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LE MONDE ÉVANGÉLIQUE |
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Faut-il sourire quand René Préval
assure d’un ton ferme et cassant que si la corruption existe bel et bien en
Haïti, elle est absente dans son entourage politique? La communauté
internationale voudrait bien le croire, mais…
Pour veiller au grain et s’assurer que les Haïtiens ne reçoivent pas que des
miettes, elle a choisi de créer un «fonds multidonneurs», administré par la
Banque mondiale et une commission coprésidée par l’ex-président Bill Clinton,
«grand ami d’Haïti». Une partie seulement des 10 G$ promis pour la
reconstruction de l’ex-perle des Antilles ravagée par le séisme du 12 janvier
ira dans les coffres de l’État.
«Prudence est mère de sûreté», ont dû se dire la centaine de pays et
d’organisations internationales ayant décidé d’ouvrir leurs goussets pour aider
l’un des pays les plus corrompus de la planète, selon le département d’État
américain.
Aide internationale
Depuis 1990, Haïti a reçu quelque 7 G$ d’aide internationale (le quart des
États-Unis). Pourtant, la grande majorité des Haïtiens vit toujours avec moins
de deux dollars par jour, pendant qu’une vingtaine de familles s’accaparent 80 %
de la richesse nationale. L’aide a sans doute été mal distribuée…
Depuis le séisme, combien de sacs de riz à vocation humanitaire ont été
retrouvés sur les étals des marchés de Port-au-Prince? Même si les engagements
chiffrés devaient être bien gérés, encore faudrait-il que toutes les sommes
promises se concrétisent vraiment en espèces sonnantes et trébuchantes. En 1998,
l’ouragan Mitch avait dévasté une bonne partie de l’Amérique centrale. Sur les 9
G$ promis, un tiers avait finalement été versé.
À chaque grande catastrophe naturelle dans le monde, c’est le même scénario. La
manne humanitaire, quand il y en a vraiment une, est en grande partie détournée,
comme ce fut encore le cas en Birmanie, frappée il y a deux ans par un cyclone
qui a fait 140 000 morts.
Réduire la corruption, où qu’elle soit, c’est un peu comme chercher à lutter
contre les paradis fiscaux et le secret bancaire. Lundi, des milliers de petits
Haïtiens sont retournés sur les bancs d’écoles improvisées sous les tentes des
camps de réfugiés.
La prochaine rentrée scolaire se fera peut-être entre quatre murs si la
«reconstruction clé en main» n’est pas trop fissurée par les magnitudes de la
corruption qui, à l’échelle Richter, sont quotidiennes en Haïti.
* Antoine Char enseigne le journalisme à l'École des médias de l'Université du Québec à Montréal. Il a publié plusieurs ouvrages, tels que «La guerre mondiale de l'information» et «Deadline America».
Source : http://www.journalmetro.com/paroles/article/495717--haiti-les-magnitudes-de-la-corruption