LE MONDE ÉVANGÉLIQUE

ÉDITORIAL

Controverse à l’école Louis-Joseph-Papineau
Deux enseignants sur la sellette à cause d’une réunion de prière

Raymond Lacombe

Mardi (4 avril), le journal de Montréal titrait dans l’un de ses articles : «Deux profs se font taper sur les doigts (Ils avaient incité leurs élèves, en pleine classe, à assister à une rencontre religieuse»

Enseignant à cette école depuis quinze ans, je crois qu’il est de mon devoir d’apporter un éclairage sur cette situation tout à fait particulière, d’autant plus que je suis indirectement impliqué dans cette affaire. Et comment ?

Il y a quelques années, l’enseignant d’éducation physique, cité dans l’article, et moi avions organisé, sur demande de certains élèves, une rencontre dans le local de pastorale à l’heure du midi, afin de chanter et prier. De semaine en semaine, le nombre d’élèves augmentait, car ceux-ci trouvaient dans ce moment de recueillement l’occasion de combler un vide, puisqu’à cette époque, ils disposaient de deux heures environ pour le dîner. De plus, c’était aussi pour beaucoup d’entre eux l’occasion d’affirmer leur appartenance à Jésus. Les jeunes haïtiens étaient en majorité (comme ils le sont d’ailleurs à l’école), mais il y avait également des jeunes d’autres nationalités.

Puis vint une convocation du directeur (d’alors) qui invita l’autre enseignant et moi à cesser cette activité. Il nous suggéra d’aller sur la rue Charland (pas loin de l’école) où il y a plusieurs églises. Nous avions obtempéré et mis fin, avec regret, à la réunion de prière.

L’année dernière, le même enseignant d’éducation physique et une collègue ont décidé de reprendre cette rencontre de prière. Ils ont vite été rencontrés par le directeur actuel qui leur a ordonné de cesser cette activité.

Cette année, loin de s’avouer vaincus, ils sont allés rencontrer le pasteur Joanesse St-Fort dont l’église est située à quelques pas de l’école. Ce dernier a accepté de leur donner accès à une pièce au sous-sol du bâtiment pour tenir la réunion de prière chaque mercredi à midi. Une vingtaine d’élèves de plusieurs nationalités y assistent.

Mercredi (5 avril), la réunion devait avoir lieu comme d’habitude, mais une petite note d’invitation distribuée aux élèves a tout basculé. Un parent (un seul) ayant pris connaissance de la note, a rejoint le journal de Montréal afin de dénoncer la rencontre. Il a déclaré au journal : «Il n’est encore rien arrivé à mes enfants, mais ça m’inquiète». Les journalistes se sont précipités à l’école, ont rencontré des élèves qui ont déclaré qu’il n’y a rien d’anormal à être invités à une réunion de prière. Cependant, un enseignant qui a bien voulu s’exprimer ouvertement a déclaré ceci : «Ça n’a aucun sens. Ce n’est pas le job d’un prof d’inviter ses élèves à aller prier». Indigné, il a même parlé de «lavage de cerveau». Il a aussi ajouté :«Je ne pense pas que les jeunes sont prêts à faire la différence entre ce qu’on leur enseigne et ce qu’on leur propose de façon insidieuse. Il me semble que c’est assez clair, l’Église n’a pas sa place à l’école…»

Ce qui est frappant dans cette affaire, c'est que par l'action d'un seul parent, voilà que les enseignants se voient contraints de cesser une activité aussi bien vitale dans la vie spirituelle de ces jeunes que dans l’épanouissement de leur être. Aucun autre parent n'a levé le petit doigt pour donner son approbation ou sa désapprobation à cette activité. Aucun pasteur n'a réagi pour apporter son soutien aux enseignants. D'ailleurs, quand est-ce que les leaders évangéliques haïtiens ont pris position, publiquement, dans les grands dossiers de notre société ? Dans le débat sur le mariage homosexuel, par exemple, ils n’ont exprimé aucun point de vue, convaincus peut-être qu’ils ne seront pas pris au sérieux. Il est temps pour la communauté évangélique haïtienne, de se donner un leader afin de pouvoir véhiculer, hors des quatre murs de l’église, les valeurs chrétiennes qui sont le fondement d’une grande partie de notre société.

l y a, dans ce dossier de la réunion de prière, une autre bonne occasion ratée. Et comme dit le vieil adage : «Qui ne dit mot, consent

Réagissez à cet article !         Page précédente