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Note de l'éditeur : Depuis deux semaines, un nouveau scandale frappe de plein fouet la communauté évangélique de Montréal. Cette fois-ci, il s'agit d'une église haïtienne qui se trouve au coeur de la tempête. Nous avons reçu un texte de pasteur René Auguste. Fort intéressant, nous le publions avec plaisir espérant que chacun pourra y tirer sa propre conclusion. Nous invitons les lecteurs du journal à nous faire part de leurs commentaires.

L’Affaire Église Biblique Pierre Angulaire, un révélateur
Par Rév Dr Jean-René Auguste

Mais si le pouvoir est bien une relation d’échange, c’est aussi
un rapport de force où les termes de l’échange sont plus favorables
à l’une des parties en présence. C’est un rapport de force où l’une des parties
peut obtenir davantage que l’autre, mais où nul n’est totalement démuni.
Pierre Ansart

Une église évangélique est un champ d’essence théandrique. Elle
participe d’une double nature qui se décline en divine et sociale.
Ce qui est divin est non seulement prégnant, mais encore
il conditionne ce qui est social. Le trouble s’installe, chaque
fois que le social cherche à prendre le contrôle du champ.
Jean-René Auguste

Les millions de dollars cités dans l’Affaire Église Biblique Pierre Angulaire, c’est de l’écume sur la vague. Ils ne doivent pas laisser entendre que les conditions matérielles d’existence des pasteurs sont des plus enviables et que ces derniers nagent tous dans le pactole ou qu’ils élisent tous domicile chez Crésus. Loin de là! Dans un livre écrit par l’auteur de cet article et qui doit incessamment paraître aux Éditions Jean-René Auguste, il est démontré que seulement 5% de l’ensemble des pasteurs ont un salaire qui sied à quelqu’un qui se tue pour faire avancer l’Église à la tête de laquelle il est placé.

Notre objectif ici n’est pas de parler d’argent. En fait, il ne nous convient pas d’en parler, vu que nous n’avons pas de document comptable qui nous permettrait de nous en faire une idée. Et puis, ce qui tombe dans le champ de compétence des juges ne nous intéresse pas. Nous n’avons pas été à l’école de la magistrature. D’ailleurs, notre ferme croyance est que, dans cette Affaire, l’argent n’est qu’un moyen de rabattement ou plus précisément un drap pour masquer une réalité dont on ne veut pas décliner le nom et qui échappe aux chasseurs d’événements à sensation forte. Pour mieux dire, l’argent dans ce cas est un écran de fumée. Il couvre le feu qui couve. Il faut donc défaire cet écran pour découvrir l’élément igné. Quel est cet élément igné que la fumée des dollars dérobe aux regards et qui est générateur d’un ensemble de problèmes dont certains font des vagues au plus haut niveau de la société d’accueil? Nous allons dans les lignes qui suivent le dévoiler in naturabilis, c’est-à-dire que nous allons montrer l’élément igné dans toute sa nudité.

Jointe à toutes celles dont l’arrivée dans la diaspora évangélique haïtienne de Montréal se situe dans un passé très proche, l’Affaire Église Biblique Pierre Angulaire est le révélateur d’un problème de fond. Ce problème auquel nul n’accorde d’importance se résume dans le libellé que voici : Où se situe le locus du pouvoir dans une église évangélique haïtienne basée en diaspora?

On n’a pas besoin de le dire, les divisions en cascade qui sont le lot des églises évangéliques haïtiennes de la diaspora proviennent d’une absence d’intelligence de ce problème. Nous croyons même qu’il faut parler d’ignorance. Bien qu’il se situe au cœur de l’action des églises, le problème de pouvoir est tout à fait ignoré. Dès lors qu’il est ignoré, il ne peut conduire à la recherche de pistes de solution. Il ne peut que générer des troubles de toutes sortes, contribuer à mettre les églises sur les dents et bloquer le processus de leur croissance.

Les pasteurs et leurs églises doivent savoir une chose, c’est que le social est potentiellement conflictuel. Il est conflictuel, dans la mesure où le conflit se trouve logé à sa base même. Là où des liens sont tissés entre deux ou plusieurs personnes, où des gens nouent des rapports entre eux, le conflit demeure une variable latente, immanente, il peut éclater à tout moment, si les partenaires ne s’arrangent pas pour établir des garde-fous pour l’empêcher de faire irruption et de troubler les rapports. Il ne faut pas toujours voir le conflit comme une arme dans l’arsenal auquel le Père du mensonge a recours pour déstabiliser une église donnée. James L. Creighton dit vrai, quand il affirme que « se quereller est humain.» Cette approche de la conflictualité qui est virtuelle dans toutes formes de rapport amène Creigton à faire une déclaration que nous jugeons utile pour maintenir et approfondir une relation donnée. Selon cet auteur, « Tant que nous sommes convaincus que le fait de ne pas être d’accord est mal, nous nous efforcerons d’étouffer ou de dissimuler tout désaccord naissant. Si au contraire nous croyons qu’un conflit peut avoir un effet positif, nous serons plus portés à analyser ses mécanismes, à entrevoir la meilleure façon de l’aborder et à trouver quelles aptitudes il conviendrait de développer pour en tirer le meilleur parti possible.»

Ce qui fait du conflit une variable certaine de tout rapport, c’est que tout rapport met en présence des forces sociales qui ne sont pas toujours égales. L’absence d’égalité dans le rapport de ces forces crée le phénomène du pouvoir. Qu’est-ce donc que le pouvoir? Commençons par dissiper certaines confusions qui peuvent être à l’origine de grands problèmes. Il faut commencer par établir la différence claire et nette entre le pouvoir et l’autorité. Dans le langage courant, on tend à prendre l’un pour l’autre, alors que, pour être de sources différentes, ils ne s’appuient pas sur le même levier. L’idée est qu’une personne peut avoir de l’autorité sans avoir de pouvoir, en ce sens que l’autorité est un droit qui découle d’une position liée à un rôle. P. R. Turcotte ne saurait mieux dire, quand il soutient que « Dès qu’un dirigeant change de poste, il perd son autorité. C’est le cas de celui qui est muté à un autre poste, qui est rétrogradé ou qui prend sa retraite. Le même cas se produit lorsque les parents ne peuvent plus exercer la même autorité envers les enfants lorsque ces derniers sont devenus adultes. Dans ce cas-ci, la relation autoritaire se transforme en relation égalitaire. (1997 : Page 391)

Dans une relation égalitaire, la notion de pouvoir s’évanouit. Il n’y a pas de pouvoir, puisque le pouvoir suppose une posture inégalitaire. Il n’est pas un attribut ou une propriété personnelle. Ce n’est pas quelque chose qu’on porte en soi et sur soi. « Le pouvoir dans l’organisation ne saurait être considéré comme une propriété, un attribut des acteurs, c’est bien une relation mettant aux prises les acteurs dans l’accomplissement d’un objectif commun qui conditionne lui-même les objectifs personnels.» P. Ansart à qui nous devons cet éclairage sur le pouvoir confirme que cette relation d’échange est aussi « un rapport de force où les termes de l’échange sont plus favorables à l’une des parties en présence et où l’une d’elles peut obtenir davantage que l’autre, mais où nul n’est totalement démuni. C’est dire que, dans ces relations de pouvoir, les possibilités d’action constituent un aspect essentiel et un enjeu. Chacun des partenaires possède une marge de liberté variable, la possibilité plus ou moins grande de refuser ce que l’autre lui demande. A le moins de pouvoir celui qui se trouve dans l’incapacité de refuser ce qui lui est demandé.»(1997, Page 71)

En clair, dans une relation donnée, la personne qui a le plus de pouvoir est celle qui a un pouvoir de négociation fort et qui est capable d’obtenir du vis-à-vis ce qu’elle désire. Car en soi le pouvoir est « la capacité à faire faire des choses… à exercer un contrôle sur autrui.» En ce sens, il est non une fin mais un moyen pour aller d’un point à un autre, ou pour avoir de la part de l’autre ce qu’on veut.

En église, le pasteur a en main plus d’atouts que l’ensemble des fidèles réunis. Nous ne parlons même pas de comité ou de conseil d’administration. Le pasteur a plus de pouvoir qu’eux tous. Quoi! Oui! Dire ça est une pilule vraiment difficile à avaler. Nous n’en sommes pas dupe. Nous en sommes bien conscient. Et nous acceptons même qu’on nous fasse passer pour un Staline ou un Hitler. Mais avant de nous affubler de tous les titres qu’on veut, on doit attendre de voir la colonne sur laquelle nous nous tenons pour avancer cette vérité qui est contestée par presque tous les membres des églises évangéliques haïtiennes de la diaspora, soupçonnée par une infime minorité de pasteurs et méconnue par la grande majorité des collègues.

Dans les églises évangéliques haïtiennes de la diaspora, il est très malheureux qu’aucun effort ne soit fait pour instruire les églises du rôle d’un comité dans la gestion de leurs affaires. De façon générale, un comité dans une église se prend pour le patron du pasteur. Bien sûr, toute règle a des exceptions. Mais dans l’ensemble, un comité se voit et se définit comme étant le ‘’ Big Boss .’’ Le pasteur est un quémandeur qui doit se plier à son diktat. Dans certaines églises, on gomme trois fois la notion de comité. On parle plutôt de conseil. Les membres du conseil sont comme de fait et de raison des conseillers. Un conseiller n’a aucune autorité sur le pasteur et l’église. Ses conseils sont acceptés, s’ils sont pertinents et s’ils vont dans le sens du progrès de l’église. Dans le cas contraire, ils sont rejetés sans aucune forme de procès et sans que leur auteur ait en quoi que ce soit le droit de faire de la contestation ou de l’obstruction. Un comité ou un conseil dans une église est plus que l’allié du pasteur. Il doit être non une force oppositionnelle, mais une extension de ce dernier. Il doit être ses yeux, ses oreilles, etc. Est-ce à dire pour autant que le pasteur est le seul ‘’ Big Boss ‘’. Décidément non.

Dans n’importe quelle église qui porte à bon droit ce nom, c’est-à-dire qui répond aux critères définis dans le Nouveau Testament, qui est en conformité avec la vérité évangélique, le ‘’ Big Boss ‘’ est le Seigneur Jésus-Christ. Selon Matthieu 28 : 18, c’est lui qui détient tout le pouvoir, c’est-à-dire que c’est lui qui a en main tous les atouts. En ce cas, qu’en est-il du pasteur? Il y a là un problème extrêmement intéressant. L’intérêt que ce problème soulève est d’autant grand que la communauté évangélique haïtienne de Montréal fait face présentement à un problème d’image dans la diaspora haïtienne et dans la société d’accueil en général.

Pour répondre à la question plus haut citée sur la position et le rôle du pasteur dans une église, il nous faut partir de ce qui constitue la quiddité d’une église évangélique. Posons carrément la question : Qu’est-ce qu’une église évangélique? La réponse est simple comme bonjour. C’est un « Je » sur lequel un « Nous » se construit. Par le « Je », et aussi et surtout, à cause de ce «Je», une église évangélique est une monocratie identifiée à une théocratie. Jésus, le Fils du Dieu Très-Haut, dit : «Je bâtirai mon église ». (Matthieu 16 :18) Par sa position, « Je » est déterminant. Il vient ne premier dans l’ordre des choses.

Mais si la place de « Je » est déterminante et primordiale, on ne peut pas dire qu’il est le seul élément entrant dans la composition d’une église. Il y a aussi un « Nous » qui est la partie visible, le phénomène ou la superstructure dont le « Je » est l’infrastructure. On a là deux logiques différentes, lesquelles sont correspondantes à deux niveaux de réalité. L’une, celle qui est liée au « Je », est individualiste et l’autre, celle qui provient du « Nous » est pluraliste. On a donc une monocratie à la base d’une démocratie. La monocratie renvoie au pouvoir d’une seule personne, Christ le Seigneur, et la démocratie est le lieu de l’exercice du pouvoir par le peuple lui-même et lui-même seul. Comment cette complexité complexe arrive-t-elle à fonctionner? Comment s’articulent à l’intérieur d’un même champ monocratie et démocratie?

Elles s’articulent en un agencement typique, une sorte de structure dichotome. Les rapports entre les deux sont directs, mais ils se font au travers d’un joint spécifique. Il y a comme en lien avec les deux un joint spécifique que le monocrate choisit de son propre chef. Qu’est-ce qui l’autorise à choisir seul ce qui sert de joint entre la monocratie et la démocratie qui sont constitutives de toute église évangélique? La réponse va de soi : une église «n’est pas source d’elle-même, elle se reçoit d’un Autre, en permanence et en toute gratuité. Elle n’existe que dans la dépendance de Jésus-Christ. Elle ne saurait être signe d’elle-même, mais de ce salut qui vient de Dieu jusqu’à nous dans l’Esprit.»(Jean Rigal, 1980, P.131) Dans le livre de Job au chapitre 9, il y a une deuxième réponse qui est apportée. Nous ne saurions la laisser aux oubliettes. Aux versets 2 à 4, il est écrit : Comment l’homme serait-il juste devant Dieu? S’il voulait contester avec lui, Sur mille choses il ne pourrait répondre à une seule. À lui la sagesse et la toute-puissance : Qui lui résisterait impunément?

Le joint sur lequel le Seigneur Jésus-Christ jette son dévolu est le pasteur. Les théologiens d’obédience catholique parlent de ministre ordonné. Par exemple, Rigal fonde le ministère ordonné « dans une ecclésiologie de la communion (le «nous», la communauté), plutôt que dans un pouvoir personnel, sacral ou hiérarchique, qui demeurerait extérieur à l’Église. Les ministres ne sont en rien supérieurs aux chrétien(ne(s, et n’existent d’ailleurs que pour eux et elles. Ils ne sont pas de nouveaux médiateurs, ou encore d’autres-Christs.» (M. Lapointe, 1986, P.44)

L’Épître de Paul aux Éphésiens parle de pasteurs. Elle est on ne peut plus claire à ce sujet : « Étant monté en haut, il a emmené des captifs, Et il a fait des dons aux hommes. Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l’oeuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ..» (4 :9,11 et 12). C’est dans le livre de l’Apocalypse qu’on comprend mieux la fonction du pasteur. Le Seigneur avait voulu s’adresser aux sept églises de l’Asie mineure. (Apocalypse 2 et 3). Comment se prenait-il pour le faire? À qui adressait-il les lettres? Remarquez! Les lettres sont envoyées aux Églises. Mais elles ont été adressées aux pasteurs qui avaient la desserte de ces églises. Pourquoi faire ça? Parce que les pasteurs sont les joints choisis. Ils sont choisis non en raison de leur niveau intellectuel ou de leur origine sociale, mais pour des raisons que seul le Seigneur lui-même connaît. Pascal a dit :« Le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas». Dans le cas de notre cher Sauveur, son cœur sait pourquoi il choisit ceux qu’il place à tête des églises. On ne peut que prendre acte de ce qu’il fait. Il est souverain. En ce sens, nous découvrons la profondeur de la pensée de Rigal, quand ce dernier affirme que « Le ministre, lui-même envoyé d’un Autre par grâce, doit veiller à ce que les communautés d’Églises existantes et naissantes se considèrent envoyées par la libre initiative de Dieu qui les fait servantes de son dessein auprès de tous les hommes et de tout l’homme.» (1980, P.22)

Quoi qu’il en soit, qu’on l’appelle ministre ordonné ou qu’on l’appelle joint ou pasteur, il est situé dans un entre-deux monocratique et démocratique. En ce cas, il est tout à fait normal qu’il soit bien souvent incompris et accusé de porteur de valeurs qui ne font pas l’affaire de ceux qui réduisent l’Église où ils adorent à être un lieu exclusif de convivialité. Il n’est pas toujours capable de contenter tout le monde et son père, d’autant plus qu’il assume une fonction aux résonances éternelles et qui l’oblige à obéir plus souvent qu’autrement au «Je» plutôt qu’au «Nous». Quand, donc, il est pris dans les feux des contradictions entre ce que veut le «Je» et ce que désire le «Nous», quand, des deux côtés, il est pressé, il n’a d’autre choix que de pencher du côté du «Je» qui le fait ce qu’il est. Le Nous l’utilise, parce qu’il est ce que le Je le fait être.

En partant de ce qui vient d’être dit, nous n’errons pas si nous disons qu’il ne saurait y avoir d’église sans pasteur. Le principe du leadership est incontournable dans toutes les sphères de la vie. Il vient d’en-haut. À Montréal, il y a eu et il y a encore des tentatives d’avoir des églises dirigées par des comités. Qu’est-ce qui arrive, quand une église se paie le luxe luciférien de se laisser diriger par un comité?

Ce qui arrive, c’est qu’elle est selon la langue de chez nous « CATA ». Non seulement, elle est «CATA», mais encore l’épée d’effritement est en permanence suspendue sur sa tête. Allez sur l’une des Rives de Montréal et constatez par vous-même l’exemple d’une église souffrant du mal de démocratie. Elle dépérit à vue d’œil. La chaire de cette église est ectopique. Les messages délivrés lors du culte sont en tout temps délivrés par des« outsiders ». La démocratie au nom de laquelle tout le monde se bat empêche l’église de sortir des rails de l’effritement. Elle tourne sur elle-même comme une toupie. Et à chaque tour, one by one, les gens quittent. C’est grave et très grave. Chaque membre est un Boss. Sous la cendre qui a l’air d’être froid comme du marbre qu’on expose à la température hivernale, il y a un feu dévorant qui brûle. Peut-on et doit-on parler d’église dans un tel cas? Même quand une église que gère un comité n’en peut plus et arrive à fermer boutique, dans la philosophie de ce comité, ce n’est pas la fin du monde. Le ciel ne va tomber sur les têtes. Au lieu de gémir dans le jeûne et la prière pour avoir un pasteur, le comité préfère que l’église ferme ses portes. Car fermer « is better ». En effet, de façon générale, la philosophie de tout comité dans une église évangélique de la diaspora haïtienne s’explicite dans cette pensée qu’exprime joliment Henry Ford : « Que vous pensiez être à la hauteur ou non, vous avez toujours raison. »

Dans une église, le pasteur est à tous égards le premier responsable. Dans nombre de cas, une église peut pousser un pasteur vers une monocratie déplacée, c’est-à-dire que cette forme d’exercice du pouvoir dans l’Église est récupérée au profit du pasteur qui transforme son Église en une scène pour un « One Man Show ». Duvalier pouvait bien être un dictateur dans l’âme. Mais il a trouvé dans les invasions répétées qu’il a subies dans la première année de sa présidence un facilitateur. Un peuple a toujours le gouvernement qu’il mérite. Montesquieu, un des grands penseurs de l’histoire, a très bien expliqué cette vérité. Les pratiques politiques qu’on trouve dans le quart monde et que certains cherchent à reproduire dans nos églises ne peuvent avoir cours dans un pays où le droit et les bonnes mœurs sont à l’honneur. Toutefois, le pasteur qui se laisse pousser vers une monocratie déplacée sort du cadre normatif propre à la lettre et à l’esprit de la Parole du Seigneur, cadre où le divin prime sur le social et le personnel, et où le joint, ou le pasteur, ou le ministre ordonné doit s’arranger pour mettre à contribution tous les atouts que lui confère sa position dans le champ ecclésial.

Pour jouer son rôle et le jouer bien, un pasteur a à son actif des moyens à la fois humains et divins. Quand un problème survient dans son église, il doit jouer sur toutes les cordes. Mais pour jouer sur toutes les cordes, il faut les avoir. Ainsi le pasteur est-il quelqu’un qui ne prie pas seulement, mais qui s’occupe des finances sans les manipuler, et est aussi un éternel étudiant. Déjà en soi, le terrain sur lequel il travaille est miné par des incapables qui, requins avant la lettre, dénigrent sans discernement et louchent sur le tout-cuit. Nous ne sommes pas de ceux qu’on appelle les phraseurs. Nous avons vécu des situations difficiles dont des grimpions en mal d’être et de paraître ont provoqué la survenue. Avec les moyens dont nous disposons sur les plans humain et divin, notre église a pu résister et garder le cap sur la patrie éternelle. Voici un exemple parmi une pléthore.

Tout d’abord, disons-le franchement, la détermination divine de la fonction pastorale n’est pas un palladium contre des phénomènes émergents et pervers tels que le conflit. La raison en est que le social ou encore le «Nous » qui s’édifie sur le « Je » est potentiellement conflictuel. Par exemple, la présence de Christ, le « Je », n’avait pas empêché les deux frères Jacques et Jean de vouloir s’en prendre aux Samaritains qui ont refusé au Sauveur le droit de séjourner dans leur ville. (Luc 9 :51-56). Tenant compte de la nature des sentiments qui animaient ces deux frères, le Seigneur les a surnommés Boanergès qui signifie fils du tonnerre.(Marc 3 :17) . En bon créole, ça veut dire : « L’Oraille Kalé »

De façon générale, nos églises regorgent de Boanergès ou «Orailles Kalés». Voici un exemple sur mille. Dans l’Église que pilote l’auteur de cet article, il y avait un trio qui cherchait par tous les moyens aux couleurs démoniaques à faire gripper le fonctionnement de l’Église. Lors d’une réunion appelée diversement réunion de membres ou d’affaires, ce nano groupe réclamait de l’assemblée la cessation de la distribution du souper du Seigneur pour une durée allant de trois à six mois. Cette demande a été faite sous prétexte que l’Église avait des problèmes et qu’elle était malade. Nous avons opposé une fin de non-recevoir à une telle demande. Nous nous étions basé sur le fait que personne ne doit projeter sur l’Église ses problèmes personnels et que tout un chacun doit apprendre à gérer ses propres «bibites». Si on a besoin d’aide spirituelle, l’Église est prête à la fournir en tout temps. Mais pas question de pénaliser toute l’assemblée pour des gens qui s’avèrent incapables d’établir la différence entre un mal qui vient de l’égo et un problème qui sourd de l’assemblée. Participer ou pas à la sainte cène relève de sa foi et de sa disposition intérieure personnelle vis-à-vis du Seigneur et de l’assemblée. C’est une question d’obéissance à la Parole qui commande : «Faites ceci en mémoire de moi.» (1 Corinthiens 11 : 24, 25)

La nuit précédant le souper du Seigneur, la diaconesse, un peu avant minuit, est entrée au bureau du pasteur. Elle a tout préparé pour le service de la cène. Elle a déposé les éléments et les ustensiles sur une petite table à côté de la chaise au bureau du pasteur. Le lendemain matin, quand elle est entrée au bureau pour les prendre, tout avait disparu : le pain, le vin et les ustensiles. Elle allait les chercher peu avant le culte d’adoration. Autant dire qu’on n’avait rien pour la cène. L’auteur de cet article trouvait un peu incompréhensible que la diaconesse ait tant tardé à se présenter au sanctuaire pour faire les préparatifs nécessaires à la distribution du souper du Seigneur. Pourtant, elle était aux abois dans le rez-de-chaussée de l’Église. Elle ne savait que faire. Tandis qu’elle se lamentait, le trésorier a été d’urgence acheter ce qu’il fallait pour faire face à la situation. Ce jour-là, plus de 65 personnes ont participé à la cène. Six verres seulement n’ont pas été vidés. Pour le mois subséquent, l’église a dû débourser $850 pour changer les clés et remplacer les ustensiles qui ont été subtilisés. Un des membres du trio a reconnu, en privé, avoir trempé dans le coup digne de Judas.

La logique de ces fils du tonnerre est celle-ci : «étant donné que je ne participe pas, personne ne doit participer. Pour empêcher toute participation, je fais main basse sur les éléments et les ustensiles. J’ai des problèmes personnels. C’est l’Église qui a des problèmes.» Jongler avec de tels sujets n’est pas chose aisée pour un pasteur, surtout si de tels sujets ont l’art de manipuler les gens. Mais ce qui est difficile pour le pasteur est peu de chose pour le « Je » de l’Église. Effectivement, le pasteur a prié, et le «Je» de l’Église a agi d’une manière humainement inconcevable. Ce qu’il a fait est quasiment comparable à ce qui est rapporté au troisième chapitre du deuxième livre des Rois.

Si donc un pasteur est sûr qu’il est dans le plan du « Je » de l’Église, il doit rester calme au plus fort de la tempête qui en viendrait à souffler sur son église. S’il réalise que la variable sociale qui entre dans la composition de son Église est potentiellement conflictuelle et incontestablement productrice d’effets pervers, s’il comprend que piloter une église s’inscrit dans un rapport de force et qu’il importe donc d’apprendre à négocier, s’il comprend que la véritable force n’est pas que dans la prière et qu’elle consiste souvent aussi à soutenir la pression sans se montrer agressif ou arrogant, s’il comprend que le pouvoir de la légitimité n’est pas toujours valable et qu’il faut recourir à d’autres formes de pouvoir tels que la compétence, la persuasion, l’implication, l’éthique, le temps, les mots, l’imprévisibilité, etc, etc, etc, s’il est par-dessus tout un homme qui cherche dans la prière l’assentiment du Seigneur sur sa manière de faire et de dire, alors il sera un vrai petit David devant le grand Goliath. L’Affaire Église Biblique Pierre Angulaire est un révélateur. Elle révèle hors de tout doute que la lutte de pouvoir dans les églises évangéliques haïtiennes basées en diaspora n’est pas un mythe et qu’elle peut conduire une église au cimetière de l’histoire, si elle n’est pas menée avec les armes appropriées.

Enfin, un pasteur doit toujours se rappeler que piloter une église est un jeu à somme non nulle où tout le monde doit autant que possible gagner. Car l’action la plus efficace est celle menée avec tous les membres dont ceux du comité ou du conseil. Tout jeu qui fait appel à une stratégie de gagnant/perdant est nuisible et met en danger l’avenir et le devenir d’une église. En disant de telles choses, nous n’oublions pas que dire et faire sont deux et que ce n’est donc pas toujours facile. Mais il faut toujours essayer, car qui ne risque rien n’a rien.
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