LE MONDE ÉVANGÉLIQUE
une fenêtre ouverte
sur la communauté évangélique

DOSSIERS

Note de l'éditeur : Il y a quelques jours, le pasteur René Auguste a fait parvenir au journal une critique de la thèse de Jean Fils Aimé " Vodou, je me souviens ".C'est un excellent travail qui mérite des félicitations. Nous remercions notre frère d'avoir choisi notre journal pour en faire la divulgation. Nous espérons que nos lecteurs apprécieront ce texte et ne tarderont pas à nous faire parvenir leurs réactions.
__________________________________________
Pour lire la 1ère partie :
( Cliquez ici)          Pour lire la 2e partie : ( Cliquez ici)      À lire : Réaction à la critique de la thèse de Jean Fils Aimé       

Vodou, Je me souviens : Le combat d’une culture pour sa survie,
  Une anguille et un tissu d’ambiguïtés et de contradictions.
(3e partie)
Par Rév. Dr Jean-René Auguste

Vodou, je me souviens, Le combat d’une culture pour sa survie ou une anguille

Non crédible et non valide, la thèse a tout l’air d’être une anguille. La caractéristique principale d’une anguille, c’est qu’elle est glissante. C’est en vertu de cette caractéristique que la culture populaire s’en sert pour former des apophtegmes. Par exemple, selon le dictionnaire Quillet, on dit glisser comme une anguille, quand on veut parler de quelqu’un qui parvient toujours à s’échapper quand on croit la saisir. Quelqu’un glisse comme une anguille, quand il esquive habilement toute discussion susceptible de mettre en lumière le défaut de sa cuirasse.

Ici, nous avons affaire à une thèse et non à une personne. Le défaut de la cuirasse chez elle, c’est qu’elle glisse allègrement sur les concepts qu’elle utilise, comme si ces concepts étaient des toboggans. Prenons trois parmi les plus importants, ceux qui forment la focale de l’objet d’analyse : l’Haïtien, la culture et le vodou. L’Haïtien est un concept qui est abondamment utilisé. (P.1, 2, 99, 203, 207, 129, etc.) Tantôt il est employé de façon isolée (Page 1, 207, 209, 210) ; tantôt il est lié à protestant (Page 2), tantôt il est amarré au vodou (Page 209), tantôt il est acoquiné avec vodouisant (Page 132), et tantôt encore il s’abouche avec occidentalisé (Page 133). Nous retenons son emploi à la page 201 où il est écrit : « l’Haïtien depuis l’époque coloniale jusqu’à nous (dixit) jours, perçoit sa propre culture ou sa religion comme une honte.» Nous avons là un concept fuyant, un être multiforme, un Protée qu’on ne peut saisir. La thèse passe sans cesse de l’Haïtien à l’Haïtien protestant, de l’Haïtien protestant à l’Haïtien-vodou, de l’Haïtien-vodou à l’Haïtien vodouisant et de l’Haïtien vodouisant à l’Haïtien occidentalisé. Anguille avant la lettre, elle glisse toujours.

La vérité, c’est que l’Haïtien n’existe pas. Ce qui existe, ce sont des Haïtiens occupant diverses positions dans un champ social défini. De plus, selon les données de l’histoire, l’Haïtien, type universel, n’a jamais existé dans la réalité. Tous les esclaves de St-Domingue venaient de l’Afrique, mais tous n’appartenaient pas à un même ensemble sociétal. Ils venaient de différentes tribus. Le fait d’occuper un même espace géophysique, même couplé au temps, ne fait pas volatiliser les différences tribales profondes. L’exemple du Rwanda est encore présent et très frais dans la mémoire. C’est de la durabilité de ce qui constitue la quiddité des groupes sociaux qu’il faut partir pour expliquer l’aphorisme bien connu : Dépi nan guinin, Nèg pa vlé wè Nèg.

Que personne ne se trompe sur 1804. Cet événement majeur reste une action ponctuelle et unique dont des faits conjoncturels ont permis l’accomplissement. L’union des forces politiques haïtiennes depuis 1804 sur la scène nationale reste un vœu pieux. Le Pape Jean Paul II a été pris à partie par certains militants politiques, pour avoir, en 1993, à l’occasion de l’ouverture, à Santo Domingo, en République dominicaine, de la quatrième Conférence des évêques d’Amérique Latine, lancé cet appel solennel à notre nation : «Pourquoi ne pas en finir avec les divisions stériles?» (Voir Paul Dejean, Cidihca, 1993, P.16)

Mais le Pape est un acteur se situant en dehors de l’arène politique où des coups fourrés sont monnaie courante. On peut penser qu’il a été mal informé. N’empêche que des acteurs qui se trouvent au-devant de la scène politique haïtienne reconnaissent virtuellement que 1804 est unique et que les événements qui ont eu lieu en Haïti le 7 février 1986 n’ont pas produit le miracle escompté. Considérons les propos de l’ancien premier ministre haïtien et actuel chef de l’État haïtien : «Pour la première fois, après son indépendance en 1804, le peuple haïtien a eu conscience qu’il était devenu le sujet de sa propre histoire et qu’il pourrait participer vraiment à la vie de la nation. Pour la première fois, il a enfin eu un espoir fondé.» (P. Dejean, 1993, P.36). Ces propos sont tirés d’une lettre qui a été adressée à l’Onu par Mr René Préval, l’actuel président de la République d’Haïti, à la suite du coup d’État militaire du 30 septembre 1991.

L’Haïtien qui est One in vodou et dont parle la thèse n’existe pas. Nous avons affaire à des acteurs qui luttent pour avoir la part du lion. Est-ce mauvais d’être en lutte? Nous ne savons pas si c’est mauvais. Ce que nous savons, c’est que les luttes sont au fondement du champ social et que personne ne peut les éviter. La vision qui émane de la thèse est fondamentalement moniste et pour cause, elle flippe. C’est un monisme idéaliste, car fondre les différences sensibles et profondes dans un concept, c’est décrocher de la réalité. Aussi la thèse cache-t-elle une tendance liberticide et se veut-elle donc un déni du droit des autres à être différents. Elle se fait bien comprendre, quand elle déclare : « L’Haïtien n’a besoin ni d’alternative ni d’antidote au vodou» (Page 207)…« de même les églises protestantes doivent cesser d’importer des modes d’adoration des églises de l’Occident…» (Page 209).

Remarquez le verbe devoir qui est employé et qui fait monter du fond du cœur ce cri poignant : « Liberté! Où es-tu?». « Je suis là, dit-elle. Le Christ a brisé les chaînes. Sachez-le bien» : « si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres.» (Jean 8 :36) Dans un contexte de politique active et dans les pays où la démocratie n’est qu’un rêve, quand le monisme idéaliste devient le substrat des pratiques, quand il les informe, il peut conduire à des actions qui sortent du cadre de l’humain. Le témoignage de l’histoire est sur ce point très éloquent. Le monisme idéaliste peut être tératogène. Fort heureusement « il n’est guère possible désormais de vivre dans un univers moniste à vérité unique et universelle. Il va falloir apprendre à vivre dans une monde d’opinions et d’options contradictoires et conflictuelles» (É. Volant, 1985, P. 223).

L’autre concept sur lequel nous sommes tout naturellement porté à nous polariser est le vodou. Dans la thèse, ce concept est glissant comme une anguille. Un concept n’est pas un fourre-tout où on peut placer à la fois plusieurs choses de différentes natures et où on peut, même dans le noir, glisser sa main sans problème sur l’une ou l’autre de ces choses. Sans entrer dans des menus détails, convenons avec le Petit Robert qu’«un concept est la représentation mentale et abstraite d’un objet». Le dictionnaire ne parle pas des objets, mais d’un objet. Cela signifie qu’on ne peut plus parler de concept, quand on a un mélange de pommes et d’oranges. Dans la thèse, on ne sait pas au juste ce que veut dire exactement vodou.

En effet, vodou apparaît des fois sous la forme substantive et d’autres fois sous la forme adjectivale. Quand il est employé sous la première forme, il est un nom. Par exemple «le vodou et la foi chrétienne sont-ils compatibles?» (Page 1). « Ainsi donc, le vodou est considéré comme une valeur culturelle…(Page 118),etc, etc, etc. Sous l’autre forme, il est un adjectif, un déterminatif. C’est ainsi qu’on a : «Car l’Haïtien est vodou en dehors de tout rapport direct avec le Gran-Mèt.» (Page 118). Sur cette même page et dans le même paragraphe, on a : «Le vodou est donc posé comme son mode d’être au monde.» Dans le même ordre d’idée, on a à la page 119 : «Il en résulte qu’aucun phénomène ou événement ne sera strictement ou exclusivement naturel pour l’Haïtien-vodou.» S’il en est ainsi, la thèse fait du vodou un toboggan, une glissoire. D’un nom elle glisse ex commodo sur un adjectif, un déterminatif. On trouve cette bouillabaisse tout le long de la thèse. A-t-on un concept ou un fourre-tout? Où est la rigueur dont le chercheur doit faire preuve pour être crédible? Point n’est besoin de le dire, le poids social du vodou mérite qu’il soit mieux traité dans un discours qui se veut scientifique.

Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi la question de la quintessence du vodou. Qu’est-il est au juste? La thèse laisse entendre qu’il est tout. Il est «le ‘’ciment’’, c’est-à-dire, le substrat de la culture du peuple haïtien» (Page 3). «Il est considéré comme une religion» (Page 103) «Le vodou est le mode d’être haïtien au sein de la famille.»(Page 120) Sur cette même page, au cinquième paragraphe, « Le vodou est une philosophie positive de la vie.» Mais c’est aussi «une invitation à voir la vie du bon côté ». (Page 121) Écoutez. Laissons à la thèse la latitude de glisser à son aise. N’entrons pas dans une logomachie inutile, d’autant plus que l’Évangile de Jésus-Christ sur lequel nous nous alignons n’est pas une religion. Considérons la réponse que la thèse apporte à la question de départ, savoir : le vodou et la foi chrétienne sont-ils compatibles?

La thèse persiste et signe : «il n’y a pas d’incompatibilité entre les valeurs de la foi chrétienne et celles du vodou haïtien.» (Page 201-202). Ce résultat de la recherche est loin d’être l’expression de la vérité. Nous allons le montrer par l’histoire récente et par le résultat d’autres recherches scientifiques qui ont été menées par un expert internationalement reconnu. D’abord par le résultat d’autres recherches scientifiques. Le Dr Romain a publié sa thèse de doctorat qui fait date dans l’histoire du protestantisme haïtien. Selon ses recherches, contrairement à l’attitude de main tendue que le vodou a vis-à-vis de la religion catholique qu’il « a modelée et dénaturée», et grâce à «tout le système de correspondance dans le calendrier des saints et des ‘’Loas’’ et le rituel» (Romain, 1986, Page 47), «le colosse vodou, à côté du géant du catholicisme, ne devait pas voir d’un bon œil l’introduction du protestantisme.» (Romain, 1986, P.47) Pourquoi l’objet d’analyse rejette-t-il le protestantisme?

À cette question importante dans le contexte qui est le notre, Dr Romain apporte une réponse qui se situe dans la logique de sa thèse. L’objet d’analyse repousse l’avorton protestant, parce que celui-ci « essaierait de lui ravir toute ou partie de sa clientèle» (Romain, Page 47). Le mot : clientèle employé par Dr Romain qui est l’un des plus grands chercheurs haïtiens, ceux qui sont sensibles au parler vrai, rejette la prétention à l’omniprésence que la thèse cherche à attribuer à son objet d’analyse. Ce mot de clientèle est l’un des analyseurs de la place et de la situation réelles de cet objet d’analyse. Mais la question de clientèle est-elle la seule pomme de discorde qui rend difficile le dialogue que la thèse trouve justifié entre son objet d’analyse et le protestantisme? Est-ce là le seul élément qui joue contre la validité de la thèse? Nous croyons que non. Il y a des raisons beaucoup plus fondamentales qu’une simple question de clientèle. Entre le colosse vodou et l’avorton protestant, il y a incompatibilité au niveau d’un ensemble de conceptions. D’abord les deux, le colosse et l’avorton protestant, ne voient pas la famille d’un même œil.

Dans le cas de l’avorton, quand la famille se réunit pour adorer, elle se présente à la réunion au grand complet. Au nombre des gens présents, il y a le père, la mère et les enfants. Aux cérémonies vodouesques, les enfants ne sont pas admis. Ils en sont exclus. Le vodou, l’objet d’analyse, est pour les adultes seulement. Sur quoi nous basons-nous pour avancer pareille chose? Nous nous basons sur un livre qui vient de paraître aux Éditions : Les Publications Référence et dont la lecture ne manquera certainement pas d’éveiller des résonances profondes chez le lectorat haïtien.

C’est un livre qui est écrit par un chercheur haïtien, Léonard Dubuisson, qui fait de la véridicité des faits et de la rigueur dans l’écriture ses préoccupations premières. Le livre s’intitule : Charles-le-Grand Péralte, le refus de la honte nationale. Nous y trouvons au vingt-et-unième chapitre un récit détaillé, complet et captivant d’une cérémonie de vodou ‘’ un sévis loa ‘’ que les vodouisants de Hinche, ceux qui ont goûté à la médecine de l’occupant, avaient organisé pour réclamer le secours du Grand Mèt. Ils voulaient savoir et avoir ce qu’il leur fallait pour faire mordre la poussière aux forces de l’occupation. Aucun enfant ou jeune n’était admis. L. Dubuisson parle de la composition sociale de l’assistance. Mais en aucun endroit de son texte, il ne parle d’enfant et de jeune. En tout cas, si le récit n’en parle pas, c’est qu’il n’y en avait pas. En tant que chercheur à l’esprit géométrique et sensible à tout ce qui touche au parler vrai, Dubuisson, qui a laissé une marque indélébile sur plusieurs générations de chercheurs, en aurait immanquablement parlé, s’il y en avait. D’ailleurs les ‘’on dit ‘’ populaires ne confirment-ils pas que les ‘’ Ti-mounes ‘’ n’ont pas l’âge requis pour assister à pareille cérémonie?

On peut chercher à trouver une échappatoire, en disant que les circonstances dans lesquelles eut lieu la cérémonie loas dont parle l’auteur de Charles-le-Grand Péralte étaient particulières, dans la mesure où on ne voulait pas attirer l’attention de l’occupant qui s’en prenait violemment au vodou qu’il considérait comme quelque chose de dangereux pour lui. Oui. L’occupant voyait dans le vodou qui ne réunit que des adultes un moyen de rassemblement et donc une arme de combat stratégique. À la page 201 de la thèse, l’expression ‘’nou sé fanmi’’ revient comme un refrain. Il ne faut pas prendre le mot fanmi au sens courant du terme, puisqu’aux cérémonies vodouesques les enfants et les jeunes ne sont pas admis selon ‘’les on-dit ‘’ populaires et selon ce qui se dégage de la lecture du livre : Charles-le-Grand Péralte, le refus de la honte nationale.

Mais, l’avorton, lui aussi, que de fois n’a-t-il pas été déclaré persona non grata? Que de foi n’a-t-il pas été refoulé dans la zone de non-droit? Que de fois n’a-t-il pas été déclaré hors la loi et soumis à de grandes persécutions venant des divers appareils d’État haïtien? Selon Dr Romain, il y a eu des périodes au cours de l’histoire où la persécution devenait « de plus en plus menaçante. » Et dans ces périodes, « Ce fut toute la gamme d’interdictions : défense fut faite aux adhérents à la nouvelle foi de se grouper, sous peine d’emprisonnement.» (Romain, 1986, P.53). L’avorton s’était-il plaint? S’était-il lancé dans des invectives contre ses persécuteurs? Non. Il se retranchait dans la clandestinité pour chercher auprès de son Dieu la force et la capacité de résilience, et les moyens de rebondir sur la scène plus fort que jamais. Selon Dr Romain, dans les heures de grandes persécutions, « Les services religieux avaient lieu tard dans la soirée, souvent vers minuit, tantôt chez l’un des membres, tantôt chez un autre…Les fidèles se donnaient le mot. Il y en eut qui prirent l’habitude de se coucher avec des ficelles attachées au poignet; on se mettait tout près de la porte, le bout de la ficelle passant par-dessus. Ceux qui passaient les premiers tiraient sur le bout de la ficelle pour réveiller les dormeurs. » (Romain, PP. 53-54)

Vous voyez la différence qui fait qu’il y a incompatibilité entre ce que dit la thèse et l’avorton. La cérémonie loa que Léonard Dubuisson décrit avec un luxe de détails était organisée loin des familles dans « une forêt de tamariniers» (L. Dubuisson, Page 224) à Bentourib situé à environ cinq kilomètres de la ville de Thomonde, tandis que les services de prière organisés par l’avorton en période de grandes persécutions se passaient dans les familles où les enfants étaient présents et y participaient. Les fils légitimes de l’avorton obéissent à la Parole où Jésus dit : « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi», car « Là où deux ou trois s’assemblent en mon nom, je suis au milieu d’eux.» ( Matthieu 19 : 14 et Matthieu 18 :20). La réunion de toute la famille : père, mère et enfants, est d’une importance capitale, car « L’image du cercle de famille, le père, la mère et les enfants s’asseyant ensemble et lisant la Bible, est une scène d’une beauté qui inspire un sentiment profond. La parole de Dieu est à l’eouvre – moulant le caractère, éclairant le chemin du bien, inspirant les œuvres à accomplir… Dieu est là dans la maison, travaillant à travers la vie des gens dans le but de construire son royaume.» (W. B. Knight, 1992, P. 207)

Il y a un autre point plus fondamental sur lequel il ne saurait y avoir de compatibilité entre l’objet d’analyse et l’avorton protestant. Il est d’ordre biblico-théologique. Nous voulons parler de la place du sang dans le culte. Pour l’avorton protestant, il n’est pas question d’offrir de sacrifice d’animaux voire humains pour s’attirer les faveurs divines au cours du culte. Pourquoi repousse-t-il tout sacrifice nécessitant l’effusion du sang? Eh Bien! C’est parce qu’il croit au Dieu Très-haut et qu’il le prend au mot. Ce Dieu Très-haut qui est son Dieu « abolit la première chose pour établir la seconde. C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. Et tandis que tout sacrificateur fait chaque jour le service et offre souvent les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais ôter les péchés, lui seul, après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu, en attendant désormais que ses ennemis soient devenus son marchepied. Car, par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés. C’est ce que le Saint-Esprit atteste aussi. » (Hébreux 10 :11-14) Quand l’avorton se réunit, il offre quand même un sacrifice. Mais ce sacrifice est clairement défini par la Parole venant de la bouche d’homme inspiré par le Très-Haut, le Dieu Sauveur. Dans la Parole qui spécifie le type de sacrifice qu’il attend de ses adorateurs, il est écrit : «Par lui, offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire, le fruit de lèvres qui confessent son nom.» (Hébreux 13 :15)

Qu’en est-il des pratiques mises de l’avant par la thèse à ce sujet? L. Dubuisson apporte ici un éclairage qui dissipe l’ombre de tout doute sur le rituel que les vodouisants sont tenus de respecter lors de leur cérémonie : « Les chants en l’honneur de Damballah, Erzulie, Ogoun Féraille, Papa Loco, Simbie et les autres se multiplient jusqu’au moment où, se rendant à l’invocation aux loas, Legba vient chevaucher une dame de l’assistance, signe évident que les dieux avaient agréé les lieux qui venaient de leur être consacrés : organisateurs, houngan, mambo et assistance se félicitent que la toute première manifestation soit celle du ‘’lwa bon papa’’. L’offrande d’un coq, remis à l’officiant qui le saigne et d’autres libations d’eau et de parfums saluent la ‘’venue de l’esprit’’. Zo-Loray et ses assistants, Sò

Ti-Tèt et Man-Dap, sont les premiers à jete dlo ak losyon. Mais, il faut que ‘’ l’esprit parle ‘’. Il le fait en langay (mots cabalistiques). Chacune de ses pauses est ponctuée de sonores aaaaabobo! » (L. Dubuisson, Page 226). À chaque cérémonie lwa, il faut une effusion de sang, tandis qu’à chaque culte protestant il y a abondance de louanges. Donc, il n’y a pas de ressemblance et la compatibilité que la thèse veut trouver à toutes fins pratiques et utiles est à oublier.

Dans le même ordre d’idée, la thèse croit dans une kyrielle de papas : « Papa Legba, papa loco, lwo bon papa, papa Zaka» (L. Dubuisson, P.225-226, 231). De son côté, l’avorton croit qu’il n’y a sur le plan divin qu’un seul Papa, c’est le Père céleste en Jésus-Christ, selon qu’il est écrit : « il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père» (Éphésiens 4 :5) Par ailleurs, le colosse offre ses services aux loas qu’il cherche à apaiser ou dont il cherche les faveurs. L’avorton, lui, ne sert aucun ange. Il sert le Dieu Très-Haut, «point barre». Les anges auprès de lui sont en service commandé par le Père céleste. Nous avons une surabondance de textes qui expliquent le rôle des anges dans la vie du croyant authentique en Jésus-Christ. Lisez ça : «C’est moi Jean, qui ai entendu et vu ces choses. Et quand j’eus entendu et vu, je tombai aux pieds de l’ange qui me les montrait, pour l’adorer. Mais il me dit : «Garde toi de le faire! Je suis ton compagnon de service et celui de tes frères les prophètes, et de ceux qui gardent les paroles de ce livre. Adore Dieu.» (Apocalypse 22 :8-9)

Peut-on parler de compatibilité? Les différences au plan des croyances sont trop nombreuses et la distance qui les sépare est trop grande, elle est comparable à la distance qui sépare l’Orient de l’Occident. Voyons d’autres points où l’incommensurabilité est patente entre le locuteur et l’avorton protestant. Le premier croit que « l’évangile qui est déjà-toujours culture, n’a ni une nature ni un caractère défini une fois pour toutes. Son message qui est déjà-toujours culture se recrée à chaque fois au gré de la culture locale qui en est dès lors factrice et matrice» (La thèse, P.193)

Pour l’avorton, l’Évangile de Jésus-Christ est déjà-toujours divin. Il s’inscrit dans le plan rédempteur du Très-Haut dès avant la fondation du monde. Voici ce que l’avorton croit et qui est explicité dans la Bible qui est le phare qui balaie à la fois son univers intérieur et le chemin qu’il emprunte dans la vie :« Ce mystère - le salut -, c’est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps et participent à la même promesse en Jésus-Christ par l’Évangile,….selon le dessein éternel qu’il - le Très-Haut - a mis à exécution par Jésus-Christ, en qui nous avons, par la foi en lui, la liberté de nous approcher de Dieu avec confiance.» (Éphésiens 3 :6, 11-12).

De plus, pour l’avorton, l’Évangile, ce dessein éternel de Dieu, n’est pas culture. Que doit-on entendre par culture au sens pratique du terme? La réponse est simple comme bonjour : la culture est une invention humaine. Elle est le fait de l’humaine nature qui est matrice et factrice Elle est coextensive à l’homme lui-même. « En un mot, dit Quillet, l’homme est un être biologique qui ne survit qu’au prix d’artifices, de techniques, lesquelles visent à la fois l’appropriation du milieu et, en un sens élargi mais légitime du mot, à la régulation de l’existence sociale. C’est là que résume l’opposition désormais classique de la nature et de la culture. » Donc, l’Évangile ne peut être culture, parce qu’il n’a pas été concocté par le cerveau humain. Il est plutôt déjà-toujours divin. Par Jésus-Christ et avec Jésus-Christ, il entre dans la culture dont il prend la forme, et ce, sans que sa nature ou son essence soit affectée dans la dynamique de l’incarnation. Sur ce point, Thomas D’Aquin a concocté une formule qui est ici d’un précieux concours. Cette formule aide à dissiper les ombres qui embrument certains esprits et les empêchent de comprendre le distinguo entre le contenu et la forme. Voici ce que dit T. D’Aquin et qui est à considérer comme une vérité de Lapalisse : « Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur»

Les latinistes traduisent cette vérité par : «Tout ce qui est reçu l’est selon la manière d’être du receveur comme un liquide épouse la forme du contenant.» En d’autres termes, celui qui accueille et interprète l’Évangile de Jésus-Christ l’accueille et l’interprète selon ce qu’il est. Un américain qui reçoit l’Évangile de Jésus-Christ ne le reçoit pas à la manière d’un Haïtien, parce que les cultures sont différentes, les contenants, les moules sont différents. Mais le contenant n’a pas de prise sur les propriétés du contenu. Il ne peut pas les modifier ou les recréer à son gré selon le vœu de la thèse. Le Très-Haut lui-même ne peut changer ce qui est sorti de sa bouche. Écoutons-le nous le dire : « Je ne violerai point mon alliance Et je ne changerai pas ce qui est sorti de mes lèvres. J’ai juré une fois par ma sainteté…» (Psaume 89 :35)

Non seulement, le Seigneur l’Éternel, le Dieu Très-Haut, ne veut et ne peut pas changer ce qui est sorti de sa bouche, mais encore, il ne permet pas à ceux qu’il commissionne auprès des croyants sans Christ de modifier quoi que ce soit du message qu’il leur commande d’annoncer. « Fils de l’homme, dit-il, je t’établis comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu écouteras la parole qui sortira de ma bouche, et tu les avertiras de ma part.» (Ézéchiel 3 :17). Même, il fait des menaces terribles à toute personne qui s’arrogerait le droit de modifier sa parole : « Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre; et si quelqu’un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre.» (Apocalypse 22 :18-19)

À suivre!

Cliquez ici pour réagir à ce texte                Page précédente