec (Canada). Il fit des études en Biologie expérimentale et en Recherches médicales (biochimie, nutrition clinique et neuropharmacologie) à l’Université de Montréal.
Très actif : récitals de poésie, prix littéraires, association d’écrivains, création de revue (Prestige) et de journal (Présence), collaboration à différents périodiques d’avant-garde, littéraires et artistiques d’Haïti, de France, des Etats-Unis et du Québec, parus entre 1980 et 2006.
S’est lié d’amitiés avec les écrivains Alix Damour, Christophe Charles, Dany Laferrière, Roland Morisseau, Jean-Richard Laforest, Gérard Vergniaud Étienne, Réginald Crosley et Laurent Fels. Il est co-fondateur du mouvement littéraire nommé SURPLURÉALISME, lequel permet « de visualiser le monde dans tous ses univers ».
Lieu et marques de naissance
Avait-il réellement besoin de poser le sceau de son lieu de naissance dans ses différents manuscrits publiés presqu’exclusivement chez Humanitas ? Sa personnalité de citoyen du Nord ne reflète- t-elle pas l’idéal Christophien propre à cette région, berceau d’une histoire bien que lointaine, pourtant marquante et indélébile qui ne cesse d’émerveiller jusqu’à aujourd’hui tout un chacun.
Le poète Saint-John Kauss ne laisse de toute évidence aucune emprunte dans ses lieux de visite malgré les hautes vertiges verbales dont il a fait preuve dans ses poèmes. Cependant, on retrace son origine dans le poème Archipel des Antilles où il exprime vaillamment sa conviction d’héritier d’hommes affligés :
«
que reste-t-il de ces hommes nus dans l’espace où je suis né de ces
dompteurs d’oiseaux érodés / engourdis dans le silence de la mort
que reste-t-il de ces enfants des presqu’îles / des archipels des corsaires et
pirates / frères de sang entre les doigts timbrés du soleil
»
Le poète Saint-John Kauss est un nomade dans l’âme. Ainsi, le lecteur peut le surprendre autour de ses lieux de transcription; par moments, dans des lieux qui lui sont sacrés; parfois, dans quelques lieux qu’il se contente de banaliser quand il ne révèle pas subitement ses raccourcis et lieux d’association. Il visite rarement les lieux publics. Or, il imagine des lieux qui lui sont proprement réservés. On peut toutefois découvrir, d’un simple hasard, ses lieux provisoires.
La dimension des espaces qu’il occupe dans ses poèmes est toujours dans l’ordre de l’immensité. Il lui arrive de prendre d’assaut de vastes terrains vierges qu’il habite mystérieusement et avec engouement jusqu’à forger ses propres domaines, l’un matérialiste et l’autre utilitaire. Il les a d’ailleurs nommés : Territoires, Territoire de l’enfance et Territoire d’allégeance.
(…)
« le brouillard
alarmé
entend venir
l’orage
l’empire fou de
mon peuple
vivant de sautes
d’humeur
sa voix sans
l’océan
à grands yeux
petites confidences
cryogénie de
gratte-ciel en grippe-sou
d’un geste et pour
un mot de plus
ai-je déposé au
pied du siècle
une lanterne
un long poème
pour ma
belle-sœur ombrelle muette
car
la maîtresse de
cette vallée est une sorcière à l’emporte-pièce
est-ce vivre que
parcourir cette embouchure
comme une plaie
nue
de mon pays »
(Poème au vestiaire, in Territoires, pp. 86-87)
Ces strophes que voilà ne sont pas des actes gratuits. Le poète dépeint la première dame de la République d’Haïti sous le règne dictatorial des Duvalier, la femme du président Jean-Claude Duvalier, Michèle Bennett.
Qu’en est-il de cette femme de toutes les caprices et de tous les énigmes qui a conduit le chef d’État à sa déchéance? N’est-ce pas que le lecteur non avisé ne saurait percevoir ce message hautement politique dans les coulisses de ces paragraphes sertis d’un langage raffiné.
(…)
« jusqu’aux araignées jusqu’à la
fenaison ma fille qui
triche déjà à reculons Fleur d’avril en
équilibre d’emprunt
mais
jusqu’aux années
de défaite et jusqu’à nous
il y a déjà ma
solitude retrouvée
ma légende
persistante mes poèmes épuisés
il y a aussi cette
fleur que tu observes
cette blessure
ardente au feu de la cité
cette épitaphe
infinie de la terre
cette page étroite
chue de la table
il y aura
davantage ce verdict qu’abrège ton eau
cette démesure au
grand passage de ta voix
et puis l’exil
l’exil élu dans
l’équinoxe de la phrase »
(Carte postale pour un poème d’été, in Territoire de l’enfance, pp. 40-41)
Comme le titre l’indique, le contexte de l’ouvrage précité est mi-spatial, mi- émotif. Le poète dévoile une vérité sonore qui étonne. Le poète entendait se faire porte parole de sa fille aînée, dès sa naissance jusqu’à son premier gazouillement d’enfant qui fut d’ailleurs le mot «papi». Encore une preuve de démesure dans son rôle de protecteur de famille.
Il lui arrive de gagner du terrain, le temps de quelques voyages de plaisance, pour le festoiement d’une amitié en signe de reconnaissance. Le poème Territoire d’allégeance (in LE MANUSCRIT DU DÉGEL, Humanitas, Montréal, 2006) témoigne de son écarlate admiration pour une Suissesse devenue farouche gardienne de la créolité et de la culture des îles. Nous nommons Francesca Palli qui a élu domicile aux pieds des Alpes Suisse, une magnifique région formée de nappes de lacs et de majestueuses montagnes. La biologiste enseigne dans les matières suivantes : la chimie et la biologie. Les deux Scientifiques parviennent à apprivoiser la contrainte du temps et de la distance en leur faveur à travers une correspondance sporadique, mais combien organisée et méthodique. Du point de vue de personnalité, ils se complètent à merveille du fait que Francesca Palli soit une femme de talent silencieuse. Son art singulier n’est nullement perceptible. C’est une pure habileté qui se manifeste de façon alerte et perspicace, autant avouer qu’elle possède le don de déchiffrer le « non dit»; tandis que Saint-John Kauss se distingue en tant que Chef d’école littéraire, un penseur peu bruyant mais étincelant.
À suivre
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