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DOSSIERS
À Montréal, le Noir
est toujours coupable! (suite)
Par
Raymond Lacombe
Article publié sur
LME, édition du samedi 1er mai 2010
Il y a deux semaines, j'avais fait part aux lecteurs du journal, du comportement d'un policier qui m'avait intercepté parce que j'avais tourné à droite sur une rue alors qu'il est interdit de le faire ( Lire l'article). En toute bonne foi, j'ai cru être victime d'un comportement raciste de la part du policier..
Le directeur de la police de la ville de Montréal, M. Yvan Delorme a été saisi de l'affaire par un de mes collègues de travail (un Québécois). Il m'a adressé une lettre dans laquelle il m'a informé que l'incident a été transmis pour traitement au poste du quartier concerné
Peu de temps après, j'ai rencontré la commandante du poste 27, madame Carole Lalonde qui s'est évertué à m'expliquer que le comportement du policier n'avait rien d'irrépréhensible et qu'il peut arriver q'un policier laisse partir un contrevenant avec promesse de lui envoyer le billet d'infraction par la poste. Je lui ai fait remarquer que je doute fort que le policier aurait acquiescé à une telle demande venant de ma part. À cela, elle a répondu qu'on ne le saura jamais. Elle m'a toutefois assuré qu'elle prend l'incident au sérieux et qu'elle va transmettre à son tour le dossier au supérieur du policier puisque ce dernier est affecté à la division de la sécurité routière et de la circulation.
Je veux donc informer les lecteurs que, suite à une lettre reçue de l'inspecteur adjoint au chef de cette division (voir la lettre ci-dessous), je considère l'incident clos. Je remercie tous ceux qui m'ont manifesté leur solidarité et qui m'ont même prodigué des conseils sur la manière de mener le dossier.
J'en profite toutefois, pour encourager nos lecteurs, de quelle qu'origine qu'ils soient, à ne pas hésiter à dénoncer aux responsables de la police, les comportements inappropriés des policiers. Je ne dis pas qu'il faut aller se plaindre à la moindre intervention de ceux-ci, car ces derniers ont un travail très important à faire pour le maintien de l'ordre et la sécurité de la population. Mais, quand certains d'entre eux agissent de façon discriminatoire, il faut dénoncer ces comportements.
En ce qui me concerne, je reconnais avoir commis une infraction au code de la route et en ce sens, je mérite le billet d'infraction qui m'a été donné. Ce que j'ai dénoncé, c'est le fait d'avoir été traité différemment d'un conducteur blanc qui a commis, en même temps que moi, la même infraction.
Comme je l'ai écrit à l'inspecteur adjoint, si en matière de justice, l'apparence de justice est aussi importante que la justice, on peut dire que l'apparence d'injuste équivaut à l'injustice. En laissant partir le conducteur blanc et en me signifiant une contravention, il y a eu apparence d'injustice. Et quoique les responsables de la police puissent me dire, le comportement du policier m'apparaissait injuste.
Voici la lettre de l'inspecteur adjoint et la réponse que je lui ai dressée :
Bonjour Monsieur Lacombe,
Ce courriel fait suite à une plainte, de la part de votre collègue Grégoire Bergeron, concernant l'émission d'un constat d'infraction que vous avez reçu le 16 avril 2010.
À ce sujet, vous avez rencontré la commandante Carole Lalonde qui m'avait transmis la missive, car l'agent en question est sous la responsabilité de la Section circulation, coordination, motard.
Je sais que vous avez également eu un contact téléphonique avec le supérieur immédiat de l'agent en question qui vous a expliqué l'intervention de son agent.
Monsieur Lacombe, je peux vous certifier que l'agent a bien émis les deux constats. Vous avez eu votre constat sur les lieux de l'infraction et l'autre contrevenant l'a reçu par la poste. Dans les deux cas, l'infraction a été commise à 8 h 27. Votre constat est signifié à 8 h 39, tandis que l'autre constat a été rédigé à 9 h 16 afin d'être envoyé par la poste.
Votre constat porte le no 774 318532, mais vous comprendrez que je ne peux vous transmettre le numéro de l'autre constat afin d'être conforme à la loi sur l'accès à l'information. Je vous assure que j'ai la copie des deux constats en ma possession.
Le sergent a sensibilisé l'agent sur l'impact de certaines situations qui, normales pour nous, peuvent créer, selon le contexte une perception différente de la part des citoyens.
Je peux vous assurer que l'agent est intègre et qu'il agit impartialement dans ses fonctions.
Je vous saurais gré de bien vouloir communiquer cette information à votre collègue.
Espérant que vous avez réponse à votre questionnement, veuillez agréer, Monsieur Lacombe, nos salutations les meilleures.
Alain White, inspecteur
Adjoint au
chef de division
Division de la sécurité routière et de la circulation
Service
de police de la Ville de Montréal
Ma réponse à l'inspecteur :
Bonjour M. White,
Je vous remercie d'avoir pris le temps de m'adresser cette lettre, afin de lever
tout doute sur le comportement du policier, dans l'incident porté à votre
connaissance. Autant la commandante du poste 27, madame Carole Lalonde que vous,
avez agi de façon à me rassurer que je n'étais pas victime d'un comportement
ayant rapport à mon appartenance ethnique et à ma couleur de peau. Je ne peux
pas en dire de même du supérieur immédiat de l'agent qui, tout au long de la
conversation téléphonique que nous avons eue, m'accusait de mentir dans mon
article et de vouloir salir la police.
En toute bonne foi, j'ai cru être victime d'un comportement raciste de la part
du policier lors de cet événement. Et j'ajoute, même si je vous crois quand vous
m'affirmez que le billet de l'autre contrevenant lui a été expédié par la poste,
que je ne suis pas sûr que le policier aurait accédé à ma requête si je lui
avais formulé la même demande.
Je retiens que le policier a été sensibilisé sur l'impact de certaines
situations et en soi c'est une bonne chose car, en tant que fonctionnaire du
gouvernement, vous savez qu'en matière de justice, l'apparence de justice est
aussi importante. Le contraire, je crois, est aussi vrai. Quand il y a apparence
d'injustice, cela équivaut à de l'injustice.
Une copie de cette lettre sera expédiée à monsieur Yvan Delorme (directeur de la
police), madame Carole Lalonde et monsieur Grégoire Bergeron.
Finalement, si vous me le permettez, j'aimerais publier cette lettre dans le
journal Le Monde Évangélique, dont je suis l'éditeur, afin d'informer les
lecteurs de la conclusion de cette affaire.
Cordialement
Raymond Lacombe