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DOSSIERS

Note de l'éditeur : Il y a quelques jours, le pasteur René Auguste a fait parvenir au journal une critique de la thèse de Jean Fils Aimé " Vodou, je me souviens ".C'est un excellent travail qui mérite des félicitations. Nous remercions notre frère d'avoir choisi notre journal pour en faire la divulgation. Nous espérons que nos lecteurs apprécieront ce texte et ne tarderont pas à nous faire parvenir leurs réactions.
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Pour lire la 1ère partie :
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Vodou, Je me souviens : Le combat d’une culture pour sa survie,
  Une anguille et un tissu d’ambiguïtés et de contradictions.
(2e partie)
Par Rév. Dr Jean-René Auguste

Notre analyse et notre position

Ce qui saute aux yeux à la lecture de la thèse, c’est qu’il n’y a pas de lien logique entre le titre, le sous-titre et l’objectif que la thèse poursuit. Entre ces trois éléments, il y a absence de cohérence. S’il est question de chercher à savoir s’il y a compatibilité entre le vodou et la foi chrétienne, la question de survie ne se pose pas. Il n’y a pas de combat, selon la lettre et l’esprit de la thèse qui jette un formel démenti aux pourfendeurs du vodou. Pour de vrai, l’absence de combat transpire à travers la citation qui suit : « certains auraient tendance à soutenir que le vodou n’est qu’une religion parmi d’autres en Haïti. Or, s’agissant de l’impact du vodou sur la population haïtienne, ce serait trop simple de dire, sans toutefois affirmer qu’il demeure la religion de la majorité, qu’il est une religion ayant une influence égale au christianisme sur le peuple haïtien. Non. Le vodou est beaucoup plus que cela pour l’Haïtien. Il semble que même lorsque l’Haïtien se convertit à une autre foi religieuse, les croyances vodouesques ou la vision du monde vodouesque continue d’expliquer son attitude et son comportement vis-à-vis des autres et de la vie en général. Cette attitude est particulièrement notable dans les églises protestantes qui se posent comme l’alternative au vodou. Il n’en demeure pas moins que l’Haïtien réclame de la foi protestante ce qu’il rechercherait dans le vodou.» (Page 128)

Si l’on prend cette citation au pied de la lettre, on doit reconnaître sans faute que le vodou est du genre ubiquiste et pour cause, il n’a pas d’ennemi. Il est dans le champ social haïtien comme une plante obricole. Il est partout, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur dans la diaspora. À cause de l’image que la thèse projette sur son objet d’analyse, certains analystes sont portés à fondre dans le même creuset ubiquiste et totalitaire.

Leur analyse peut bien être biaisée. Mais biaisée ou pas, une telle analyse n’entre pas dans le cadre de la démarche que nous entreprenons. Notre intervention critique se situe au niveau logico-empirique. Dans cette veine, selon ce que la citation précédente et la thèse en général donnent à comprendre, c’est que l’objet d’analyse n’a pas d’ennemi. Là où il n’y a pas d’ennemi, il y a donc absence totale de possibilité de combat. Si on veut être fidèle au contenu aléthique de la citation et à la lettre de la problématique en général, ce qui se pose, c’est non pas la survie du vodou mais la quête d’un mécanisme pouvant établir un lien entre le vodou et l’Évangile de Jésus-Christ, dans le cas où il y aurait incompatibilité entre les deux.

Parler de combat quand il n’y en a pas - la logique de la thèse montre de manière indubitable qu’il n’y a pas de combat : « Le vodou s’est si bien enraciné dans l’âme haïtienne qu’il semble faire chorus avec la collectivité haïtienne» (Page120) -, parler de survie, alors qu’il est question de vérifier le type de rapport possible (exclusion ou cohabitation), tout cela pose un problème de validité. Selon tous les chercheurs en sciences sociales, «la validité de toute analyse repose sur la cohérence d’ensemble de la démarche de recherche plus que dans le formalisme technique de chacune des étapes de la procédure.» (L. V. Campenhoudt et col. 2005, P.195.)

L’absence de cohérence est patente, dans la mesure où le sous-titre, savoir : Le combat d’une culture pour sa survie détone avec la logique de l’ensemble. Le combat d’une culture pour sa survie peut se lire autrement, si l’on remplace le mot survie par son équivalent. Il se lit ainsi : le combat d’une culture pour échapper à la mort. De quoi souffre l’objet d’analyse? Quels sont les forces endogènes et exogènes qui le menacent? La thèse veut que son objet d’analyse soit omniprésent, en ce sens qu’il englobe tous les Haïtiens de l’intérieur et de l’extérieur, du plus petit jusqu’au plus grand. D’où proviennent les ennemis? Il paraît évident que la thèse place dans le même champ sémantique survie et compatibilité. Est-il convenable et juste de faire ça? Au lectorat de juger. En tout cas, ce que personne ne peut nier, c’est qu’en l’absence de l’ennemi, toute idée de combat est non pas thèse mais foutaise, c’est-à-dire une patenôtre, une parole inintelligible et vide de sens. Dans notre savoureux créole, on dirait «Bobine». In fine, quand il n’y a pas d’ennemi et que l’on crie : Ennemi! ça fait toc.

L’absence de validité de la thèse est l’un des aspects du problème qui neutralise, annule, néantise, l’impact qu’elle cherche à avoir sur le lectorat. Un autre aspect qu’on ne doit pas omettre de souligner s’analyse dans une question de crédibilité. La thèse souffre d’un défaut de crédibilité, dans la mesure où la méthodologie est non-pertinente. Celle-ci n’est pas en adéquation avec la problématique. En effet, quand des données chiffrées sont absentes là où elles sont absolument requises, on a affaire à un problème méthodologique. Dans tous les cas où on fait face à ce genre de problème, ce qui est dit reste une vue de l’esprit qui ne colle pas au réel et ne peut donc pas l’expliquer. Pour mieux dire, dans le contexte d‘un capharnaüm méthodologique, ce qui est dit laisse tout dans l’opacité de la nuit de l’inintelligibilité.

Si, comme le veut la thèse, le vodou combat pour sa survie, c’est qu’il a devant lui de puissants ennemis et qu’il est sérieusement menacé. En pareil cas, il ne suffit pas d’évoquer des luttes historiques; il faut coûte que coûte montrer hic et nunc par a+b le poids social des ennemis, leur nombre, leur appartenance politique, leur lieu d’ancrage, etc. Pour employer le langage digne du sociologue Pierre Bourdieu, pour être crédible, la thèse aurait dû mettre au jour les capitaux économique, social, culturel et symbolique de la force adverse. Si on ne connaît pas cet aspect qui définit dans le champ social haïtien la position et le potentiel de frappe de l’ennemi, on ne peut pas estimer à sa juste valeur le rapport des forces en présence et, du même coup, on ne peut pas prendre conscience que le vodou combat pour sa survie. Quand on soutient une thèse qui problématise la disparition d’une culture, on doit, à son corps défendant et pour le sérieux de la démarche, avancer des chiffres indicateurs du processus de disparition. Il faut montrer qu’on passe d’un point A à un point B et qu’on avance vers le point C qui est le point de chute. Et il faut préciser les facteurs responsables de la progression vers la chute ou la disparition. Parce que le lectorat est laissé sur sa faim pour ce qu’il s’agit des données empiriques que réclame la problématique, on a affaire à ce que, chez nous, on qualifie de ‘’Voyé Monté’’.

Telle qu’annoncée et résumée dans le sous-titre : Le combat d’une culture pour sa survie, la problématique s’inscrit dans une démarche explicative et postule en conséquence le recours aux méthodes explicatives. Nous le savons bien, les maîtres à penser en sciences sociales définissent ce type de méthodes comme l’« ensemble des méthodes dans lesquelles un chercheur tente d’isoler un phénomène pour en mesurer l’effet sur un autre et établir des liens de causalité entre les deux…Les méthodes explicatives relèvent de la recherche quantitative. » (Andrée Lamoureux, 1995, P.84)

Il y a donc de ces thèses qui, pour être crédibles, ont absolument besoin du verdict de l’empirie. Vodou, je me souviens, Le combat d’une culture pour sa survie est l’une d’elles. Étant donné qu’elle n’a pas su se procurer les données chiffrées qui sont la condition sine qua non de son sérieux, on peut et on doit conclure qu’elle n’est pas crédible. On voit bien qu’elle n’a pas saisi son objet d’analyse dans toutes ses dimensions. Il lui fallait le paratonnerre des statistiques. Peut-on parler de statistiques et de méthodes quantitatives à la lumière des minables chiffres qu’on trouve aux pages 114 et 115? On le sait bien, quand le paratonnerre des statistiques fait défaut là où il s’avère indispensable et où la foudre de la critique est susceptible de tomber, il y a toujours un risque auquel le chercheur qui publie doit s’attendre.

L’absence de crédibilité qui enlève à la thèse son badigeon de scientificité transparaît à travers une contradiction flagrante entre le fait de combattre et le don d’ubiquité de la culture vodouesque. «L’Haïtien est vodou»; et puis il y a «combat pour la survie du vodou»! Come on! Les lecteurs ont chacun un tamis et une loupe pour visionner les moindres détails et filtrer et analyser la structure argumentative de la thèse. Au grand dam de certains d’entre eux et au plaisir de beaucoup d’autres, ce qui ressort au travers du tamis, c’est une anguille.

À suivre!

À suivre!

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