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LE MONDE ÉVANGÉLIQUE |
DOSSIERS
Le mot baptême vient du verbe grec ancien βαπτίζειν / baptizein, fréquentatif du verbe baptein, signifiant « plonger dans un liquide » est un rite ou un sacrement pratiqué dans les différentes dénominations du christianisme. Les divergences de points de vue et de pratiques par rapport à ce rite ont été l’objet de beaucoup de débats. Souvent l’émotion et l’illumination empêchent d’être objectif sur le sujet. Nous pensons que seuls les textes sacrés, admis comme autorité par les différents acteurs religieux, peuvent nous ramener vers un point de consensus. Mais en avant toute discussion, je trouve utile de noter quelques précisions importantes à prendre en compte tout au long de ce texte :
Le christianisme, en tant que religion, a pour fondement les prescriptions de Jésus-Christ et leurs prolongements consignés dans le Nouveau Testament (deuxième partie du canon Biblique). Du fait qu'il apparaît explicitement dans le Nouveau Testament, le baptême est un rite commun à toutes les Églises chrétiennes. Il est aussi, pour les dénominations qui le reconnaissent comme tel, un sacrement partagé.
Je ne souhaite pas prendre parti dans ce texte, même si je demeure chrétien par conviction et baptiste par préférence. J’évite bien évidemment de défendre une position strictement baptiste dans ce contexte de divergence entre "baptistes" (c'est-à-dire les Eglises Baptistes proprement dites et les diverses Eglises de tendance pentecôtiste) et "pédobaptistes" (diverses Eglises luthériennes et réformées pratiquant le baptême des enfants). Car l’excès de zèle nuit à la bonne santé intellectuelle et peut s’ériger en obstacle épistémologique. Quant aux débordements de cet extrémisme chrétien, j’y reviendrai plus tard. Je préfère, à l’heure qu’il est, m’en tenir uniquement à une attitude anti-pédobaptiste. Car il n’y a pas de prescription à faire dans le cadre d’une décision et un engagement de libre conscience. Bien sûr, les théories de l’engagement sont souvent soupçonnées, et ce, parfois à raison, d’être manipulatrices et harceleuses.
En effet, selon les époques ou les Églises, le baptême est pratiqué sur de jeunes enfants ou sur des adultes. Mais, pour la Bible, « il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Éphésiens 4:5).
Certaines confessions chrétiennes estiment que le baptême doit résulter d'un choix personnel : le baptisé doit donc être capable de faire ce choix. Si le fidèle a été baptisé avant l'âge de raison, dans certaines églises, il doit être baptisé de nouveau, d'où le nom d'Anabaptisme donné à cette doctrine. Par opposition, on nomme pédobaptisme la doctrine favorable à la pratique du baptême des jeunes enfants.
Alors que les pédobaptistes interprètent les textes bibliques pour argumenter leur doctrine, le pédobaptisme est tout à fait différent de la « présentation » des enfants pratiquée dans les églises protestantes évangéliques. Dans ces dernières, à la manière de ce qui a été fait pour la première fois par Jésus-Christ lui-même (Mat 19 : 13), les enfants sont bénis comme un cadeau de Dieu et sont déclarés en droit de bénéficier l’enseignement et la protection de la part des parents engagés publiquement à le faire, avec l’appui de toute la communauté chrétienne. En effet, depuis l’Ancien Testament, Anne, la femme d’Elkana, a fait acte similaire pour son fils Samuel. Aussi, peut-on lire dans 1 Samuel 1:22 que « …Anne ne monta point, et elle dit à son mari: Lorsque l’enfant sera sevré, je le mènerai, afin qu’il soit présenté devant l’Eternel et qu’il reste là pour toujours ».
A bien l’analyser, le pédobaptisme s’apparente à un acte de manipulation et d’atteinte portée à la liberté de conscience d’un enfant. Le baptême chrétien étant une cérémonie par laquelle on témoigne être chrétien, personne n’est donc en droit de décider à la place d’un autre de la foi de celui-ci. L’évidence est que l’enfant sera amené à prendre sa propre décision lorsqu’il sera suffisamment grand pour le faire. En le baptisant contre son gré, on fait dire à l’enfant quelque chose dont il n’a pas du tout conscience. La preuve est qu’il y reviendra quand il sera grand. On connaît beaucoup d’enfants baptisés ainsi mais ayant décidé différemment de leur liberté de conscience.
La reconnaissance du droit de l’enfant de décider à l’âge de la conscience et l’évidence apportée par sa décision ultérieure enlève tout contenu à l’argument pédobaptisme. On se demande si une évolution du droit des enfants ne viendra pas abolir cette pratique au même titre que l’excision.
Par ailleurs, le baptême n’est pas une condition du salut. La sotériologie (la doctrine du salut) n’envisage pas une prise de décision pour autrui mais un salut personnel. Autrement dit, il est hors de question de déléguer en matière de salut. C’est en ce sens que le pédobaptisme émane vraisemblablement de l’anthropologie. Cette dernière déplace l’engagement des parents et de la famille. En effet, certains parents (à partir du 4e siècle) au lieu d’assumer la responsabilité de témoigner auprès de leurs enfants, ont préféré démissionner en demandant le baptême de ces derniers. Mais ce fait n’a jamais empêché à un enfant de ne pas pouvoir décider de sa foi, à l’âge adulte. J’en veux pour preuve nombre d’enfants de chrétiens (dont de pasteurs, d’anciens, de prêtres, etc.) qui, devenus athées (bien qu’en réalité, l’athéisme n’existe pas : l’être humain a toujours besoin de croire en quelqu’un ou quelque chose) pratiquent une doctrine opposée au christianisme.
Il convient tout de même de rappeler qu’aucun baptême d’enfants n’est mentionné dans la Bible (Ancien Testament comme Nouveau Testament). Pourtant, la seule probabilité qu’il y eut des enfants dans les familles qui ont été baptisées semble constituer un argument au pédobaptisme. Cet argument poussé à son extrême pose la prééminence de la famille ou de la maison sur les individus qui y vivent. Ce disant, on proclame la négation de l’individualité de l’enfant. Non seulement l’enfant n’existe pas par omission, mais la présence d’un enfant n’est pas une condition nécessaire pour avoir une famille. Ainsi, l’argument selon lequel le baptême des familles sous-entend le baptême des enfants n’est pas justifié.
Finalement, le problème est justement un manque de logique, de mésinterprétation et de connaissance relative faible par rapport à la sotériologie. Entre temps, dans beaucoup de pays, il n’est interdit à personne d’avoir accès à une Bible, ni de lire 1 Corinthiens 1:17 où le plus grands initiateurs d’églises, en l’occurrence Paul, l’apôtre, déclare « Ce n’est pas pour baptiser que Christ m’a envoyé, c’est pour annoncer l’Evangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine ».
Le risque principal est de supposer que la grâce prend la place de la foi en tant que condition au salut. En effet, l’évidence demeure que le salut est par la foi et non par la grâce. La grâce donne accès au salut, elle en est le préalable dans la mesure où Dieu a mis à la disposition de l’homme, par grâce, le salut en Jésus-Christ. Ce qui ne veut pas dire que tel ou tel individu sera sauvé s’il ne croit pas au Christ. «Celui qui croit au Fils a la vie, dit la Bible, celui qui ne croit pas ne verra point la vie.» Bien au contraire, «la colère de Dieu demeure sur lui.»
La grâce ou mieux la couverture de la foi dont bénéficie un enfant né dans une famille chrétienne ne peut supposer une discrimination ni une prédestination par rapport à un enfant né dans une famille non croyante. L’avenir peut se révéler tout autrement pour l’un comme pour l’autre. Seulement, le premier bénéficie de la protection due à la foi de ses parents et de leurs enseignements. Cela ne devrait pas constituer ni une franchise ni un passeport pour le salut.
A l’opposé, si les parents peuvent présenter publiquement leurs enfants au Seigneur afin de Lui remercier pour ce don et de s’engager à leur enseigner la Parole de Dieu. Cela ne devrait constituer en rien un moyen pour l’église locale de discriminer les enfants des non croyants. Car ces derniers pourront bien décider de suivre Christ une fois arrivés à l’âge de la conscience. Tandis qu’à l’inverse, l’enfant baptisé dans son jeune âge peut abandonner la foi chrétienne.
La pensée selon laquelle la famille prime sur la personne en matière de salut ne semble pas être corroborée par les écritures. La foi qui sauve est personnelle, nul ne peut croire pour un autre afin que ce dernier soit sauvé, quelle que puisse être leur relation. Or, le salut n’est acquis que la foi. Du moins, il est disponible à chacun par grâce.
La Bible dit : enseigne à l’enfant la voie qu’il doit suivre, quand il sera grand il ne s’en détournera pas. Voilà une vérité qui reconnaît l’enseignement et non le harcèlement de l’enfant en matière de foi. Sachant que « lorsqu’il sera grand, il décidera conformément à sa conviction ». La Bible avance : « si tu confesses de ta bouche, si tu crois en ton cœur le Seigneur Jésus, tu seras sauvé ».
Bien entendu, l’éthique familiale d’aujourd’hui consiste à préparer une réputation et une renommée pour les enfants. Ainsi, s’agit-il de leur accorder une place dans la hiérarchie sociale, fût-elle religieuse, on ne ménagera pas les droits et la liberté de l’enfant. C’est d’une pratique similaire, mais dans le sens opposé, que dans certaines religions les enfants sont tenus malheureusement d’observer ce que croient leurs parents sous peine de méconnaissance familiale.
L’enfant est au bénéfice de la foi de ses parents. Il a donc l’usufruit de ce que croient ses parents. De même, les parents ont l’obligation d’éduquer leurs enfants, en matière de religion. Malheureusement, l’éducation devient une injonction pour certains et dans certaines cultures. Aussi tout le monde se déresponsabilise : les parents se déchargent de leur tâche d’éducation, les enfants seraient amenés à ne plus rien faire s’ils sont sauvés passivement par simple héritage lignager.
Le baptême vient donc après le salut. Dans Mathieu 28 : 18-19, cet ordre logique est clairement énoncé. De même, dans Actes 2 : 38, Pierre dit aux assistants lors de la pentecôte : « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit ». Appliquant ainsi ce que le Maître (en l’occurrence Jésus-Christ, le Rabbi, fondateur du christianisme) l’a envoyé faire : «Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit» (Mat 28 : 19-20).
Faire du baptême un acte préalable au salut apporte de l’eau au moulin des pédobaptistes, car pour ces derniers il est important pour une famille de faire baptiser ses enfants. A ce propos deux questions demeurent : Quelle est l’importance du baptême d’eau, en matière de salut ? Quelle est la place de la famille dans la relation d’une personne avec Dieu ?
Lorsqu’il est dit « … et tu seras sauvé toi et ta famille » (Actes 16 : 31) l’idée est que le salut est entré dans la maison. Cela n’a pas imposé une obligation à toute la famille de se baptiser. Paul a-t-il baptisé des enfants, lui, le fondateur d’églises par excellence ? Il déclare dans 1 Corinthiens 1:16 « J’ai encore baptisé la famille de Stéphanas; du reste, je ne sache pas que j’aie baptisé quelque autre personne ». Et là, aucune précision n’est apportée sur les enfants. Personne ne dit qu’il y avait des enfants dans la famille, encore moins si des enfants étaient baptisés. Seule la probabilité de trouver des enfants dans une famille sert donc de base au pédobaptisme.
Le revers de la médaille est de préconiser systématiquement le baptême des adultes, comme le font certains baptistes. C’est une des raisons pour lesquelles j’évite de défendre une position purement baptiste. Ce qui est mentionné dans la lettre de Pierre, c’est la conscience et non pas l’âge de l’individu (1 Pierre 3 : 21). Avant même d’être adolescent, un jeune dès qu’il a la conscience claire peut décider de se faire baptiser.
Seulement, tout cela n’a pas grande importance comme discussion. Seul Dieu sait quelle considération Il a pour les enfants des croyants et ceux des non croyants. Il n’a délégué à personne la décision par rapport au salut, de quelque autorité que cette personne soit investie. Nous devrons tous comparaître, est-il écrit dans 1 corinthiens 5 : 10, devant Dieu peu importe s’ils ont été ou pas enseignés de quoi que ce soit, s’ils sont mort-nés ou connaissent la mortalité infantile.
Et pour finir, nous parlions de quoi au fait ? qu’entend-on par le mot « baptême » ? – Plusieurs sens peuvent être retrouvés pour ce thème. Mais celui qui a recommandé cette pratique (Mat 28 : 19) a lui-même montré comment elle se fait, en se faisant plonger dans le fleuve du Jourdain par Jean-Baptiste. En ce sens, toute autre façon de faire ne peut être qu’adaptation humaine, raisonnée ou non, pour raison de santé ou non. Seule l’œuvre de Dieu est parfaite. Je veux dire le baptême du Saint-Esprit. En effet, pour tous ceux qui se disent être « chrétiens », la référence valable est le baptême de Jésus par Jean-Baptiste dans le Jourdain, décrit dans l'évangile selon Matthieu, chapitre 3, 13-17 où il est dit :
« Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. Mais Jean s'y opposait, en disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi ! Jésus lui répondit : Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. Et Jean ne lui résista plus. Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection ».
D’ailleurs, le baptême du Saint-Esprit n’est-il pas plus important que le baptême d’eau ? Le lecteur de ce papier pourra lire aussi ceci : Actes 1:5 « car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit » a dit Jésus avant de partir. Il voulait peut-être montrer que le baptême du Saint-Esprit était l’essentiel pour le ministère chrétien. Le baptême par immersion dans l’eau est un acte public de repentance et de foi.
Pour finir, je recommande à ceux qui se croient obligés d’appliquer systématiquement un baptême aux enfants en continuité de la circoncision de l’Ancien Testament, une lecture de l’épître de Paul aux Romains. Ce texte est édifiant et concerne ceux considérés comme étant d’origine païenne (signifiant ici non-juif), comme moi, ceux qui sont devenus chrétiens, sans pour autant devenir israélites en croyant au Christ-Jésus.
Quelques versets clé :
Les versets suivant sont susceptibles d’éclairer les lecteurs confondus par le débat dont il est question. Ils seront d’une importance capitale pour tous ceux qui suivent aveuglement des leaders dits « charismatiques » dans le sens Wébérien du terme.
Matthieu 19:13 Alors on lui amena des petits enfants, afin qu’il leur imposât les mains et priât pour eux. Mais les disciples les repoussèrent.
Hébreux 6:2 de la doctrine des baptêmes, de l’imposition des mains, de la résurrection des morts, et du jugement éternel.
Ephésiens 4:5 il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême,
Actes 8:12 Mais, quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se firent baptiser.
1 Corinthiens 1:17 Ce n’est pas pour baptiser que Christ m’a envoyé, c’est pour annoncer l’Evangile, et ce la sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine.
1 Corinthiens 15:29 Autrement, que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux?
Ephésiens 5:26 afin de la sanctifier par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême d’eau,
Colossiens 2:12 ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l’a ressuscité des morts.
Tite 3:5 il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit,
1 Pierre 3:21 Cette eau était une figure du baptême, qui n’est pas la purification des souillures du corps, mais l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu, et qui maintenant vous sauve, vous aussi, par la résurrection de Jésus-Christ.
* Bénédique PAUL,
Chrétien
protestant évangélique (dans tout le sens noble du terme)
Diplômé d’études bibliques, par ailleurs
ingénieur-agro-économiste.