LE MONDE ÉVANGÉLIQUE

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LA DÉVOTION SACERDOTALE
Gérard André

Quand les nuées d’orage assombrissent ma vie, dans l’âme j’ai la mort. Quand dans les séjours des ombres m’ensevelissent les ennemis, à travers mon abîme irradie la lumière du bonheur. Oui ! C’est ici la journée que le Seigneur a faite, qu’elle soit au paradis céleste notre joie et notre félicité parfaite.

Quoique je transcende l’âge canonique, mon objectif ne se rapporte jamais aux caractéristiques d’une pastorale, parce que je ne suis pas du bois dont on fait les bergers. Cependant, il ne s’agit que d’une goutte d’eau que je tiens à jeter dans l’océan déjà houleux.

Depuis que sapiens est sapiens le genre humain, par la cohésion synergique unissant son âme à l’infini, se lance par la foi dans une quête profonde d’un lien symbiotique avec son Créateur. Cette aventure d’espoir illustre un périple tentaculaire à une destination consubstantielle, le salut éternel de l‘âme. Heureux ceux qui s’humilient devant la quête de cette béatitude, car le trône de la gloire éternelle est inaccessible aux orgueilleux. «Quand je parlerais les langues des hommes et de anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science : quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas, elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. » (I Corinthiens 13:1-7) .

Il y a à peu près un mois, les frères Lacombe (Raymond et Lother), selon toutes les apparences, se préoccupent d’un incident malheureux qui s’est produit dans un temple Haïtien au Canada où le pasteur a expulsé ses fidèles du sanctuaire manu militari. L’action est certainement surprenante, puisqu’elle va en l’encontre de l’enseignement chrétien. Mais ce représentant du bon Berger ( qui donne sa vie pour ses brebis ) est-il le seul à le faire ? Non ! Y en a-t-il d’autres ? Bien sûr que oui. Ont-ils raison ? Ah ! C’est là que le bât blesse. Imitent-ils la méthode de leur maître ? Peut-être que oui, mais de façon contraire. Le fait que le christianisme constitue une mer houleuse sur laquelle tangue la foi humaine déjà perturbée par la tornade de croyance et de philosophie polyfactorielles y compris le fruit des offrandes et de la dîme, la formule à résoudre une telle équation quasi impossible n’est pas pour demain.

Néanmoins, la préoccupation lacombienne est juste, parce que l’Église est superlativement profanée en violant son caractère sacré par la cupidité, voire une corruption rampante. En réalité, je n’ai pas pour principe d’accabler personne de critique et d’affliction, parce que moi aussi, je fais partie de ceux dont la vie se conjugue à l’imparfait, et que « les grandes âmes sont capables de plus grands vices aussi bien des plus grandes vertus. » Au bout du compte, en raison de notre nature hautaine, il est nécessaire que le temple soit nettoyé. Car «ceux qui se mêlent de donner des préceptes se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent, s’ils manquent en la moindre chose, ils en sont blâmables». Donc quand il s’agit de débarrasser le champ des ivraies, il ne faut jamais hésiter à le faire. « La pâque des juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis. Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple ainsi que les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables ; et il dit aux vendeurs de pigeons : Otez cela d’ici, ne faite pas de la maison de mon père une maison de trafic. Jean 2 :13 -17. » Il semble qu’ici le berger haïtiano-canadien s’est trompé de dogme, puisqu’il a mis à la porte quelque quatre-vingt ( 80 ) brebis, alors que Jésus son maître a laissé entendre aux vaniteux qu’il laisserait 99 de son troupeau dans le désert pour aller après une qui était perdue Luc 15:1-7.

Le Monde Évangélique a réalisé un sondage dont la troisième question est super : « Devrait-il y avoir une autorité hiérarchique pour encadrer le travail des pasteurs ? » Pourquoi pas ? Mais le danger va encore persister, parce que le christianisme est érigé sur trois piliers importants : la philosophie, la finance et la foi ; à présent , il s’agit de ces trois paramètres qui vont désharmoniser l’Église, puisque certains pratiquants vont partir à la conquête du salut par la voie de la culture et d’autres par les moyens cupides et fidèles. 30 ans après la résurrection du Christ, les apôtres - c’est-à-dire ceux qui ont vu le Christ ressuscité - sont réunis dans une maison à Jérusalem où ils engendrent le christianisme qui deviendra bientôt le guide de ceux qui veulent embrasser la Croix de Jésus. C’est cette idéologie chrétienne transportée par l’apôtre Pierre à Rome ( où il fut assassiné en l’an 64 par Néron ) qui va plus tard établir la hiérarchie chrétienne que l’on appelle l’Église.

L’Église a connu une pléthore de perturbations qui, par définition, peuvent se décrire en hérésie dont je m‘accrocherai à trois exemples pour éviter le parcours d’un univers sans frontière ; ce facteur est dû à des idées philosophiques diversitaires arc-boutées dans la plupart des cas sur le moi qui, par essence, emprisonne l’Église dans son destin idéaliste.

Cet idéal va également secouer la hiérarchie pour créer des tentacules sectaires développant des pratiques distinctes dans l’Église. Alexandrie ( un port nord-égyptien conquis par Alexandre le Grand en 332 avant Jésus-Christ ) se voit convertie en une scène de combat théologique entre Arius et Alexandre prêtre et évêque d’Alexandrie qui va bientôt déboucher sur la crise arienne. Arius a le sentiment que les chrétiens ont tendance à négliger la nature du Père. On parle davantage de Jésus que de Dieu. Mais pour lui le Père est le seul être inengendré ; Il n’a jamais commencé et ne finira pas. D’ailleurs puisqu'il est, Il ne deviendra pas. Tous les autres êtres procèdent de Lui y compris le Christ. C’est le Père qui lui a confié la vie et l’être.

Alexandre, l’évêque, réagit très vite. Il réunit un synode local auquel participent une centaine d’évêques. Les thèses d’Arius discutées et rejetées. Résultat : Arius est excommunié, ainsi que ses disciples.  Nestorius lui-même a connu un terrible sort. Il est condamné à mort à Éphèse ( 431 ) d’avoir voulu être théologien. Il n’accepte pas que Marie est mère de Dieu. Mère du Christ, soit. Mère de Dieu, non.

Pélage, un personnage breton (d’ Angleterre ), a été exilé de Rome, dès qu’il prêche l’ Évangile en quoi il croit : Pélage ne considère que le baptême des adultes. Il laisse entendre que Christ abolit chez celui qui le reçoit les fautes qu’il a lui-même commises. Il répand aussi l’abolition de la faute, la restauration par la grâce de l’Esprit d’un total libre arbitre de l’homme et le reste. Pour cet usage, les potentats ont décimé le pélagianisme dont Jean-Jacques Rousseau lui-même était le partisan. En fait, la pratique d’excommunication ou d’expulsion allait depuis que le monde est monde son petit bonhomme de chemin, parce que l’homme est incapable de surmonter son égocentrisme. À mon avis, l’excommunication ou l’expulsion est irraisonnable, parce que l’homme ne donne pas le salut, il ne fait que le recevoir de son Créateur. Du coup, non seulement cette méthode est malsaine, elle est à la fois malséante et contraire à la moralité chrétienne. Il faut fraternellement que l’on s’entende en dépit de la diversité. Lorsque les publicains et les gens de mauvaise vie s’approchaient de Jésus pour l’entendre, les pharisiens et les scribes s’y opposèrent comme si la grâce n’est pas faite pour les petites gens; heureusement Jésus les a envoyés au diable Luc 15: 1-2. Le mobile discriminatoire et monopolistique de l’Église doit tirer à sa fin. Si non, elle tombera en poussière. Si la communion des frères et sœurs est un calvaire ici-bas, comment sera-t-il possible là-haut ? La hiérarchie contribuerait certes à la consolidation unitaire de l’Église, mais l’intérêt personnel et l’orgueil ne se repentiront jamais. Malgré tout, il est impératif que les chefs religieux et les fidèles coordonnent leur itinéraire en vue d’une union sincère devant le trône de gloire.

La finance définit la gestion du budget de la congrégation qui est le plus souvent au delà de la portée des fidèles n’ayant pas même les moyens de payer leur loyer ou leur hypothèque. Dans certains cas, les membres se joignent aux efforts du Pasteur pour l’acquisition du bâtiment dont le contrat hypothécaire constitue souvent un document pastoral. Et les membres ne peuvent même pas demander des comptes. J’étais moi-même le spectateur d’une scène où les fondateurs d’une mini congrégation se lancent dans un violent pugilat sur la tribune ecclésiastique où le prédicateur adresse son sermon aux fidèles, une belle bagarre à coup de point qui a forcé l’intervention de la police pour mettre de l’eau dans le vin des pugilistes : la pomme de discorde comme tout le monde le sait : l’argent. Pourvu que les fidèles contribuent à l’avancement de leur congrégation ; ils ont le droit de demander des comptes. L’idée de travailler pour le roi de Prusse ressemble pur et simple à celle d‘une zombification systématique. À ce compte-là, les membres des congrégations, eux tous, de concert avec leurs dirigeants, doivent au départ, redéfinir et replanifier la structure administrative de leurs assemblées afin d’éviter les futiles embrouillaminis.

La foi, oh ciel! Voilà le hic! La foi est une assurance donnée d’être fidèle à sa parole, d’accomplir exactement ce que l’on a promis. Sous ce rapport, la foi est un engagement, et l’engagement un contrat ou une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose vis-à-vis de quelqu’un. Voilà, la plus part du temps, notre faiblesse nous contraint à rompre notre contrat, un acte, à cet égard , qui exige une indemnité formelle dont la précision et la netteté excluent tout malentendu. Sommes-nous fidèles à ce contrat ?

La foi requiert beaucoup de courage, un désire ardent qui est toujours prêt à partir partout dans le monde pour consoler les âmes qui croupissent dans l’affliction. Calvin, à travers son ministère, proclame que ses enfants sont dans le monde, alors que nous nous sommes empilés en Amérique du nord, en Europe où surabondent le miel et le froment. Quand le Maître nous envoie, nous nous rebellons Jonas 1:1-5. Les serviteurs sincères servent Dieu, mais ne se servent pas de lui. L’évangile, c’est partir au secours de ceux qui sont affamés en Afrique, en Haïti et ailleurs où l’impérieux secours spirituel et matériel est requis.

Mes bien-aimés, que la lumière de l’amour, du respect et de la générosité illumine nos cœurs enflés d’orgueil et de vanité ! Que la paix du Créateur de tous soit avec vous !

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