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DOSSIERS

Et si la Bible pouvait éclairer les économistes ?   
Par Bénédique Paul

Une explication biblique des crises économiques1

La crise financière de l’année 2007 initiée aux États-Unis d’Amérique n’est ni la première ni la dernière situation économique indésirable affectant le monde. L’histoire économique de l’humanité est jonchée de périodes heureuses et de périodes de crise. La propagation des conséquences d’une crise dépend du poids économique du pays dans lequel elle est initiée. Depuis les « trente glorieuses » – en réalité 28 ans de forte croissance économique qu’ont connue entre 1945 et 1974 une grande majorité des pays développés, principalement les membres de l’OCDE – les historiens économiques constatent une certaine cyclicité dans la succession des bonnes et mauvaises périodes. Pourtant, cette cyclicité heptaannuelle a une explication déjà trop vieille dans la Bible, plus précisément dans la Torah, pourtant jamais théorisée. Or une simple lecture de la Genèse apporterait des clés de compréhension très utiles à l’interprétation de ce qui vient de se passer aux États-Unis et qui a eu des répercussions étendues. Max Weber, auteur de l’Éthique Protestante et l’Esprit du Capitalisme (1905), conviendrait facilement avec ces propos.

D’abord, nous allons explorer le contenu économique de l’histoire rapportée afin, ensuite, d’en souligner l’actualité, au moment où la crise des surprimes éclatée aux États-Unis en été 2007 secoue l’économie mondiale.

I.        La cyclicité économique au temps de la Bible
a.     Le songe
b.     L’interprétation du songe
c.     L’action prévisionnelle du gouvernement de l’époque

Ces trois éléments sont traités successivement dans le récit suivant dont nous reprenons textuellement la version Louis Segond (1910). Voyons ce qui y est dit :

Genèse 41, versets 1 à 44

1 […], Pharaon eut un songe. Voici, il se tenait près du fleuve.

2  Et voici, sept vaches belles à voir et grasses de chair montèrent hors du fleuve, et se mirent à paître dans la prairie.

3  Sept autres vaches laides à voir et maigres de chair montèrent derrière elles hors du fleuve, et se tinrent à leurs côtés sur le bord du fleuve.

4  Les vaches laides à voir et maigres de chair mangèrent les sept vaches belles à voir et grasses de chair. Et Pharaon s’éveilla.

5  Il se rendormit, et il eut un second songe. Voici, sept épis gras et beaux montèrent sur une même tige.

6  Et sept épis maigres et brûlés par le vent d’orient poussèrent après eux.

7  Les épis maigres engloutirent les sept épis gras et pleins. Et Pharaon s’éveilla. Voilà le songe.

8  Le matin, Pharaon eut l’esprit agité, et il fit appeler tous les magiciens et tous les sages de l’Egypte. Il leur raconta ses songes. Mais personne ne put les expliquer à Pharaon.

9  Alors le chef des échansons prit la parole, et dit à Pharaon: Je vais rappeler aujourd’hui le souvenir de ma faute.

10  Pharaon s’était irrité contre ses serviteurs; et il m’avait fait mettre en prison dans la maison du chef des gardes, moi et le chef des panetiers.

11  Nous eûmes l’un et l’autre un songe dans une même nuit; et chacun de nous reçut une explication en rapport avec le songe qu’il avait eu.

12  Il y avait là avec nous un jeune Hébreu, esclave du chef des gardes. Nous lui racontâmes nos songes, et il nous les expliqua.

13  Les choses sont arrivées selon l’explication qu’il nous avait donnée. Pharaon me rétablit dans ma charge, et il fit pendre le chef des panetiers.

14  Pharaon fit appeler Joseph. On le fit sortir en hâte de prison. Il se rasa, changea de vêtements, et se rendit vers Pharaon.

15  Pharaon dit à Joseph: J’ai eu un songe. Personne ne peut l’expliquer; et j’ai appris que tu expliques un songe, après l’avoir entendu.

16  Joseph répondit à Pharaon, en disant: Ce n’est pas moi! c’est Dieu qui donnera une réponse favorable à Pharaon.

17  Pharaon dit alors à Joseph: Dans mon songe, voici, je me tenais sur le bord du fleuve.

18  Et voici, sept vaches grasses de chair et belles d’apparence montèrent hors du fleuve, et se mirent à paître dans la prairie.

19  Sept autres vaches montèrent derrière elles, maigres, fort laides d’apparence, et décharnées: je n’en ai point vu d’aussi laides dans tout le pays d’Egypte.

20  Les vaches décharnées et laides mangèrent les sept premières vaches qui étaient grasses.

21  Elles les engloutirent dans leur ventre, sans qu’on s’aperçût qu’elles y fussent entrées; et leur apparence était laide comme auparavant. Et je m’éveillai.

22  Je vis encore en songe sept épis pleins et beaux, qui montèrent sur une même tige.

23  Et sept épis vides, maigres, brûlés par le vent d’orient, poussèrent après eux.

24  Les épis maigres engloutirent les sept beaux épis. Je l’ai dit aux magiciens, mais personne ne m’a donné l’explication.

25  Joseph dit à Pharaon: Ce qu’a songé Pharaon est une seule chose; Dieu a fait connaître à Pharaon ce qu’il va faire.

26  Les sept vaches belles sont sept années: et les sept épis beaux sont sept années: c’est un seul songe.

27  Les sept vaches décharnées et laides, qui montaient derrière les premières, sont sept années; et les sept épis vides, brûlés par le vent d’orient, seront sept années de famine.

28  Ainsi, comme je viens de le dire à Pharaon, Dieu a fait connaître à Pharaon ce qu’il va faire.

29  Voici, il y aura sept années de grande abondance dans tout le pays d’Egypte.

30  Sept années de famine viendront après elles; et l’on oubliera toute cette abondance au pays d’Egypte, et la famine consumera le pays.

31  Cette famine qui suivra sera si forte qu’on ne s’apercevra plus de l’abondance dans le pays.

32  Si Pharaon a vu le songe se répéter une seconde fois, c’est que la chose est arrêtée de la part de Dieu, et que Dieu se hâtera de l’exécuter.

33  Maintenant, que Pharaon choisisse un homme intelligent et sage, et qu’il le mette à la tête du pays d’Egypte.

34  Que Pharaon établisse des commissaires sur le pays, pour lever un cinquième des récoltes de l’Egypte pendant les sept années d’abondance.

35  Qu’ils rassemblent tous les produits de ces bonnes années qui vont venir; qu’ils fassent, sous l’autorité de Pharaon, des amas de blé, des approvisionnements dans les villes, et qu’ils en aient la garde.

36  Ces provisions seront en réserve pour le pays, pour les sept années de famine qui arriveront dans le pays d’Egypte, afin que le pays ne soit pas consumé par la famine.

37  Ces paroles plurent à Pharaon et à tous ses serviteurs.

38  Et Pharaon dit à ses serviteurs: Trouverions-nous un homme comme celui-ci, ayant en lui l’esprit de Dieu?

39  Et Pharaon dit à Joseph: Puisque Dieu t’a fait connaître toutes ces choses, il n’y a personne qui soit aussi intelligent et aussi sage que toi.

40  Je t’établis sur ma maison, et tout mon peuple obéira à tes ordres. Le trône seul m’élèvera au-dessus de toi.

41  Pharaon dit à Joseph: Vois, je te donne le commandement de tout le pays d’Egypte.

42  Pharaon ôta son anneau de la main, et le mit à la main de Joseph; il le revêtit d’habits de fin lin, et lui mit un collier d’or au cou.

43  Il le fit monter sur le char qui suivait le sien; et l’on criait devant lui: A genoux! C’est ainsi que Pharaon lui donna le commandement de tout le pays d’Egypte.

44  Il dit encore à Joseph: Je suis Pharaon! Et sans toi personne ne lèvera la main ni le pied dans tout le pays d’Egypte.

Source : BibleOnline.

Ce passage biblique constitue une révélation particulièrement intéressante, tant prophétique que valide sur l’alternance de sept années d’abondance suivies de sept autres années de disette. L’image est captivante, d’autant plus qu’elle est étoffée dans le symbolisme de sept vaches grasses mangées plus tard par sept vaches maigres. Autrement dit, les richesses issues des périodes de forte croissance économique sont appelées à être un recours pour les années de crise. A l’époque du Pharaon, les sages du royaume ne savaient expliquer la prédictibilité économique du songe. Seul Joseph – le prisonnier juif – a pu décrypter le message prophétique contenu dans la vision.

I.        L’actualité de la question
a.     Cyclicité heptaannuelle des crises économiques
b.     Limites de l’intelligence collective des hommes
c.     Une interprétation biblique de l’économie est toujours possible

Plusieurs milliers d’années après, le docteur Clément JUGLAR (1819-1905), dans un ouvrage écrit dans les années 1860, observait le portefeuille des effets escomptés de la Banque de France, c’est-à-dire les crédits, unique indicateur macroéconomique de l’époque. Il en tirait la conclusion qu’une crise survient tous les sept ans. Son message n’a pas fait grand écho immédiatement. Pourtant, aujourd’hui, ces cycles économiques sont connus sous le vocable de « cycles de Juglar ». Si l’on applique cette analyse aux trente dernières années, elle fonctionne très bien, nous dit Jacques Marseille. En 1973, c’est la crise pétrolière, 1979/1980 une autre crise pétrolière. 1987 voit un krach boursier et 1993 la crise qui a suivi la guerre du Golfe. En 2001 éclate la bulle Internet et en 2008 voici la crise des surprimes mettant à malle le marché financier mondial, et du même coup menace toute l’économie mondiale. Voilà comment la Bible contient des explications que les grands de ce siècle feraient bien de s’inspirer. Car, le Pharaon en son temps, n’a pas hésité à engager une gestion consciente des richesses des années de croissance en prévision des années de manque.

Mais, les hommes n’ont pas de mémoire, comme l’a fait remarquer l’économiste Marseille. Bien que la Bible soit un livre best seller, aucun lien solide n’a été établi entre le fondement de ce texte et la périodicité des crises économiques. Pourtant, des études très approfondies sont parues sur l’histoire économique. D’un côté, sous couvert de la laïcité, aucun économiste n’a osé faire le lien, dans la continuité du texte fondateur de Max Weber. D’un autre côté, les théologiens et évangélistes plutôt préoccupés par la dimension spirituelle n’ont pas cherché à inspirer les analyses économiques. Pourtant, il nous semble qu’une lecture économique inspirée de certains textes bibliques pourrait s’avérer très fécondei. L’objectif de ce papier est de briser ce silence. Bien que notre curiosité soit plus audacieuse qu’ambitieuse, il ne nous semble pas hors de tout sens de prendre en compte les fondements des textes sacrés qui alimentent l’imaginaire de nos sociétés occidentales. D’autant plus que ces dernières sont fortement empreintes du christianisme, plus que toute autre religion.

Notre analyse a procédé ici par une interdisplinarité un peu curieuse entre la théologie et l’économique (pour signifier : science économique). Pourtant, elle nous a permis de parvenir à une explication très reculée de la cyclicité des crises économiques. Cette explication pourrait convaincre beaucoup d’historiens de l’économie, dans la mesure d’une certaine ouverture – nous entendons ouverture d’esprit paradigmatique. Pourtant, il n’en est rien. Il suffit de dépasser l’obstination à être radicalement laïque ou radicalement chrétien. Le chrétien n’est autre qu’un homme ou une femme avec une existence matérielle (donc concernée par les activités économiques terrestres) à laquelle s’ajoute une espérance de vie éternelle après la mort. C’est d’ailleurs la base de la foi chrétienne, nous dit Paul, l’apôtre. Mais enfin, quel dirigeant de ce monde est prêt à chercher conseil dans la Bible ? Heureuse la nation dont l’Éternel est le Dieu !

1    L’auteur, Bénédique PAUL, est doctorant en Sciences Economiques à l’Université Montpellier I, en France. Il a également cumulé plusieurs études bibliques dans  le protestantisme. Ce texte n’engage que son auteur.

i     À l’instar d’une thèse de management soutenue en 2006 à l’Institut d’Administration Economique de l’Université Montpellier II qui s’est inspirée de la parabole des talents. Elle est intitulée « Management des talents ».

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