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Mondial 2010
"C'est quelque chose que nous faisons souvent avec Xavi à Barcelone. Et j'en avais parlé avec Del Bosque (le sélectionneur espagnol, ndlr) deux jours avant le match. A la mi-temps, j'ai même insisté auprès de Xavi pour qu'il me mette le ballon à cet endroit." Carles Puyol n'a pas fini de raconter son but de la tête qui a propulsé l'Espagne en finale du Mondial, la première de son histoire (contre les Pays-Bas dimanche, à suivre en live mieux qu'à la téloche sur MetroFrance.com). Après toute une carrière de défenseur dur au mal, il ne pourrait rester dans l'histoire que pour un but. Un sacré paradoxe.
"Je ne crois pas que c'est ce que l'on retiendra. Je sais très bien ce que je suis et j'espère que dimanche il y aura un but plus important", rétorque déjà l'intéressé. Au lendemain de la demi-finale contre l'Allemagne (1-0), le quotidien conservateur espagnol ABC faisait dans le lyrisme en décrivant son but comme une "récompense pour la classe ouvrière". En filant la métaphore, on pourrait donc considérer la sélection espagnole comme une équipes d'aristocrates, élégants tripoteurs de ballon ne mettant jamais les mains dans le cambouis.
La réalité est un peu plus nuancée. En défense, les jeunes Sergio Ramos et Gerard Piqué conjuguent à merveille qualité technique et défi physique. Ce qui donne un bon coup de vieux au football furia si cher à Carles Puyol. Et si en équipe nationale, le rugueux défenseur catalan est un bourrin perdu au milieu des artistes, c'est encore plus vrai concernant sa situation en club, le FC Barcelone restant le plus bel étendard d'un football champagne où gagne et esthétisme ne peuvent être dissociés.
Superman
Le jeu de Puyol trouve ses racines dans la Catalogne profonde, à Pobla de Segur, petite bourgade de 3000 habitants où il voit le jour et passe son enfance tandis que ses parents travaillent la terre (son père est mort dans un accident du travail en novembre 2006). Gamin, il se serait jeté du premier étage chez lui parce que sa mère refusait de lui offrir un costume de Superman. Déjà une tête brûlée... A 17 ans, Ramon Sostres, un avocat ami de la famille qui deviendra son agent, le conduit faire un essai au Barca où sa puissance et sa hargne ne tardent pas à séduire.
L'histoire a l'allure d'un conte de fée, mais l'allure seulement. En 1998, alors que son coéquipier Xavi est appelé à jouer avec les pros, le club décide à le vendre à Malaga. Il refuse de partir. La direction le renvoie donc en troisième équipe. Son salut, il le doit à Louis Van Gaal, bien décidé à rajeunir l'effectif lorsqu'il débarque au club un an plus tard. Le coach néerlandais tombe vite sous le charme, même s'il lui lance un jour à l'entraînement : "Qu'est-ce qui te prend, toi ? Tu n'as pas assez d'argent pour aller chez le coiffeur ?" "On ne touche pas à mes cheveux", répond-il. Il ne quittera plus jamais le onze-type.
Stratosphérique
Il fait ses gammes dans le Barca le plus triste de l'histoire, qui ne gagne rien pendant six longues années. Mais lorsque Frank Rijkaard arrive sur le banc à l'été 2005, ses coéquipiers l'ont désigné capitaine depuis un an. Et c'est ainsi qu'il deviendra l'emblème d'un FCB stratosphérique, champion en 2005, auteur du doublé Liga-Ligue des champions en 2006 et même d'un sextuplé historique en 2009 (championnat-Coupe du Roi-Ligue des champions-Supercoupe d'Espagne-Supercoupe d'Europe-Coupe du monde des clubs). Excusez du peu. Rijkaard : "De ma carrière de joueur et d'entraîneur, j'ai rarement vu un défenseur si fort en un-contre-un."
Au milieu des Iniesta, Villa et autres Torres durant ce Mondial, on pourrait presque oublier qu'il revient de tout aussi loin avec la Roja. Car avant d'enchaîner une victoire à l'Euro 2008 et une finale de Coupe du monde, "Puyi" (comme l'appellent ses coéquipiers) a connu le Mondial 2002, l'Euro 2004 et la Coupe du monde 2006. Trois compétitions démarrées avec un statut de favoris pour autant de cruelles désillusions. A 32 ans, il dispute sans doute son dernier grand tournoi international. Et quand on lui demande le secret de sa longévité, Carles Puyol montre qu'il a aussi le sens de la formule : "Je ne suis pas un crack, je bosse."
Source : http://www.metrofrance.com/sport/mondial-2010-puyol-la-classe-ouvriere/mjgi!vA49zTahvIcE/
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